Il faut bien comprendre que la régulation :
* de l’état, c’est des gens compétents qui l’effectuent (qu’ils ne le soient pas est un autre problème)
* du libéralisme, c’est faire l’hypothèse que cette régulation puisse s’effectuer d’elle-même, sans intervention consciente. C’est faire l’hypothèse d’un système convergent de lui-même !
C’est une énorme hypothèse. Jusqu’à maintenant, il n’y a rien qui la prouve. Et dire qu’on n’a jamais encore instauré de société qui le permette (l’utopie libérale), c’est comme envisager qu’on puisse croire Newton qui dise qu’une pomme tombe vers le haut ! On rigolera et il répondra : oui mais les conditions ne sont pas réunies. Ce qui est vrai, mais néanmoins absurde et malhonnête. L’optimum libéral est à ce jour non prouvé ! Par le simple fait que malgré tout le lobbying libéral dans le monde entier, nous ne soyons pas de facto dans votre société libérale.
C’est dingue la foi religieuse que certains puissent mettre dans une hypothèse. On croirait écouter des hystériques religieux !
Dans une société libérale, jamais l’état n’aurait créé un oligopole financier (Fannie Mae et Freddie Mac), forcé pour des raisons politiciennes de racheter en masse des prêts de qualité très médiocre, hors de toute considération économique.
Les oligopoles se créent tout seuls. Microsoft, Mittal Steel... De plus dans certains domaines, les monopoles sont inévitables (qui a dit autoroutes ?)
De plus ces prêts médiocres se sont propagés dans tout le système libéral, et personne ne les obligeait à les acheter, à part l’impérieuse pression d’être à la mode, d’être in !!
Dans une société libérale, jamais l’état n’aurait pu faire croire à des pauvres qu’il les aidait en votant des lois obligeant les banques à leur prêter de l’argent hors de tout critère habituel de prudence.
Obligeant ?
Dans une société libérale, jamais les propriétaires installés n’auraient pu, via leurs mairies, ériger des barrières réglementaires toujours plus hautes à la construction de nouveaux logements, par des lois de zonage qui ont fait exploser les prix immobiliers et artificiellement gonflé de 4 000 milliards de dollars la bulle que l’on sait.
Il n’y a pas que la règlementation qui créée des bulles. Il y a aussi l’assouplissement de la règlementation qui permet la multiplication à l’infini du crédit bancaire
Vous rejetez de plus absolument toute volonté d’aménagement du territoire ?
Dans une société libérale, jamais les dirigeants de banques n’auraient cru pouvoir compter sur la garantie de l’état et sur l’argent du contribuable pour couvrir leurs fautes, sans payer à titre personnel un prix très lourd pour leur irresponsabilité, voire leur malhonnêteté. Les établissements financiers auraient dû organiser d’eux-mêmes et sur leurs fonds propres la garantie des déposants des établissements déficients.
Oui, entièrement d’accord de ne pas faire reposer la responsabilité sur les autres. Cependant, la tendance naturelle des entreprises à se retrouver en situation de monopole conduit au simple fait que leur chute produit trop de dégâts pour le laisser faire. Si vous répondez que ces dégâts sont inévitable, j’espère que subirez éventuellement un jour ces dégâts dont vous n’êtes en rien responsable.
Dans une société libérale, aucune administration, aucune majorité politique ne pourrait exonérer certaines entreprises (comme Fannie Mae, Freddie Mac et leurs dirigeants, ou certaines banques d’affaire) des obligations nées du droit commun sous prétexte que cela arrange tel ou tel politicien.
Vous êtes donc persuadé que le pouvoir politique disparaît comme par magie dans un "monde libéral" ? Vous vivez dans le même monde hypocrite que les religieux qui croient que le mal disparaît dans le giron de l’église... Vos grands chefs libéraux cherchent le pouvoir politique ! Et vous vous battez gratuitement pour eux ! Faites-vous payer, au moins !
Dans une société authentiquement libérale, les taux d’intérêts ne pourraient pas être manipulés par des élites déconnectées des réalités économiques. Le prix de l’argent ne pourrait être que le reflet de l’offre et de la demande de moyens de paiement, et ne pourrait indéfiniment rester artificiellement sur ou sous-évalués, limitant, voire empêchant la formation de bulles spéculatives.
Le libéralisme se base sur la notion de régulation. Pour peu que cette convergence automatique et naturelle existe, faisons-en l’hypothèse, elle repose sur la notion de crise pour réajuster les prix. Régulation = crise ; c’est le principe même. Maintenant, le problème aujourd’hui, c’est que cette crise survient en faisant jouer un effet de levier monstrueux : il a créé de la monnaie, il la détruit aujourd’hui. Personne n’oblige les banques à prêter plus que ce qu’elles possèdent. A part peut-être la concurrence et la nécessité d’être "in".
