Je vois un point commun intéressant entre la question des claviers et l’évolution des êtres vivants : l’impossibilité du retour en arrière. Dans les deux cas, le chemin le plus court vers la meilleure solution consisterait à d’abord revenir en arrière, ce que ni l’évolution culturelle ni l’évolution biologique ne permet.
Il serait facile de diffuser un clavier ergonomique si personne encore n’avait de clavier. Mais la plupart des gens ont déjà un clavier qui correspond à une certaine norme (Azerty chez nous), l’effet réseau empêche l’émergence d’une norme meilleure, et il est impossible de demander à tout le monde d’abandonner en même temps la norme établie pour repartir de zéro, vers une norme meilleure.
De même, l’évolution biologique conduit à la formation de certains organes, par exemple une mandibule pour mâcher. Puis la pression environnementale change, et l’animal bénéficierait d’une meilleure audition. Ce qui s’est passé dans la réalité, c’est que les os mandibulaires ont évolué pour devenir les osselets de l’oreille moyenne. C’est du bricolage, comme vous dites. Ça a dû prendre un temps énorme, et le résultat obtenu n’est pas forcément le meilleur pour l’audition. Une solution plus rapide et meilleure techniquement aurait sans doute été d’abandonner la mandibule d’une part, et de construire une oreille moyenne à partir de zéro d’autre part. Mais l’évolution est dictée par la sélection naturelle, et le retour en arrière n’est pas un chemin permis. C’est comme ça.
Ils ne veulent pas y aller. Soyons sympa avec eux, votons pour d’autres, des que ça intéresse !
Sinon, c’est vrai que le parlement européen, seule instance élue au suffrage direct, a manifestement peu de pouvoir comparé à la commission ou au conseil. On le voit bien quand un amendement voté par 88% des députés européens, rien que ça, l’amendement 138, est soumis à l’approbation de la Commission, qui l’a accepté, puis du Conseil des ministres, qui l’a refusé. (Source.) Je ne suis pas sûr de tout comprendre, mais je me dis quand même que ça pourrait être plus démocratique.
À part ça, l’illustration de l’article date un peu, il faut ajouter la Roumanie et la Bulgarie maintenant (depuis le 1/1/7).
Là aussi il y a un effet réseau très fort : plus une langue est parlée, plus elle a d’intérêt en tant que moyen de communication. Auriez-vous envie d’apprendre une langue qui ne vous permettrait de communiquer avec personne parce que personne d’autre que vous ne la parle ? Inversement, auriez-vous envie d’apprendre une langue que le monde entier parle déjà ? C’est ça le problème de l’effet réseau !
Pas de guerre SVP, ça augmente rarement le bien-être général et c’est donc plutôt anti-utilitariste !
L’utilitarisme a été largement détourné, c’est bien ce que j’ai dit, mais ça ne va pas m’empêcher de défendre l’utilitarisme originel :
« Agir (ou ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être de l’ensemble des êtres sensibles. » Voila ce que prescrit la morale utilitariste, et en ces termes il me paraît difficile de ne pas l’approuver. Ou bien ?
La question du tapis roulant, vue par un utilitariste : est-ce que le tapis roulant apporte plus de bien-être à l’ensemble des personnes affectées (le marchand, les clients qui s’impatientent, et j’en oublie peut-être) qu’il n’en retire (à vous, puisqu’il vous fait mal au dos). Si oui, alors l’utilitariste est pour le tapis roulant, sinon il est contre.
On peut poser de même la question du taylorisme, mais il faut tout prendre en compte, y compris le bien-être du travailleur durant son travail, sinon le "calcul" est faussé.
Comme vous le dites, l’utilitarisme a été détourné. Le terme a d’abord été déformé par ses opposants, défenseurs de morales religieuses (les tapis roulants ? C’est mal, car Dieu l’a dit), et qui reprochaient à l’utilitarisme d’être une morale sans dieu. Ça a déjà donné une mauvaise connotation au terme. Il a ensuite été déformé par de mauvaises traductions de l’anglais vers le français. Enfin et surtout, il a été déformé par des économistes, qui ont repris le concept d’utilité, mais ont remplacé l’utilité générale préconisée par l’utilité individuelle, autrement dit on est passé de l’utilitarisme à l’égoïsme. Économistes qui ont aussi tendance à confondre bien-être avec argent, alors qu’un euro donné à un SDF lui apporte clairement plus de bien-être que le même euro donné à un milliardaire.