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  • jakem jakem 1er juillet 11:56

    @jakem

    4 : Entre durcissement pénal et renforcement de l’éducatif, qu’est‑ce qui fonctionne réellement pour ces profils les plus lourds ? Et quelles mesures, au contraire, aggravent la situation ou renforcent la désocialisation ?

    Francis Nachbar - Il ne faut pas seulement parler de sanctions : il faut aussi parler de prévention et d’aide aux mineurs vivant dans des conditions très difficiles.

    La protection de l’enfance est au bord de l’asphyxie. Les rapports sur l’aide sociale à l’enfance sont catastrophiques.

    La prévention ne peut plus être seulement la charge des départements : elle doit devenir une vraie priorité nationale.

    Il manque des lieux d’accueil (CER, CESAS), des éducateurs, des pédopsychiatres.

    Certains mineurs ont de vrais troubles de personnalité ou psychiatriques, mais il n’y a pas de pédopsychiatres. La famille et l’école doivent être remises au centre.

    La justice pénale doit être refondée ( il propose qqs mesures ).

    Patrick Hourdé - Le mieux, c’est le renforcement éducatif : redonner aux parents l’autorité parentale, aux instituteurs une délégation d’autorité. Le respect doit être réinstitué.

    Un exemple : à Béziers, les policiers municipaux sont armés. La délinquance a diminué fortement, la ville est propre. Ce n’est pas les habitants qui ont changé : c’est l’autorité qui a été réinstituée. La parole circule : “attention, si vous faites ça, ça ne colle pas”. La délinquance baisse.

    À Saint‑Denis, le maire désarme la police municipale : il la décrédibilise. Comment voulez-vous que les policiers soient respectés ? Le couteau ou l’arme à feu sont des symboles phalliques : des symboles de puissance. En désarmant les policiers, on les “castre”. Vingt policiers ont démissionné. Ce n’est pas en jouant à la place des parents que l’autorité revient. L’autorité, c’est l’autorité. La loi parentale doit être intransgressible. Et il faut donner les moyens aux gens.

    Sébastien Tertrais - Les structures ne sont plus là. Même si les parents étaient placés face à leurs responsabilités, ils réussiraient à mobiliser des soutiens pour faire lever les mesures. J’ai vécu des situations où des équipes ont été prises en otage après un signalement pour enfance en danger. Le juge a cédé et a remis les enfants dans la famille malgré la gravité. On a laissé aller les choses depuis longtemps en ne prenant pas les bonnes décisions.

    Ce qu’il faudrait faire : réunir tous les acteurs judiciaires et éducatifs, poser les choses clairement, reconnaître l’urgence. Il en va de la sécurité de l’État.

    Les émeutes après le décès de Nahel ont montré la capacité de mobilisation de jeunes sans limites et sans cadre parental. Les trous dans la raquette : on écoute des gens qui ne connaissent pas le terrain. Ceux qui connaissent ne sont pas consultés. La majorité de la population sait que ça ne va pas. La minorité violente n’est pas majoritaire, mais elle a un pouvoir de nuisance énorme. Le gouvernement laisse trop d’importance à la rue et ne parle pas assez à la majorité silencieuse.

    Quand on réunit les bonnes personnes — préfet, police, éducation, travailleurs sociaux expérimentés — on peut dénouer des situations terribles. Il faudrait un grand plan national d’information pour expliquer les enjeux, rassurer la majorité, et cesser de donner autant de place à une minorité qui pose problème.



  • jakem jakem 1er juillet 11:51

    @jakem

    3 - Les institutions disent repérer ces jeunes tardivement. Quels signaux faibles — familiaux, scolaires, comportementaux — sont aujourd’hui négligés ou mal interprétés, et pourquoi le système judiciaire et éducatif peine-t-il à intervenir avant l’escalade ?

    Francis Nachbar - La justice ne fait plus peur à personne. La sanction pénale ne dissuade ni les récidivistes majeurs ni les mineurs. La justice est de plus en plus laxiste et a de moins en moins de moyens.

    L’augmentation du budget ne change rien : la France reste dernière du classement européen. Le discours dominant sur le “sentiment d’insécurité” masque les vrais problèmes. Les places de prison promises en 2017 ne sont jamais venues. L’exécution des peines est devenue un droit à l’inexécution.

