Permettez-moi de revenir en arrière de quelques messages,
C’est vrai que ce n’est pas en dressant des frontières qu’on lutte contre les religions, l’islam en particulier. Un islamiste, qu’il soit d’un coté ou de l’autre de la frontière, c’est toujours un islamiste. On n’a rien apporté au monde en empêchant cet islamiste de traverser une frontière. Mieux vaut essayer de le désendoctriner.
Sur le conflit en Irlande du Nord : oui, le clivage religieux en est clairement une cause. Le fait que d’autres causes concourrent ne supprime pas celle-là. S’il n’y avait pas eu là des catholiques d’un coté et des protestants de l’autre, s’ils avaient tous été athées ou tous d’une même religion, je ne pense pas qu’un conflit aurait éclaté à cet endroit. Les causes politiques dont vous parlez, quelles sont-elles ? Ne reposent-elles pas elle-mêmes sur ce clivage religieux ?
La première guerre mondiale, elle, n’oppose certes pas une religion à une autre. Pourtant, je pense que la religion y a encore une part de culpabilité dans l’émulation au massacre et au sacrifice qu’elle a suscité. En témoignent par exemple certaines citations d’époque rapportées par Tardi dans « C’était la guerre des tranchées », par exemple celles du général Rebillot dans Libre Parole, le 13 décembre 1914 :
« Heureuses malgré leur deuil, les familles dont le sang coule pour la patrie. »
« Il était temps que vînt la guerre pour ressusciter en France le sens de l’idéal et du divin. »
Il y a beaucoup de pays où plusieurs religions sont présentes, d’accord. Mais dans de nombreux cas, il y a une religion dominante qui a tendance à écraser les religions minoritaires. Et dans d’autres cas, cette division du pays en plusieurs religions finit par faire éclater le pays suivant des lignes qui correspondent aux clivages religieux (ex. : Yougoslavie, Indes britanniques).
De même, il y a des pays où plusieurs langues, voire de très nombreuses langues, cohabitent. Parfois ça se passe bien et parfois ça éclate, que ce soit en douceur (Tchécoslovaquie, Belgique ?) ou dans le sang (séparatistes tamouls au Sri Lanka).
Globalement, les lignes de front des conflits se superposent souvent à des lignes de clivage linguistique ou religieux ou les deux. Beaucoup plus souvent que ne le feraient des lignes tracées au hasard.
Je n’ai pas dit que la corrélation était de 100%, je dis simplement que ce n’est pas 0. Il y a des guerres civiles, il y a des guerres entre gens de même langue, bien sûr, mais je dis qu’il y a beaucoup de guerre dont le clivage correspond à un clivage linguistique.
La langue est évidemment un grand facteur de communautarisme. Je dirais que religion et langue sont les deux facteurs majeurs. Ce qui définit une nation, c’est généralement principalement la langue et la religion.
Mais si la langue est un outil dont on ne peut pas se passer et dont il faut tant bien que mal assumer les conséquences communautaristes, la religion en revanche, ses dogmes absurdes, son conservatisme, son autoritarisme, il me semble qu’on peut et qu’on devrait s’en passer.
Mais ce que je voulais dire, c’est autre chose, c’est que la religion répond quand même à certains besoins (appartenance, rassemblement, caritatif... ) auquel la société ne répond pas ou pas assez. C’est un peu le Fraternité déchu de notre devise républicaine.
J’ai bien du mal à croire qu’il n’y ait pas de corrélation entre clivages linguistiques et conflits. De nombreux conflits opposent des pays et de nombreux pays sont définis par une langue qui les distingue des pays voisins. Quand une guerre oppose la France à l’Allemagne, le front de la guerre coincide bien avec un clivage linguistique séparant francophones et germanophones. Plus généralement, dans la seconde Guerre mondiale, tous les anglophones étaient du même coté, et tous les nippophones de l’autre. Il y a une corrélation qui saute aux yeux !