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Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 14 juin 2011 20:10

    Si par guerre vous entendez ce qui se passe depuis toujours de manière sourde ou froide, ça n’a pas commencé puisque ça remonte à la nuit des temps.
    Ca fait des siècles qu’il ne se passe pas une journée sans que la France ou l’Angleterre ne forcent quelqu’un quelque part.

    Si vous dites que cette guerre pourrait maintenant passer plus formelle à la manière de la guerre du Golfe, je n’y crois pas.

    Il est possible d’inventer de l’argent mais pas les matériaux nécessaires à une guerre plus ouverte et plus généralisée.

    Les Romains avaient besoin par exemple de bois. Nous, nous avons désormais besoin par exemple de tungstène. Sans lui, pas de possibilité de fabriquer des métaux supportant les hautes températures et même un bête canon, si l’on désire qu’il tire et retire aussitôt, doit comporter du tungstène.

    Sur les 26 000 T de production mondiale de tungstène, la Chine en produit 20 000, la Russie 3000, l’Autriche 1200, le Portugal 700, les autres que dalle.

    D’autres minerais peuvent remplacer le tungstène dans les applications militaires
    le molybdène mais la France n’en produit pas. Idem pour le chrome, le cobalt, le vanadium. Il n’y a que pour le nickel que nous avons des ressources propres, mais aux antipodes.

    En résumé, sous notre hexagone, il n’y a rien qui permette de faire une guerre d’ampleur.



    Laissons là les considérations techniques.

    A notre époque, le machin a pris énormément d’importance. Le machin n’est plus seulement l’ONU ni le WTO qui sont la face officielle du mondialisme. Le machin d’aujourd’hui est diffus et présent sous mille et une formes dont les ONG, le commerce équitable, Wikileaks, le Net et les manifestations.
    Il y a 12 ans, quand l’OMC-WTO avait voulu se tenir à Seattle, des milliers de manifestants n’ayant pourtant pas du tout l’allure de Somaliens affamés, avaient foutu le boxon avec la visée de protéger les faibles du Monde de cette organisation bien trop libérale. C’était la première bataille où les manifestants s’étaient organisés avec le Net.

    A moins d’en être à crever la gueule ouverte par manque de ressources naturelles qui existent en zone arabe, les Occidentaux ne seront jamais unanimes pour coloniser cette zone de façon franche. Seul le néocolonialisme hypocrite tel qu’il est pratiquée depuis la fin du colonialisme nous est supportable. 


    Plutôt qu’une sorte de guerre du Golfe de plus grande ampleur, nous irions plutôt à des opérations ponctuelles.

    Depuis 30 ans, il s’est formé une situation assez singulière en Somalie. Ce pays autrefois très doux et attirant sous la férule d’un dictateur, est devenu corrompu puis un véritable bordel et n’est maintenant plus qu’une ruine.
    De cet endroit où des bandits font la loi, il émerge une piraterie qui pèse lourd sur nos budgets de protection des navires marchands.

    Or en plus d’être suezement bien placé, ce pays regorge d’uranimum, de bauxite, de fer et de cuivre.
     
    Et cela pendant que ce pays ne constitue le temple ou la Mecque d’aucune obédience.
    On n’y trouve que des pirates et une population musulmane qui n’en peut plus. La Somalie n’est pas symbolique, bien moins que le Tibet ; le Vietnam, Cuba ou Israël

    Les Ricains s’y étaient cassés les becs de leur noirs faucons contre les bandits. Mais l’armée éthiopienne a très bien réussi à les chasser un temps de Mogadiscio. Alors si l’on proposait de mettre le paquet pour redresser ce plat pays de 10 millions d’habitants (sans grottes ni ravins) pratiquant certes un néotribalisme de pirates mais dont une partie de la population est convaincue par la démocratie, je ne vois pas quel machin trouverait l’idée scandaleuse étant donné le délabrement total actuel. Et si les machins sont d’accord, l’opération réussira et tout le monde y gagnerait.


    Le mainstream mondial n’accepte d’interventions militaires que dans les pays en chaos, pas dans ceux qui sont en état de marche (ce qui revient souvent mais pas toujours au principe bushien de Global War On Terrorism, car un pays en chaos n’est pas forcément lit de terrorisme).

    Et exception faite de la troisième guerre du Golfe, 2003, où le monde s’est laissé enfumer par Blair Bush après la sidération provoquée par le WTC.