    La responsabilité est toujours celle de la société, jamais celle du délinquant.

    La justice pénale est largement dépassée : trois quarts des Français n’ont plus confiance. Le système peine à intervenir par idéologie parfois, mais surtout par conformisme et manque de courage, du sommet de l’État jusqu’aux éducateurs.

    Il y a une démotivation générale, même si certains restent très engagés.

    Patrick Hourdé - Les signaux précoces : excitation, agitation, gamin qui n’est jamais à sa place, dissipé, n’écoute pas les consignes, fait ce qu’il veut, sans holà ni stop.

    Avant, il y avait les maisons d’enfermement, comme Tatihou en Normandie, un bagne pour enfants. Dans les milieux bourgeois, on mettait les enfants en pension quand ils étaient infernaux. Aujourd’hui, ça ne se fait plus. Donner une fessée, on vous traite de bourreau d’enfant. L’enfant est devenu sacré, l’enfant roi.

    Les sanctions éducatives simples n’existent plus : “Ce soir tu dînes, tu vas dans ta chambre, pas de téléphone, pas de télé, tu prends tes cahiers.”

    Avant, ça existait. Aujourd’hui, non.

    Le système judiciaire est trop lent. Un enfant convoqué chez le juge, c’est des mois ou des années plus tard. Quand un enfant se fait engueuler par son instituteur, le père vient frapper l’instituteur. Jusqu’aux années 60, trois figures étaient respectées : le curé, le maire, l’instituteur. Ils représentaient l’autorité. Le droit, c’est le respect de l’autre : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.

    Est-ce expliqué aux enfants ? Y a-t-il des cours de morale ? Non.

    Sébastien Tertrais - Les signaux faibles ne sont même plus vus par les professionnels du terrain. Eux aussi ont vu leur niveau d’appréciation régresser. Dans un système dégradé, on ne se rend plus compte de la dégradation.

    Ceux qui s’en rendent compte finissent par partir : ils s’épuisent à alerter, ne veulent plus prendre de risques, et quittent le métier. Ne restent que des travailleurs sociaux qui trouvent normal ce qui se passe, ou qui ne trouvent pas cela grave. Certains justifient même publiquement ces comportements.

    C’est un système entier qui s’est dégradé. Toute personne voulant changer la donne se heurterait à une opinion publique opposée à toute forme de coercition ou de sévérité. Une société ne peut pas tenir avec des jeunes élevés dans la toute‑puissance, sans notion d’altérité. L’autre n’existe plus pour eux : il devient un objet. Ce phénomène explique l’absence de remords dans des actes de violence extrême, comme le tabassage mortel de Louis. Quand on veut regarder cela en face, on se fait traiter de réactionnaire ou de fasciste. Pourtant, la dégradation est profonde.



  • jakem jakem 1er juillet 11:49

    @jakem

    2- Le terme « mineurs nihilistes » circule dans le débat public. D’un point de vue clinique et judiciaire, ce concept vous paraît-il pertinent pour décrire ces jeunes ultra‑violents, ou masque‑t‑il des réalités plus précises comme les carences d’attachement, les traumatismes précoces ou certains troubles comportementaux ?

    Francis Nachbar - Ce terme ne résume pas bien la situation. La délinquance des mineurs, de plus en plus nombreux, violents, récidivistes et jeunes, repose sur une grande intolérance à la frustration, une indifférence complète à l’autre, un individualisme fort, tout en appartenant à des bandes qui créent un phénomène d’entraînement. Il y a une perte de repères, souvent dans des familles monoparentales avec une démission complète de l’autorité parentale, une déstructuration du lien social, des conduites transgressives fortement valorisées, et un niveau scolaire indifférent.

    C’est un ensemble complexe, bien plus précis que ce terme général de nihilisme.

    Les trous dans la raquette, c’est qu’on ne sait plus traiter la délinquance des mineurs. Tant qu’on ne restaure pas des valeurs comme le respect, l’autorité, l’obéissance à la loi, qui sont ignorées ou transgressées quotidiennement, il n’y a plus de filet dans la raquette. Le projet de loi Attal, censé répondre à ces dérives, a été largement censuré par le Conseil constitutionnel, qui a érigé en principe fondamental la primauté de l’éducatif sur le répressif. Pourtant, la répression n’est pas un gros mot : elle est indispensable pour des mineurs récidivistes ultra‑violents. Le Conseil constitutionnel empêche toute politique sérieuse de traitement de la délinquance des mineurs. Les CER et CEF partent d’un bon principe, mais ils sont en nombre insuffisant et l’autorité n’y est pas exercée : le “pas de vagues” domine.

