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Krokodilo

Krokodilo

Médecin généraliste à la retraite, je m’intéresse à tous les sujets sur lesquels je n’ai aucune compétence, ce qui me laisse un large champ d’intervention. A l’époque où j’enquêtais sur les OVNI, j’ai percé le grand secret de la zone 51 : les extra-terrestres sont effectivement venus sur Terre, mais ils ont trouvé l’anglais trop difficile et sont repartis. Depuis, je m'intéresse à la question des langues, de la communication internationale et de l’espéranto.

Tableau de bord

  • Premier article le 06/12/2006
  • Modérateur depuis le 09/01/2007
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Derniers commentaires



  • Krokodilo Krokodilo 9 juin 2007 12:18

    Merci pour les précisions sur le mode d’agrément de ces programmes, mais reconnaissez que l’info n’est pas facile à trouver, ni très explicite.

    Je reviens sur un de vos messages :

    « J’ajoute que concernant Erasmus Mundus, la proportion d’étudiants provenant des Etats tiers à l’UE et parlant le Français étant plus que réduite, il me semble cohérent que la plupart des universités qui les envoient en Europe... suggèrent que ceux-ci puissent étudier dans la langue usitée dans le milieu des échanges internationaux, c’est à dire l’anglais. »

    C’est bien le sujet de mon article. Il était évident qu’en construisant de bric et de broc des cursus où l’étudiant étranger doit suivre successivement des cours dans trois pays européens différents en l’espace de peu de temps, la barrière des langues allait poser problème et favoriserait l’anglais. Ceux qui ont mis au point mundus ne pouvaient pas l’ignorer.

    What language requirements are there for an Erasmus Mundus Masters Course ? Is there a prescribed language of instruction ? Erasmus Mundus Masters Courses provide students with the possibility of using at least two European languages spoken in the countries where the institutions offering the Erasmus Mundus Masters Courses are located. However, the use of at least two languages does not imply the use of two different languages of instruction : there can be a single language of instruction paired with the offer of learning a second language. Also, there is no obligation that the institutions use their national languages as the language of instruction. http://ec.europa.eu/education/programmes/mundus/faq/faq2_en.html#4

    Si ce n’est pas une incitation à faire des cours en anglais, qu’est-ce que c’est ?

    Car il était possible - et ça l’est toujours - de faire rayonner mondialement les masters européens sans les angliciser (quasi) systématiquement : il aurait été possible de définir de façon similaire un label européen mundus pour certains cursus, mais où chaque pays aurait fait l’enseignement dans sa propre langue, comme autrefois, à charge pour chaque pays d’organiser, de séduire, de sélectionner les candidats, de les prendre en charge, de valider. En outre, cela aurait été plus simple car calqué sur les cursus existants, il ne manquait qu’à les choisir et les proposer pour ce label européen.

    Il y a quelque chose de schizoïde de la part de l’UE à réciter partout son mantra du plurilinguisme, à le promouvoir sur ses sites et auprès des états membres, et dans le même temps à organiser un programme qui développe clairement l’usage de l’anglais dans les universités européennes. Si ce n’est pas schizoïde, alors c’est seulement hypocrite !

    En fait, ce n’est même pas hypocrite car de hauts responsables l’ont quasiment avoué : « Pour Viviane Reding, il ne s’agit pas moins que de  »reconstruire le Moyen-Age : en ce temps-là, les étudiants allaient d’université en université, de professeur en professeur«  a expliqué la commissaire.  »Mon rêve, a-t-elle ajouté, serait qu’un jeune commence ses études à Paris, les poursuive à Helsinki pour les finir à Barcelone, sans que cela ne lui pose aucune difficulté. Erasmus Mundus est un premier pas posé en direction de ce rêve.(...) Entre 2004 et 2008, ce ne sont pas moins de 250 masters européens qui devraient voir le jour." http://www.amue.fr/ACtu/Actu.asp?Id=698&Inst=AMUE Il est clair que pour cette commissaire européenne qui rêve d’un nouveau Moyen-âge, le latin de l’Europe, c’est l’anglais. C’est à se demander pourquoi la commission persiste à prétendre soutenir le plurilinguisme dans l’UE.