    Car en ce qui concerne la seconde guerre du Golfe, Saddam avait attaqué un Koweit en ordre de marche, y avait fait pour 20 milliards de dollars de dégâts et avait plutôt semblé fabriquer du chaos. Sur ce coup là, le Monde n’avait donc pas trouvé choquant qu’on aille lui mettre la fessée.

    C’est ce qui fait que le mainstream international ne proteste ni contre notre intervention en Libye, ni contre celle en Côte d’Ivoire. Au-delà de son acceptation du début d’intervention, l’opinion internationale attend de voir ce qu’il en résulte pour énoncer ses conclusions. Et pour l’instant, selon les diverses opérations menées au MO depuis 20 ans, les conclusions vont plutôt à la déception. 
     



  • easy easy 14 juin 2011 16:09

    Je ne dirai rien sur le fond du sujet.

    Je vais seulement faire deux petites réflexions très secondaires ;

    Vous regrettez qu’en France nous n’ayons pas de mécènes. Je vous informe que nous avons Odon Vallet qui surclasse tout ce qu’on peut imaginer dans le genre.

    Concernant le Loto.
    Il aurait été tout à fait possible de réaliser une loterie automatique. N’importe lequel d’entre nous, ou d’entre les pauvres, serait tiré au sort pour un pactole prélevé sur la caisse de l’Etat. Techniquement ça n’aurait posé aucune difficulté.
    Mais ça aurait abouti à des réactions beaucoup plus vives ou polémistes.

    Car ce qui se passe dans le Loto actuel c’est que chaque gagnant se retrouve adoubé, forcément adoudé par deux ou trois millions de joueurs. Ainsi protégé par cette masse parfaitement d’accord sur ce point d’injustice ou d’absurde, le gagnant n’éprouve aucun problème de conscience.
    Si 3 millions de personnes disent très clairement et invariablement (oui, pendant des décennies) que le fait du Loto est correct ou sensé ou normal ou sain, alors il est correct, sensé, normal, sain.


    Il serait concevable qu’une masse, disons de 60% de gens, interdise aux autres 40% de jouer entre eux à une loterie. Quelques pays interdisent ce principe mais la plupart l’autorisent.
    Ca rimerait à quoi de l’interdire ? Ca rimerait à dire que l’argent ne fait pas le bonheur, que l’argent n’est pas la quintescence de ce que la masse peut offrir à chacun. Alors qu’une société qui admet ces loteries aussi délirantes dit le plus clairement du monde que le meilleur qu’un individu puisse attendre de sa vie en société c’est d’en recevoir une montagne d’argent Le quoi en faire n’étant jamais trop développé, on est surtout dans l’argent pour l’argent. l’argent pour le fait d’en posséder. 

    [Pour ma part, j’ai clairement vu que le meilleur que ma société pouvait m’offrir consitait à sauver mon enfant d’une leucémie. Et elle a réussi ce prodige, vous, nous avons réussi ce miracle. Merci à tous]


    Pour l’instant personne ne va à l’argument suivant « Tu te plains d’être pauvre mais tu n’as pas à te plaindre tant que t’as de quoi tenter ta chance au Loto » Cet argument né de l’absurdité de ce concept pourrait pourtant être régulièrement jeté à la figure des misérables. Dans le fond, peut-être l’est-il mais alors seulement en filigrane de tous les discours droitistes.
    Quoi qu’il en soit, que cet argument soit ou non lancé en principal ou en filigrane d’un discours droitiste, il est présent. Que cela se dise ou pas, il est un fait que chacun a sa chance de devenir riche par le jeu du Loto.
    Et cette voie de l’enrichissement par l’absurde étant de toutes manières acceptée par tout le monde, notre société est, sur le registre de la fortune, articulée sur une acceptation de l’absurde, de bien des absurdes.

    En toute chose et métaphysique, nous recherchons du sens. Et nous avons fait très fort en accordant du sens au fait que l’un d’entre nous puisse se retrouver avec 30 millions en raison d’un hasard de boules dans une casserole.

    La raison du hasard.
    Nous avalons bel et bien cet oxymore.
    A moins qu’il nous reste quelque part en travers de quelque gorge.



  • easy easy 14 juin 2011 15:22

    Il est logique qu’une entreprise installée sur les barrages hydroélectriques ou ayant des besoins en eau fraîche pour refroidir quelque alambic, réagisse au jour le jour aux disponibilités en eau et qu’elle mesure constamment les précipitations et stocks.
    Du reste, une telle entreprise n’est jamais prise au dépourvu, sauf extraordinaire.