    Le nouveau code de justice des mineurs, avec la césure entre déclaration de culpabilité et sanction des mois plus tard, est inefficace.

    Pour les mineurs, la sanction doit être rapide, visible et certaine : aucune de ces trois caractéristiques n’est respectée aujourd’hui.

    Patrick Hourdé - Je crois qu’il y a une chose qu’on oublie totalement : l’être humain est un animal. L’animal est sauvage, il pense à manger et à se reproduire, et pour cela il doit dominer. L’être humain, c’est pareil. La seule différence, c’est qu’on est censés être civilisés. Un bébé, s’il avait des dents, il mordrait le sein de sa mère. Louis XIV est né avec des dents : il changeait de nourrice tous les jours parce qu’il les mordait. L’être humain, on le civilise. On lui apprend à vivre en société, à partager le plaisir, à comprendre que l’autre n’est pas un objet. Les enfants, quand ils manquent de relations éducatives strictes, peuvent faire la même chose. Pour le “douanier” du canal Saint‑Martin, c’est exactement ça : il fait ce qui lui plaît, il veut jouir pour lui, sans se préoccuper des autres. Les autres sont des objets qu’il consomme.

    Carences ? Oui. Carences éducatives, carences affectives. Ça peut être l’enfant roi à qui on permet tout. Ça peut être le modèle familial. Si la notion d’interdit n’est pas posée, tout est permis. Le point de départ est parental : carence parentale, absence d’interdit. Plus on transgresse, plus on va loin.

    Sébastien Tertrais - C’est une dégradation ancienne qui ne cesse de s’aggraver. Elle prend son origine il y a longtemps et cumule plusieurs facteurs : confusion entre éducation bienveillante et complaisance, baisse du niveau d’exigence des équipes éducatives, installation d’idéologies de victimisation. De génération en génération, l’autorité parentale se dégrade profondément.

    On a aussi des risques d’émeutes tels qu’aujourd’hui, plus personne n’ose faire preuve d’autorité. Les parents sont totalement dépassés, sans responsabilité. Aucun de ces jeunes n’a peur de ses parents, là où auparavant la crainte de la sanction parentale empêchait de franchir certaines limites. L’autorité parentale s’est effondrée, et les jeunes s’émancipent sans cadre. Cela se transmet de génération en génération. Des affaires comme celle de Nahel ont installé ressentiment, défiance et sentiment d’impunité.

    Et il faut rappeler que l’affaire de Zyed et Bouna, en 2005, marque le début de la peur des émeutes au sein de la police et du politique. C’est un moment fondateur : un déni de la responsabilité parentale, un déni du fait que rien n’avait été fait, et cela a installé un sentiment d’impunité durable. À partir de là, l’idée s’est imposée que la police était “ultraprotégée” et que rien ne passerait. J’ai formé des policiers entre 2009 et 2012 : ils m’expliquaient qu’après les émeutes de 2005, ils ne prenaient plus de risques. Je me souviens d’une scène : deux jeunes passent en scooter sans casque, une voiture de police les croise, et les policiers ne font rien. Ils m’ont dit : “Si on intervient, ils fuient, ils se tuent, et ça retombe sur nous.” Donc ils n’interviennent plus. La police a commencé à réduire son niveau d’application de la loi, par peur des conséquences. Et ce déni s’est installé aussi chez certains responsables politiques.

    Ce qui s’est passé avec Nahel, c’est la même trajectoire : il y a plein de “Nahel”, des jeunes qui conduisent sans permis, sans casque, sans cadre parental. La différence, c’est que Nahel est mort. Tout ce que nous n’avons pas traité depuis vingt ans explose aujourd’hui. Ces situations se multiplient, et elles ne sont pas liées à un quartier ou une origine : c’est une dégradation générale de la société. On le voit avec les auteurs du meurtre de Louis : même schéma, même absence totale de conscience des actes.

    Le jeune du canal Saint‑Martin n’a aucune limite et considère normal ce qu’il fait. Certains passants trouvent même cela amusant. Cela montre à quel point l’autorité s’est dissoute.



