Les éléments qui sont présentés dans cet article me paraissent parfaitement acceptables, les quatre lignes de conclusion également. Mais c’est précisément ce que l’on est incapable de faire. Cela correspond, en particulier, aux attributions de Fadela Amara (politique de la ville et des territoires dans les ZEP). Le résultat est très faible (voir les articles sur ce sujet), comme tous les prédécesseurs, car la tâche est gigantesque. Par ailleurs, il n’y a pas que les ZEP. L’absence d’enfants d’ouvriers ou plus généralement d’enfants de familles modestes, issus de la ville ou de la campagne, dans les classes prépas est d’abord imputable au milieu familial (éducation, réseaux...), c’est évident. Il y a autoreproduction efficace du milieu dans un ensemble fermé. Il y a des décennies, j’ai connu cela en tant que fils d’ouvrier mineur boursier des houllières de la 6e au diplôme d’ingénieur, absolument rien n’a changé. J’ai laissé mes enfants libres de leur choix, ils ont trouvé d’autres routes...
Il me semble que le fait de retrouver un très faible pourcentage de fils (filles) d’ouvriers dans les prépas (surtout scientifiques) est lié d’abord à la culture ambiante au sein de la famille, bref nous retombons dans les réseaux... Il est très vraisemblable (et cela doit être connu dans les statistiques) que la vocation de « faire une prépa » se perpétue à travers les générations d’ingénieurs, professeurs, dirigeants sous toutes les formes et se prépare dès la 6ème. Préparer un (des) concours est très difficile, voire épuisant. Ceux qui réussissent sont vraiment méritants intellectuellement et physiquement. Mais, ils vont traîner toute leur vie cette épreuve comme une sorte d’initiation à l’accès aux fonctions supérieures et ils conserveront « imprimée » dans leur psychisme cette lutte farouche apprise dans la préparation des concours avec les coups bas adjacents. Si par la suite la réussite n’est pas à la clé, on arrive rapidement à de gros problèmes et aux déprims spectaculaires...aux comportements caractériels. Je connais de grandes entreprises qui analysent avec précision ce risque lorsqu’ils recrutent maintenant ces forts en résolution d’équations différentielles ou autres intégrales doubles. Tout cela pour dire qu’il y a un formatage attaché à ces classes prépas, qui n’est pas nécessairement conçu en liaison avec la vie d’une entreprise humaine, au sens le plus large du terme. Au fait, ce type desélection de « l’élite » (hérité du XIXème siècle) existe-t-il dans les autres pays ? Une enquête documentée serait bien intéressante.
Comme l’auteur, j’ai bien entendu ce « sans précédent » sur France Info, mais je trouve que cette imbécilité journalistique est anodine par rapport à un fond d’information beaucoup plus inquiétant. Par exemple, hier matin une journaliste faisait le tour des réactions à propos des péripéties sur les « surplus » de vaccins. Après le tour du PS, du MODEM elle présente l’intervention du pitbull de l’UMR, le nommé Lefebvre, en disant qu’il trouvait ces interventions particulièrement malhonnêtes. J’ai bien entendu son intervention, assez évasive et modérée (oui), à aucun moment il n’a utilisé le terme malhonnête. Bizarre, non ?