    Pour ceux qui prendraient la discussion en cours de route et ne croient pas que des universités françaises organisent des cursus parfois exclusivement en anglais pour les étudianst de ces programmes Erasmus mundus, voici quelques exemples que j’avais enlevés pour raccourcir mon article :

    European Master in Animal Breeding and Genetics (EM-ABG) « The language of instruction is English except at Paris-Grignon where French will also be used in the first year » IMMIT : International Master in Management of Information Technology (dont Aix-en-Provence) « The language of instruction is English. » EuroAquae Euro hydroinformatics and water management (à Sophia-antipolis, Nice) http://portail.unice.fr/jahia/page2070.html (le détail sur les langues d’enseignement est sur la plaquette en pdf) Masters Course running the Partnership : QUATERNAIRE ET PREHISTOIRE (National Museum of National History (FR)) « La langue de travail sera l’anglais. » EUROPEAN MASTER IN LAW AND ECONOMICS (University Paul Cezanne Aix-Marseille 3) « The language of instruction is English, but the master thesis can also be written in another European language, excluding the student’s mother tongue. »

    Les médias préfèrent parler de l’Erasmus de base que de Mundus, de la merveilleuse mobilité des étudiants et des personnels, des vibrionniques vrais européens (nous, ceux qui ne bougent pas et ne sont pas polyglottes, sommes les faux européens, cela va sans dire), de la formidable ouverture d’esprit (nous sommes très bornés, nous les faux européens), etc., je les comprend, c’est plus « glamour » que de discuter de la barrière des langues.

    Les choses sont pourtant simples et claires : autrefois, les étudiants étrangers qui venaient faire des études en France le faisaient en français, maintenant certains d’entre eux le font en anglais. C’est un pas de plus vers l’anglais lingua franca de l’Europe, un orteil de plus vers l’hégémonie de l’anglais dans les sciences, subventionnée par l’UE.

    Je le répète, on peut très bien faire un label de qualité européenne où chacun enseignerait dans sa langue.



  • Krokodilo Krokodilo 9 juin 2007 10:14

    « Tout d’abord, je pense qu’il est honnete pour nos amis lecteurs de distinguer le Programme Erasmus du Programme Erasmus Mundus que vous décriez dans vos propos."

    Je l’ai clairement précisé dans la première partie de mon article. Commencer votre message par sous-entendre que je n’ai pas été honnête est malhonnête.

    Sur le choix des programmes éligibles pour Erasmus mundus, j’ignore si j’ai fait une erreur car vous-même n’expliquez pas qui décide, vous renvoyez simplement vers le site. et sur le site Europa, il faut un esprit supérieur pour comprendre :

    « 85. Who selects the proposals and how ? Proposals under Actions 1, 3 and 4 are evaluated by independent academic experts from the relevant fields. In addition, the best proposals under Actions 1 and 3 are also reviewed by a Selection Board composed of 12 high level representatives from the academic andprofessional world. In the frame of Action 1, the Erasmus Mundus National Structures give their judgement on eligibility. The Erasmus Mundus programme Committee also gives its opinion. The Commission takes the formal selection decision, which is communicated to all applicants by the Agency. As far as Action 2 is concerned, the Erasmus Mundus Masters consortia select a specific number of third-country students and scholars who are to receive a scholarship and send the list of potential grantees, including a reserve list, to the Agency. Applications are subject to an eligibility check by the Agency whereas the formal decision that confirms the selection carried out by the consortia is taken by the Commission. »

    http://ec.europa.eu/education/programmes/mundus/faq/index_en.html (questions en PDF)

    « Les propositions soumises au titre des actions 1, 3 et 4 sont sélectionnées par la Commission. Elles sont évaluées par des experts universitaires indépendants appartenant aux domaines concernés. En outre, les meilleures propositions au titre de l’action 1 et de l’action 3 sont également évaluées par un comité de sélection composé de douze personnalités éminentes du monde universitaire et professionnel, représentatives de la diversité de l’enseignement supérieur dans l’Union européenne. Les points de contact nationaux Erasmus Mundus désignés et le comité du programme Erasmus Mundus émettent également un avis. La Commission procède à la sélection définitive sur la base de ces avis et en communique les résultats à tous les candidats. » (site europa)

    Je n’ai pas trouvé les noms et qualités des membres de cette commission.



  • Krokodilo Krokodilo 8 juin 2007 18:05

    En nombre de locuteurs, la première langue est le chinois. Dans l’UE, c’est l’allemand. La plus parlée sur le continent sud-américain, c’est l’espagnol. Dans le sud des USA, comme l’a dit un intervenant résidant en Arizona, l’espagnol est parfois plus parlé que l’anglais, voire la seule langue. Le problème des langues et de la communication est bien plus nuancé que vous ne le dites.