  • jakem jakem 1er juillet 11:45

    @SilentArrow

    Vous êtes très idéaliste en réinventant le communisme !

    Ce que vous décrivez ressemble à la vie des Amish : la fraternité, la solidarité, l’entraide pour briser un rocher ou débiter un tronc en allumettes, la proximité de la chaleur humaine ...

    Je pense qu’il faudrait prévoir l’accueil de familles entières ; par ex. celle du Hamza dont le père se fiche royalement de ce qu’il fait. Et puis ce « gosse » est trop gros, vraiment obèse ; un régime s’impose ! §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

    Atlantico, ( extraits — les fautes sont du rédacteur du journal !) entretien entre P. Hourdé ( psychiatre honoraire des Hôpitaux, expert près la Cour d’Appel de Rouen et le TCI de Haute Normandie ), S. Tertrais ( prospectiviste, dir. d’Études ) et F. Nachbar ( ancien procureur de la République au Havre ) :

    1- De « Hamza la douane » du canal Saint-Martin aux tueurs de Louis, portrait d’une génération que la France est devenue incapable de gérer Comment un enfant bascule-t-il dans une spirale de violence et de délinquance ? Pour plusieurs spécialistes, il n’existe pas de point de rupture unique, mais une accumulation de défaillances éducatives, familiales et sociales qui, dès le plus jeune âge, rendent certains parcours de plus en plus difficiles à redresser.

    Francis Nachbar - Le “petit douanier” du canal Saint‑Martin est le symbole d’une société qui part à volo : il terrorise, impose des péages, jette des passants à l’eau, fuit la police, et son père laisse faire. Les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses, les pertes de repères sont totales : plus de repères à l’école, plus de peur du gendarme.

    C’est tout ce qui a été décrit : intolérance à la frustration, démission totale de l’autorité, y compris au plus haut niveau de l’État, absence de sécurité malgré les promesses politiques. On a supprimé les mesures de bon sens : peines minimales, révocation du sursis, alternatives à l’incarcération devenues l’objectif (85%).

    La prison est indispensable pour certaines catégories de délinquants, mineurs ou majeurs. La démission de l’autorité date de 10 à 15 ans et s’est aggravée récemment. Les réseaux sociaux contribuent à l’augmentation des conduites transgressives.

    Patrick Hourdé - C’est le “plus” : pour être leader, il faut en imposer. Le caïdat fonctionne comme principe. On impose en disant : “moi je peux faire ça, moi j’ai pas peur”. Un gamin qui prend un couteau dans la poche, il y en a beaucoup. Avant, tout le monde avait un couteau : pour manger, pour se défendre. Il y avait les surineurs sur les fortifications de Paris. La mortalité des délinquants, tout le monde s’en foutait.

    Le stade où ça devient difficile à inverser, c’est l’âge de raison : 7-8 ans.

    Au Moyen Âge, un enfant à cet âge pouvait être condamné comme un adulte.

    Les enfants n’ont jamais été tendres. Si on n’a pas des interdits clairs, posés tôt, ça va de plus en plus loin. Il y a ensuite l’émulation de la bande : “c’est moi qui ai le plus fort". Sans quelqu’un pour mettre le holà, ça va toujours plus loin.

    Sébastien Tertrais - Il n’y a pas vraiment de bascule. Ces jeunes vivent dans des milieux très permissifs, avec une figure paternelle absente ou encourageant parfois la défiance. La structure morale qui permettait le vivre‑ensemble a disparu.

    Avant, tous les parents, ou presque, fixaient des limites claires. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

    Nahel, par exemple, a grandi dans un milieu permissif, et la conséquence est connue. Lors de son décès, on a mis la responsabilité sur la police ou l’État, jamais sur les parents. Pourtant, il y a vingt‑cinq ans, la responsabilité parentale était centrale.

    Aujourd’hui, elle a disparu. Les signalements pour enfance en danger ne sont plus traités comme avant. On a basculé dans un système où les parents ne sont plus tenus responsables.



  • jakem jakem 1er juillet 09:42

    @Fergus

    Pétard mazette ! une condamnation de la CEDH ! c’est terrible, ça !

    Pourtant on ne les empêcherait pas de lancer des SOS ...

    https://www.youtube.com/watch?v=iNg1o8HeiSo

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