    Un ministre est parachuté à une fonction complexe depuis quelques mois et n’accumule pas une énorme expérience.

    Or une sècheresse, ça produit des effets dans tous les domaines (domaines parfois donc bien gérés par les entreprises) et un ministère doit, pour y faire face, inventer des solutions croisées, toujours nouvelles et en arbitrant entre des intérêts disons d’entreprises qui s’opposent.

    Par exemple, EDF gèrerait bien sa pénurie d’eau en séquestrant cette eau dans ses barrages dès le printemps. Or un ministère devra peut-être lui imposer d’en relâcher pour abreuver les vaches.
    Un ministère doit donc, en situation de catastrophe, non seulement inventer des passerelles ou des transferts de moyens mais il doit arbitrer entre des intérêts opposés (parfois opposés entre ministères)

    Et parce que cet arbitrage fait toujours grincer les dents de certains protagonistes, un ministre est contraint d’attendre ou de repousser ses décisions au plus tard. Comment convaincre les citoyens à ne plus laver leur voiture dès février ? Un gouvernement ne peut convaincre d’une restriction que quand tout le monde voit clairement la catastrophe, pas avant.
     (Et ça vaut évidemment pour les catastrophes sanitaires)

    Trop tôt tu passes pour un bilieux.
    Trop tard tu passes pour un irresponsable.
    Or, à un moment donné, il y a toujours des gens qui disent que c’est trop tôt quand d’autres disent que c’est trop tard (exemple Tazieff Vs Brousse dans l’affaire de la Soufrière) 

    Et il va sans dire que gérer et arbitrer entre des forces ou ressources nationales quand la catastrophe est devenue patente, c’est très difficile puisque plus personne ne veut céder la moindre goutte qu’il détient.

    La gestion des crises est très difficile. Charles IX avait considéré que pour sauver la paix il fallait tuer une dizaine de protestants trop menaçants. Mais il n’avait pas réalisé qu’une fois le feu de la transgression allumé, chaque catholique allait en prendre d’aise et le roi s’est donc réveillé le lendemain avec des milliers de morts sur la conscience. Ooops !

    Les phénomènes d’agglutination sont très surprenants. 
    Après avoir demandé en vain pendant des années qu’il soit tué quelques loups, la colère monte devant la poursuite des pertes dans les troupeaux. De colère, les bergers en viennent à hurler qu’il faut exterminer ces prédateurs et disent pis que pendre à leur sujet. Alors, si l’hallali démarre, chacun lâchera ses chiens et grands chevaux. Les loups seront exterminés jusqu’au dernier.

    (la prise de la Bastille a été très surprenante. Une « brioche » de trop et hop)



  • easy easy 14 juin 2011 13:20


    Voilà un papier, de votre part cher Dugué, qui tranche avec les autres. Celui-ci est à mes yeux bourré de raison.


    Au fond, vous abordez le question de la transcendance de la science ou ce qui reste de sa transcendance.

    Est-ce l’individu, le scientifique en l’occurrence, qui fait la transcendance ou est-ce elle qui fait l’individu, son attitude ? Sans doute sont-ce les deux à la fois mais toute transcendance ne commence ou ne jaillit que par le comportement d’un individu. Si la royauté était régulièrement bourrée de transcendances, c’est aussi la personnalité de certains rois, Henri III, Henri IV, Louis XIV, qui les ont amplifiées et rendues plus sublimes encore. 

    Concernant les personnes qui ont incarné ou représenté des transcendances, je remarque des évolutions au fil des siècles. 

    Les personnes incarnant des transcendances ont donc longtemps été des personnes physiques, des individus ressortant comme des miracles, avec donc un côté irremplaçable ou très difficilement remplaçable de leur personne. Et, sans doute à la faveur de l’égalitarisme à la Jules Ferry en même temps que de l’industrialisation puis de la mondialisation de tout et de toute chose, on serait passé d’incarnations sous forme de personnes physiques à des incarnations sous forme de personnes morales ou de disciplines (là se situent les grandes heures de la science), puis à des incarnations sous forme de masses humaines (je parle de Facebook ; de Wikipédia, d’Internet) et du coup au bête argent.