Dans une société libérale, le législateur se ferait un point d’honneur de ne pas taxer abusivement la réussite, ce qui permettrait de fonder notre développement sur la saine accumulation de capital, et non sur le développement de bulles de crédit successives.
La réussite est le travail, et en rien le capital. Si vous construisez, vous réussissez. Si vous laissez travailler les autres et tirez des bénéfices du simple fait d’avoir un peu plus que les autres (d’autant plus par héritage), vous êtes un profiteur.
Alors par pitié, messieurs et mesdames les statolâtres, prétendre que seul l’état peut aujourd’hui nous sauver des maux provoqués par l’étatisme n’est pas seulement risible, c’est se rendre complice d’une escroquerie intellectuelle envers les populations, et favoriser la prise de décisions politiques qui ne feront qu’amplifier le désastre.
L’humanité à fonctionné des millénaire grâce aux états, et l’entreprise en elle-même est un mini-état. Bien sûr il y a eu des guerres, bien sûr il y eu des dictatures, mais il y a aussi eu du progès, il y a aussi eu des hommes qui ont travaillé ensemble sans chercher à en tirer de bénéfice, et qui, coude à coude, ont construit des choses sur lesquelles nous vivons. Votre libéralisme est un moyen de délégation de responsabilité et de pouvoir à des acteurs privés, mais il n’empêche qu’il fera, quoi, qu’il arrive partie d’un Etat, qui représente tous les citoyens. L’Etat, c’est lui, c’est moi, c’est vous. Ce n’est pas un croquemitaine, c’est l’ensemble des citoyens, c’est la société. Et nous tous devont en faire quelque chose de bien, de mieux. C’est l’avantage de l’Etat : je lui donne gratuitement. A votre entreprise libérale, je chercherai à l’arnaquer car je sais qu’elle fera de même pour moi dès qu’elle le pourra, puisqu’elle y est obligée par le principe de concurrence. L’entreprise c’est vous. L’Etat c’est nous.
La question de la direction, je crois qu’il y a quelques exemples plus haut : créer de l’activité, du mouvement par des projets de société bien concrets ! Je dirais éviter d’utiliser l’argent pour créer de l’argent, mais utiliser l’argent pour créer de l’activité concrète (i). Convenez que ce n’est pas la même chose...
Alors pourquoi nationaliser plutôt que légiférer, je dirais selon le respect de la loi par les entreprises. Si l’entreprise comprend qu’elle est une partie d’un tout qui est la société, elle peut rester libre puisqu’elle joue le jeu. Si l’entreprise méprise l’économie, les impôts qu’elle doit payer, qu’elle délocalise la production tout en bénéficiant d’aides à l’emploi public, la nationalisation peut être envisagée. De toute façon les entreprises dont nous parlons sont si grosses, que le fait qu’elles soient nationales ou non ne changera rien à leur fonctionnement, soyons réalistes : elles sont quasiment monopolistiques et font partie des armées de l’état dans le contexte de notre guerre économiques. Rien de bien libéral. Faisons qu’au minimum, leurs revenus reviennent à tous ceux qui en souffrent...
Après je suis d’accord qu’une nation a tout a gagner à un dialogue serein et équitable entre état et entreprises libérales, qui sont complémentaires. Et qu’une nationalisation aggressive serait néfaste. Mais dans une situation de mépris réciproque, je ne vois pas comment la situation pourrait devenir plus sereine. Il faudrait au moins que les actionnaires reconnaissent avec humilité leur gestion absconse, agissent pour demander moins de rendement, pour proposer plus de réinvestissement dans l’entreprise, plus de hausses de salaires, et peut-être le respect pourrait-il apparaître ?
Cordialement,
(i) concrète cela veut dire dépenser de l’argent pour les salaires (soutenir la consommation) ou pour l’innovation, pour le travail de demain, plutôt qu’en rendement d’actions qui partent souvent au loin pour un espoir de réinvestissement bien chimérique.
Donino, sans être un fervent partisan de la nationalisation, il faut avouer que la solution permettrait d’éviter la dispersion des efforts dans une fuite irrationnelle toutes directions (avec somme nulle). Cela pourrait au moins "calmer le jeu". Et aboutir à une certaine cohérence des acteurs. Avec le risque bien sûr que la direction soit mauvaise. Mais ca pourrait être meilleur que piétiner sur place pendant que le sol s’écroule.