@Abou
Antoun : « Ces
[Hong-kongais]
savent de quoi ils parlent. » Oh,
oui ! Ils font partie des meilleurs en termes de qualité de
l’enseignement si on se réfère au rapport de PISA (je l’ai
évoqué plus bas). Les asiatiques en général font partie
des meilleurs à l’école supérieure dans les meilleures
universités du monde. Vos deux anecdotes sont tellement
éloquentes que je me refuse à les placer au rang de simple accident
de parcours. On mettrait une peau de banane sous le nez de beaucoup
de ceux qui dirigent la France qu’ils marcheraient quand même
dessus !
« Il
est bien dommage que de tels messages forts ne soient pas
compris. » Que voulez-vous ? On ne se refait pas.
Une farce ! La France, imbue et infatuée d’elle-même, est
trop aveuglée par ses acquis en termes de savoir : l’esprit
qui se veut cartésien et qui est (vraiment) très loin de l’être.
Cela ne m’étonne point que ces « messages forts [et
évidents] ne soient pas compris » pour ne pas
dire sous-estimés. Remember Vietnam !
« L’anglais
est la langue internationale c’est un FAIT que cela plaise ou
non. » Pire ! C’est un fait implacable que
je souligne plus bas. Les faits sont effectivement là. Je le
prouve, à ma façon : pas question pour moi de perdre mon temps
à renforcer mon (bon) français.
« Pourquoi
obliger des milliards de gens parlant déjà anglais première ou
seconde langue à apprendre une langue artificielle
[...] alors que la plupart d’entre eux parlent déjà
anglais. » How funny you are !
Vous avez raison, c’est ridicule. L’anglais est officiellement
enseignée dans tous les lycées de la planète et ‒a
fortiori‒ dans toutes les universités de la planète.
Le français non, même quand elle est la langue officielle dans
certains pays ! Un comble (du ridicule) !
« les
raisons de la domination d’une langue » Effectivement,
il faut vivre avec : refuser de voir cette réalité est pire
que de l’ignorance. L’anglais est nettement plus facile et ‒ce
qui ne gâche en rien, au contraire‒ plus joli à entendre :
pas de genre comme en français, structure clairement établie, le
seul accord que je connais concerne le singulier et le
pluriel. J’ajoute ‒pour enfoncer le clou, tellement c’est
ridicule‒ que la politique française en matière de géopolitique
de l’enseignement est désastreuse : la fameuse Circulaire
Guéant de mai 2011 (certes, elle est abrogée, mais, le mal est
déjà fait). Je ne sais pas moi, a-t-on besoin d’un doctorat en
relations internationales pour comprendre ce que cela implique de
décourager les gens de venir étudier en France ? Ces futurs
diplômés ne conseilleraient-ils pas à leurs gouvernements de ne
pas acheter français, voire, à leurs enfants d’apprendre
l’anglais au détriment du français ? Est-ce dans l’intérêt
de la France ? La France n’est plus ‒je reprends votre
adjectif qui se prête bien à la situation‒ « crédible ».
Et, on s’étonne de sa perte de compétitivité martelée dans tous
les médias !
« La
France sera bientôt le pays comptant le plus de chômeurs diplômés.
Paradoxalement le gouvernement crée des emplois assistés pour ceux
qui sont sortis prématurément du système scolaire sans diplômes.
Que ceux qui comprennent m’expliquent » Puis-je
tenter d’émettre des hypothèses ? 1‒
le chômeur diplômé restera au chômage
parce qu’il refuse un emploi en dessous de ses compétences.
Exemple caricatural : un docteur se voit proposer un
travail d’infirmier. Dévalorisant... 2‒
l’entreprise n’embauchera pas de
diplômé si celui-ci est sur-qualifié pour le poste : il
risque de revendiquer (une fois installé) une meilleure
rémunération.
En
outre, le chômeur diplômé, en dehors de toute considération
éthique (estime de soi, par exemple), a plus de chance de trouver un
emploi qu’une personne sans qualification. Cette dernière verra la
plupart des portes se fermer, d’où cette volonté d’aider cette
catégorie de personnes plutôt qu’une autre.