    L’argent aurait pu trôner, depuis la nuit des temps, au sommet de tout. Mais non. Pendant les grandes heures de Venise, l’argent, qui était pourtant très important, était placé en dessous du principe du Doge, en dessous du principe du commerce maritime, clef ou source de tous les miracles. Et en dessous encore de la religion. Puisque les navires étaient sous la protection de Dieu, se fâcher avec lui valait ruine. L’argent était également placé en dessous du dieu Mer ou de l’art de naviguer (ce point était très net chez les Portugais des grandes heures). Un génie de la navigation avait la clef de tous les miracles.

    Ensuite, il y a eu l’époque scientifique ou des Buffon, des Newton, des Darwin, des Pasteurs, Edison, Nobel et Einstein ont semblé en mesure de livrer (à tous) l’accès à des miracles.

    Mais concernant la science, nous avons assez rapidement vu son revers. C’est d’ailleurs le seul cas de divinité qui nous ait fait autant souffrir de l’avoir tant adorée. A peine commencions-nous à rêver lors de l’apparition des premiers avions que déjà, ils nous napalmaient comme Robur le conquérant l’avait annoncé.


    Le fait de la démocratisation du savoir et du pouvoir (Quoi qu’on en dise, un gueux a tout de même plus de chances de devenir prince de nos jours qu’il y a deux siècles, ne serait-ce qu’en vertu du Loto) ce fait là conduisait forcément à ce que nos prochains dieux soient plus tournants. Un jour l’un, le lendemain un autre.

    De tous les miracles que nous attendons, l’immortalité est le plus grand.
    Et bien si autrefois la longévité dun roi était essentielle, cruciale pour son peuple, elle ne n’est plus aujourd’hui pour la plupart des Terriens. C’est la nôtre, celle de tout quidam qui devient essentielle.
    Depuis un siècle, nous sommes informés de manière planétaire et nous apprenons que les individus les plus vieux sont des gueux et nous étudions leur cas afin de les copier. La source de jouvence s’est déplacée de la religion à la médecine pour se trouver aujourd’hui davantage dans le mode de vie, ce qui renvoie à une gueuserie, à du « n’importe qui ».

    N’importe qui président, n’importe qui millionnaire, n’importe qui star, n’importe qui centenaire, ça conduit forcément à une défocalisation sur un individu particulier.

    Dans le même temps, ce n’est plus un Pasteur qui découvre un vaccin mais un laboratoire, une entreprise, donc une entité à la fois immortelle et banale de principe. L’entreprise Pasteur ou Steinway est aussi immortelle et dépersonnalisée que Ketchup qui ne produit que de la sauce tomate. Il suffit que des scientifiques (n’importe qui pouvant l’être) se regroupent dans un labo (là on voit tout de suite qu’il faut de l’argent) pour que des études soient menées et qu’il soit éventuellement découvert un remède contre la mort. Et malgré le très grand nombre de l’Oréal, d’Aventis et de Servier dans le Monde, malgré la montagne de bêtes sacrifiées, il n’en sort pas grand chose de miraculeux mais bien des dioxines et trop de Tchernobyl. 
    Solar Impulse ? Un jour il nous bombardera.



    Tout de même, c’est dans le secteur de la santé que les plus purs et importants miracles ont été accomplis. Mais comme la guérison d’une leucémie par greffe de sang de cordon n’épargne pas d’être broyé par un camion (autre miracle) le lendemain, nous ressentons constamment notre vieille angoisse fondamentale.

    Et puis il y a le mur de l’écologie ou de la démographie qui nous explose à la figure et qui nous montre l’absurdité ou la folie de notre course à la fois individuelle et collective.

    De sorte que le vrai miracle réside désormais dans la masse humaine entière et par le biais de son attitude, non de sa production, non de ses découvertes. La Solution semble désormais se cacher quelque part dans Internet et ce qui lui est associé. Nous passons donc notre temps à creuser dans la Mine internet à la recherche de la Pépite.

    Il n’est qu’à observer ce que dit le Net. Ca forme deux classes. Une classe de dires qui exprime des critiques de la situation portant sur tous les domaines. Et l’autre classe de dires qui consiste en des exhortations à freiner, à économiser. (la pub continuant, pour sa part, à proposer de consommer et ressortant alors comme déconnectée du Doute qui gagne les esprits)

    La seule solution nous apparaît désormais dans notre attitude qui doit devenir plus frugale.
    Quel choc culturel !
     