    « Aussi, l’usage de la langue anglaise (ou de l’espagnol) dans les universités ne me semble pas être la conséquence d’une initiative politique ou préférence accordées à l’échelle européenne. Encore moins une consigne définie par les autorités nationales de chaque Etat membre, chargées d’accorder les bourses Erasmus aux étudiants. »

    Les programmes agréés pour Erasmus mundus sont proposés par les universités et agréés par une commission européenne dont je n’ai pu trouver la composition. Lorsqu’une université constate qu’en 2007 environ 80% des programmes acceptés étaient en anglais (dont 75% exclusivement en anglais), comme ladite université est pleine de gens intelligents, elle en déduit que pour avoir une quelconque chance d’être agréé pour mundus, il faut faire pareil, un programme avec cours en anglais. C’est donc bien une incitation à favoriser l’anglais dans ces programmes, phénomène qui ne peut que s’amplifier.

    Que cela ait été imaginé dès le départ ou que cela soit un glissement structurel malencontreux, je l’ignore, mais les forces souterraines à l’œuvre sont puissantes, comme on dit dans les feuilletons, et malheureusement les séries télés paranoïaques s’inspirent de la réalité...



  • Krokodilo Krokodilo 8 juin 2007 17:50

    Votre message est intéressant car il détaille bien le raisonnement classique et largement majoritaire au sein de la francophonie et des universités.

    Encore que, comme l’a dit Sophie plus haut, dans l’émission d’avant-hier sur Arte, les interventions reflétant la lutte d’influence anglais-français ont été très applaudies, et que dans le monde universitaire, certains peut-être cachent leur sentiment profond par souci de carrière car il peut-être gênant de devenir une sorte de héraut anti-hégémonie de l’anglais.

    Vous décrivez une stratégie actuellement nommée par les médias gagnant-gagnant, et j’ai toujours eu du mal avec cette théorie. On attire les étudiants avec l’anglais, ils prennent goût au roquefort, au vin rouge, à la science et la langue françaises, on est contents ; la langue anglaise rayonne de plus belle en science, les anglophones sont contents. Tout le monde est content, youpi.

    J’ai connu des étudiants marocains, algériens, belges wallons, indiens, allemands, libanais, syriens, venus faire leurs études en France, tout ou partie, ils devaient d’abord apprendre le français (ce que certains savaient déjà pour les ressortissants du Maghreb) et faisaient toutes leurs études en France. Une intervenante a cité un parallèle dans l’ex-Urss qui recevait des étudiants de pays amis. Mais on est là dans un processus bien différent. L’exemple que vous donnez d’un « master » bulgaro-franco-finlandais, faute effectivement de maîtriser ces trois langues, est donc en fait un master européen anglophone, autant appeler les choses par leur nom.

    Comme je l’ai écrit ci-dessus, on échange des avantages à court terme (rayonnement de l’Europe dans le monde, contact avec la France, espoir que ces étudiants apprécient et choisissent de poursuivre leurs études de haut niveau chez nous, subventions) contre un « side effect » majeur, le message au monde entier que science et modernité sont anglophones, c’est-à-dire un renforcement considérable de la position de l’anglais en science, donc aussi dans les institutions, renforcement subventionné par l’UE, donc par nous aussi.

    « une fois les étudiants des autres continents attirés sur notre territoire par Erasmus Mundus. C’est aussi cela la force de l’Europe, au service de toutes ses langues, et donc de la francophonie. » Peut-être, moi j’y vois la force de l’Europe au service de l’anglais !

    Il me semble que la question est suffisamment importante pour mériter d’être exposée et débattue sur la place publique, c’était le sens de cet article, car les journaux et télés paraissent juger tout ça comme un non-problème puisque le plurilinguisme heureux va tout résoudre en Europe.



  • Krokodilo Krokodilo 8 juin 2007 17:05

    J’avais oublié de vous répondre alors que vous êtes le seul témoignage en provenance directe d’Erasmus mundus, ce programme discret quasiment top secret, for your eyes only ! Merci donc. Tant mieux si par ce biais ces étudiants prennent goût à notre culture. Mais on troque des avantages à court terme, la présence de ces étudiants, le rayonnement mondial de l’Europe universitaire, les subventions européennes pour les universités qui font ces programmes, ceci contre un énorme inconvénient à moyen terme : diffuser au monde entier le message que la science et la modernité sont anglophones, et le sont de plus en plus, avec tous les inconvénients en cascade qui découleront de ce message.

    Par ailleurs, j’ai bien détaillé les programmes mundus français de 2007 : si certains sont prévus bilingues (tant bien que mal comme vous l’expliquez), certains sont clairement prévus en anglais, c’est précisé sur les sites des différentes universités qui les organisent.

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