Ce
ne sont que des tentatives d’explications sous forme d’hypothèses :
je peux très bien être dans l’erreur. Quoi qu’il en soit,
cela ne justifie en rien le fait de quitter l’école sans
diplômes : tout est fait pour réussir en France alors que dans
d’autres pays on se bat pour faire entrer les filles à l’école
primaire... Oui, je sais ! Cela fera l’objet d’un autre
débat !
@Abou
Antoun : « les
effets s’en fassent sentir sur le marché du travail » Là
nous sommes d’accord : vous auriez
dû préciser. Je rectifie
en conséquence : il faut environ 25
ans pour se rendre compte de l’efficacité
de l’enseignement dispensé. C’est
ennuyeux, mais, c’est comme ça. Les
études prospectives trouvent ici toute leur utilité et
leur justification...
@Romains
Desbois le Cheminot : « cela
ne t’a pas apporté deux sous d’intelligence en plus » Ce
n’est pas le sujet.Néanmoins,
parler deux langues demande une plus grande activité au niveau du
cortex. À vous
de voir où est la place de l’intelligence dans tout cela...
Quand
vous dites « pendant que
nous apprenons l’anglais, ceux qui l’ont apprise comme langue
maternelle n’ont pas à le faire ensuite »,
je peux, vous concernant, transposer cela de la manière suivante :
« pendant quevous
apprenez le français,
vous
qui l’avez
appris comme langue maternelle n’avez
pas à le faire ensuite ».
Seulement voilà : le français
est nettement moins utile que l’anglais dans le monde
d’aujourd’hui. Les meilleures universités du monde enseignent
leurs matières en anglais (voir le classement de Shanghai) et les
meilleurs centres de recherche du monde utilisent l’anglais comme
moyen de communication. Je ne vous apprends rien, monsieur...
« une
langue internationale commune qui ne soit pas celle d’un groupe,
d’un peuple ou d’une nation » Vous
êtes en retard ! Elle existe déjà :
l’anglais EST
la langue de la science, de la diplomatie et des affaires. Ce qui
m’intéresse est la science : les meilleurs manuels techniques
et scientifiques sont en anglais. C’est LA langue de
référence. Mieux : ici en France, une personne, maître de
conférences dans une des meilleures universités de France, me dit
une fois de préférer les livres en anglais plutôt que leurs
traductions en français. Désolé, mais, je préfère sa parole à
la vôtre... J’ai encore mieux : dans certaines grandes écoles
d’ingénieur françaises, vous ne pouvez obtenir votre diplôme que
si vous avez un certain niveau en anglais.
Conclusion :
update sometimes your database,
Romain, because the World won’t wait for you...
@Abou
Antoun : « il
faut une ou deux générations » J’ignore
si on parle de la même chose, mais, je n’ai pas besoin de deux
générations pour me rendre compte qu’il faille m’en rendre
compte : cinq minutes suffisent largement.
@Romains
Desbois le Cheminot : « perdre
du temps à apprendre l’anglais » Je
parle deux langues et je n’ai pas eu l’impression d’avoir perdu
mon temps à apprendre l’anglais. If
I were you, I would learn English because most
of the best technical books dealing
with science are written in this language. So, please try to stop
telling stupid things, old chap. Mon
savoir est pourtant dans
un domaine lié
à la science (c’est-à-dire à BAC
+4/5).
« Le
professeur n’a plus que son discours pour tenter d’instaurer une
atmosphère de travail. » Voilà
l’exemple même du défaut de l’enseignement en France :
une perte de temps en palabres qui n’ont aucun lien sérieux avec
le cours. Ces failles détruisent presque inéluctablement la
motivation de certains élèves qui souhaiteraient avancer. Je ne
vous parle même pas de la motivation des enseignants qui en prend un
coup. Comment se fait-il qu’en France l’éducation ‒qui
implique la formation des enseignants‒ ne soit pas vraiment jugée
comme étant une affaire sérieuse ?
« un
élève [n’a pas encore]
pris conscience de l’importance de ses choix et des enjeux d’une
vie » Oui et non. J’étais assez conscient de la
chance que j’avais d’intégrer une école : je savais déjà
avant d’entrer en classe secondaire que j’avais besoin de l’école
pour mon avenir. Par contre, j’ignorais le métier que je voulais
vraiment faire. Quant aux enjeux d’une vie, il est à
souligner que beaucoup d’adultes perdent le sens des réalités
lorsqu’ils consacrent leur fortune à des animaux de compagnie
(vêtements pour chiens et chats) pendant que des SDF peinent à
trouver à manger en France... Il m’arrive d’avoir honte d’avoir
appris le français à cause de cela.