    Alors que la Solution avait si longtemps semblé être dans un Graal à trouver, à conquérir, il s’agirait aujourd’hui de ne plus rien chercher, de ne plus rien conquérir, sinon en manière de « Après moi le déluge »

    Et la façon que nous avons de régler ce choc consiste soit à entamer personnellement, discrètement, sans surseoir, notre propre chemin de Damas du consumérisme, soit à rompre avec la vision égalitariste, humaniste, pour accaparer le plus possible de biens, pour notre seul compte, tel un écureuil déréglé, en excluant les visions en Arche de Noé collective et en allant au contraire vers ça

    Dans cette décadence, il n’y a quasiment aucune place pour les scientifiques ou les chercheurs (décadence selon l’ancienne vision. Ce n’est pas forcément une décadence absolue). Ils savent qu’ils ne sont plus espérés comme des Curie. Ils gèrent les affaires courantes et toute transcendance est éteinte d’un bout à l’autre de tous les Jussieu.


    Et quand je parle de lumière sur Jussieu : Il y avait, 30 ans plus tôt, à un des 4 coins de la faculté, tout en haut du bâtiment en grille, une sorte de serre rontonde constamment éclairée de quelque lampe à UV qui donnait donc une lumière violacée sur fond vert.
    Peu de gens de la fac se rendaient dans cet endroit mais sans rien savoir de ce qui s’y passait, ce machin donnait l’impression qu’il y avait bel et bien un endroit où des génies recherchaient la pierre philosophale.
    (Dans le genre, il y avait aussi son gros calculateur)

    De cette serre, il sera sans doute sorti des applications pour la reproduction des plantes ou pour la cuture des tomates hors sol, mais bon, quand on voit le goût qu’elles n’ont pas ces tomates...

    Toujours sur ce plan des transcendances incarnées par quelque endroit ou objet et toujours sur Jussieu. Il y avait le vieil amphi de la rue Cuvier où les Curie avaient maraudé, il y avait la côte de baleine au jardin des plantes voisin, il y avait une foultitude de choses dans le genre qui nous reliaient les chercheurs et étudiants à des transcendances. Le fait d’avoir éliminé toutes ces choses aura contribué à la perte de ces auras sans qu’aucune nouvelle ne vienne s’y substituer, sinon celle de l’argent puisque pour rénover, pour monderniser, pour casser l’ancien, il faut de l’argent, rien que de l’argent.


    Dans les débuts de l’industrialisation, ce sont les choses et les procédés qui ont été industrialisés. Les pilotes de ces machines étaient encore des personnalités construites à la Champolion, à la Lavoisier. Puis, à force d’avoir industrialisé tout, l’enseignement comme la guerre, la bouffe comme la justice, le logement comme la culture, les esprits sont devenus inéluctablement industrialisés. Même l’amour, même ce qu’on en dit, même le sexage, s’est formaté. Tu sors de la norme t’en prends pour 274 ans de tôle.

    La seule solution à l’immortalité semble donc passer par la case prison.



    Nous nous serions mis au bouddhisme il y a 2500 ans, nous ne serions probablement pas devant un tel désanchantement ni devant un tel Mur, mais bon, on ne va pas refaire l’Histoire.



  • easy easy 13 juin 2011 19:06

    Félicitations Alex.



    Reste que vous n’avez exprimé que votre point de vue de XXI iste.

    Vous n’avez pas consacré une minute à comprendre pourquoi les plus anciens y étaient attachés.

    Si au sein d’une même nation, chaque génération ne sait pas faire l’effort pour comprendre les autres, on imagine mal comment les gens peuvent se comprendre entre pays ou culture différente.

    De mes béquilles, je comprends totalement votre point de vue mais vous, vous devriez comprendre celui de ceux qui ont eu besoin de ce facteur de coagulation pour réduire le claquement de leurs dents.

    En gros, le pire des crimes c’est de tuer et de tuer un être humain. Or, pour diverses raisons, pas forcément noblissimes, des parents, des grands-parents de certains d’entre nous ont tué, dans le cadre de guerres. Si les descendants de ces tueurs ne disposaient pas d’un alibi parfait, ils se sentiraient les descendants de criminels, ce qui, reconnaissez-le, n’est pas très porteur de moral.

    Il faut que les tueurs des guerres et en tous cas leurs descendants ressentent une sanctification de ces meurtres. Et le vocabulaire qu’on emploie alors pour parler de ce fait d’avoir donné la mort à un ennemi, lui aussi forcé de combattre, est important et délicat. Il va de soi que le terme de meurtre est récusé d’office et n’est réservé qu’à l’ennemi. L’ennemi est meurtrier et soi, on n’est que nettoyeur, sécuriseur...

    Les conséquences psychologiques d’un engagement dans l’armée sont considérables. Le principe fondamental de l’armée inverse tout un paquet de valeurs civiles et cela sous le couvert du patriotisme, même quand on est attaquant (ce qui n’avait pas été notre cas en 45 mais qui a été constamment notre cas depuis et à l’étranger).

    On peut commettre tous les crimes en tant que soldat (surtout par suite d’escalade haineuse de part et d’autre) . Bien entendu, il existe des conventions obligeant les soldats à quelques scrupules. Qui sont régulièrement transgressés et parfois massivement.


    La Marseillaise est un chant de guerre, un chant qui permet aux troupes de se donner du courage par sentiment de coagulation, une motivation pour tuer quelqu’un qu’on n’a jamais vu et aussi une sanctification de notre geste meurtrier qui passe d’horrible à sublime par la magie des mots et du chant repris par tous.

    Alors il suffit qu’un seul individu boude ce chant pour que ce soit une catastrophe psychologique pour les autres, d’où leur colère.
    Ce chant couvre les soldats, il les convainc que l’unanimité les soutient dans leur geste terrible, que personne ne les accusera d’être des criminels, même s’ils torturent et violent.
    Ce chant, le fait que 100% des gens l’entonnent, les convainc que 100% des gens considèrent l’ennemi comme une vermine à écraser sans aucune considération humaniste (tu peux chercher tant que tu veux de l’humanisme dans cette chanson, il n’y en a pas. Pas de pitié, aucune pitié)

    Alors s’il y en a un dans la bande qui boude ce chant, les autres sont mal, très mal. Et très furibards parce que déjà, ils sont passés de l’autre côté. Parce que déjà ils ont tué, d’une manière ou d’une autre, directement ou par procuration.

    Or, la situation de guerre, surtout celle de 45, obligeait les Français à réagir par le feu et la mitraille à l’avance très agressive des Nazis. A posteriori et nonobstant le volet de l’extermination d’une partie d’entre nous, volet qui nous a beaucoup divisés, les Nazis supportaient que les Français restassent en vie et bossassent à peu près normalement. Il était concevable qu’une fois tous les combats terminés et Hitler vainqueur, chaque Français pût vivre quasiment comme avant. Il était donc concevable de pactiser avec les Nazis, d’où cette énorme Collaboration qu’il faut également comprendre.
    Mais il était également concevable qu’à terme, les Nazis exterminassent tout ce qui n’était pas aryen donc tout les Français. Ou qu’ils nous interdisent de toute consultation démocratique. Qu’ils décident toujours de tout. Il y avait donc de bonnes raisons de s’opposer à eux en les tuant.
    Et dans ce cas, si la décision de se battre est prise, il faut forcément communier tous ensemble, sans exception, avec le diable. Quand on prend la décision de répondre au meurtre par le meurtre, personne ne doit bouder la Marseillaise.

    C’est en temps de paix que tout ça paraît fou.

    Il serait donc logique comme vous le semblez dire, qu’il y ait un chant terrible et diabolique dans nos tiroirs pour tous les cas de guerre de type 45 mais qu’en dehors de ces moments à cul par dessus tête, nous entonnions un chant beaucoup plus pacifiste et ne diabolisant personne.

    Toutefois, entonner un chant pacifiste en période de paix tout en présentant glorieusement des armes par centaines de tonnes sur les Champs Elysées, ne serait pas cohérent.

    Renoncer à la Marseillaise par temps de paix serait reconnaître que les situations de guerre font de nous des diables et que ce n’est évidemment pas bien. En temps de paix, nous devrions donc laisser également nos armes dans les casernes.




    Mais au fait, Alex, sommes-nous en temps de paix ou de guerre ?


    N’est-il pas cohérent de continuer de chanter cet air de guerre depuis 1945 alors que nous sommes, chaque année, actifs sur plus de 30 théâtres d’opérations militaires ?
    Depuis 70 ans, pas un jour ne passe sans que nos soldats ne tuent quelqu’un quelque part dans le Monde. Pas un jour ne passe sans que nos soldats et chefs militaires aient besoin de notre sanctification de leur geste terrible. Alors pourquoi chanter amazing grace plutôt que notre chant de guerre.

    Nous sommes une nation capable de faire des choses terribles, autant le dire et le chanter. Autant prévenir tout le monde.

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