« devenir
juge ou médecin sans imaginer ce que cela signifie en termes de
travail et d’étude » Ne sous-estimons pas l’influence
des parents ou de l’entourage des enfants dans leurs aspirations.
Beaucoup d’enfants souhaitent plaire à leurs « fans »
(c’est-à-dire, leurs amis et parents) telle une quête de
reconnaissance de l’appartenance à un groupe. Considérons aussi
qu’il est possible que l’enfant ne fait que tenter de s’imaginer
dans ce qu’il espère devenir, une façon de refouler ses échecs
dont il pourrait être (trop ?) conscient. Les enfants ont une
vague idée de ce qui les attend parce qu’ils sont peu informés et
mal informés : en général, ils savent à peu près que, pour
être pilote d’avion, il faut être doué en math, mais, ignorent
souvent qu’il faut bien parler anglais.
« Ce
sera toujours ça de pris. » J’appelle cela l’« Effet
Civilisation » : la facilité procurée par
l’apparition de la technologie dans les mœurs qui l’ignoraient
auparavant. On peut aussi parler d’« Effet Fashion » :
les enfants sont de plus en plus des fashion-addict
ou fashion victims ‒c’est selon‒
avec cette ruée vers les consoles de jeu dernier cri, vers les
vêtements de marque, vers le dernier smartphone, etc. J’adore
les nouvelles technologies, mais, je peux m’en passer pendant une
semaine s’il le faut.
« Vivre,
c’est profiter de l’instant présent en faisant ce que l’on
veut. » Carpe Diem ! Raisonnement à court
terme occultant drastiquement la notion d’avenir en termes de
visibilité sur le plan de la prospective. Cela montre aussi la
crainte des parents concernant la précarité des emplois en ces
temps de crise.
« Il
y a aussi un autre perdant de taille : la formation scientifique des
ingénieurs et des chercheurs français. » Anormalement,
curieusement et dangereusement négligé en France. En théorie, qui
dit éducation de qualité dit qualification, qui qualification dit
(possibilité de) recherche, qui dit recherche dit innovation, qui
dit innovation dit brevet, qui dit brevet dit (en principe) revenus,
qui dit revenus dit (en principe) investissement dans le bien-être
de la population (éducation, santé), etc. Tout le monde connaît la
musique, je crois.
« Qui
est responsable ? » Bonne question. Qu’est-ce
qu’une responsabilité et quelles sont ses implications dans
l’éducation et le succès de cette éducation ? Avant
de répondre à de telles questions, posez-vous des questions sur les
acteurs et les indicateurs utilisés pour analyser la
problématique. Mes acteurs ? Il en existe trois : ‒
Les parents : responsables du maintien
et de l’entretien des enfants. ‒
Les enfants :
les concernés. ‒
Les éducateurs :
chargés de transformer les enfants afin d’en faire des personnes
autonomes en leur inculquant les techniques et méthodes
cognitives. Mes indicateurs ?
Ils sont essentiellement quatre : ‒ Academic
Ranking of World Universities : Classement de
Shanghai, invention chinoise. ‒ Les
Prix Nobel : domaine scientifique,
invention scandinave. ‒
Program for International Student
Assessment :
sorte de test de
niveau scolaire sur des adolescents
d’environ 15 ans, invention de
l’OCDE. ‒
Indice de développement humain :
indicateur synthétique statistique, invention
de l’ONU. Le
corollaire
de tout cela ? L’environnement. Elle serait définie
par l’ensemble des acteurs et facteurs susceptibles d’influer
durablement sur la prise de décision : politique, finance,
technologie, sociologie, etc. La
place de la France, chantre et patrie des Droits de l’Homme, dans
ces indicateurs ? No
comment.Pourquoi ?
Une patrie des droits de la personne humaine devrait être the
number one dans tous ces indicateurs : lorsque les
droits humains sont respectés, les droits à l’éducation le sont
et donc, par effet d’entraînement, les possibilités
d’épanouissement intellectuel s’agrandissent considérablement.
La France n’est même pas dans le Top Five
de ces classements. Such a shame...
Je
me demande même si, déjà à la base, il est si évident que cela
de définir l’esprit scientifique. Une idée ?