Vous invoquez l’argument selon lequel le programme de MArine Le Pen serait ultra-libéral pour mieux le déconsidérer évidemment, et nous serons sans doute au coeur du sujet comme au coeur des contradictions, me semble-t-il, d’une certaine opposition à laquelle vous vous référez.
Et je m’inscrirai en faux puisque un certain nombre des mesures qu’elle préconise - si ce n’est la cohérence d’ensemble de son programme - foulent au pied les préceptes libéraux les plus dogmatiques et les plus inscrits dans l’idéologie dominante actuellement à l’oeuvre, notamment au sein des institutions européennes qui, pour le coup, sont un vrai repère d’ultralibéraux totalement (et majoritairement) soumis à cette doctrine.
Maintenant je donnerai quelques exemples pour motiver cette assertion :
1/ Le fait de vouloir réinstaurer des taxes douanières aux frontières et entraver ainsi le libre-échange mondial entre sphères économiques absolument hétérogènes (production, social, environnement, redistribution etc...), rentre dans le cadre d’une remise en cause fondamentale et radicale de cette idéologie. C’est sans doute, avec la question de l’Euro, le point plus important de son programme, le point cardinal de par sa cohérence interne, et celui qui le légitime le plus aux yeux de nombreuses personnes.
Car nous pourrions invoquer comme vous le faites le Smic, le RMI, le niveau de fiscalité ou de redistribution, ou mêmes les retraites, tout cela demeure des épiphénomènes et est donc inutilement important DANS UN PREMIER TEMPS, dans la mesure où bien d’autres facteurs et paramètres macro-économiques, situés par conséquent à un niveau hiérarchique supérieur, CONDITIONNENT tous ceux-là ! Les facteurs dont il est fait mention ici.
2/ La réappropriation de l’outil régalien de création monétaire (en revenant sur la Loi scélérate Pompidou-Giscard de 1973), ce qui suppose de remettre en cause le principe d’indépendance de la Banque de France - et non de la BCE, j’aurais l’occasion de m’expliquer sur l’importance de cette nuance - est là encore le signe indéniable d’une volonté de sortir de l’idéologie libérale promeut par l’école monétariste.
3/ La sortie de l’Euro qui est envisagée participe également de cette remise en cause dans la mesure où la monnaie unique est l’un des instruments de domination de l’idéologie libérale qui infuse toute les strates de l’Union Européenne et de ses institutions (Commission, parlement, CEDH, etc...). C’est bien la raison pour laquelle les oligarchies bancaires et financières au sein des différents Etats-membres de l’eurozone feront tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver leur merveille, puisqu’elle leur assure de confortables revenus (notamment à travers le financement odieux des dettes publiques) tout comme elle garantit que l’outil monétaire ne soit jamais plus sous contrôle souverain du peuple (ou des peuples en ce qui concerne l’euro), grâce au statut de la BCE et du Traité de Lisbonne qui nous engagent sur ce point et qui jouent le rôle de chien de garde à la monnaie unique.
C’est également la raison pour laquelle nos politiques, acquis au système et aux ordres de ces oligarchies, qualifient la sortie programmée et concertée de l’Euro comme une catastrophe annoncée (Sarkozy), et ses partisans (et non des moindres, je connais une flopée d’économistes extrêmement sérieux qui l’envisagent sinon la souhaitent) comme de véritables fous à lier. Argumentation prévisible d’individus aux abois qui n’ont plus que l’anathème vis à vis de leurs contradicteurs pour faire la promotion de leurs idées.
4/ La sortie de l’espace Schengen quant à lui symbolise la réappropriation non pas seulement des frontières, mais de l’idée même de frontière, abandonnée par tous les gouvernements successifs de la France depuis l’éviction du Général. Il est incontestable que la volonté marquée de Marine le Pen de limiter drastiquement les flux migratoires va de pair avec cette réappropriation, et transgresse là encore de manière irréfutable l’idéologie néolibérale qui, partagée il est vrai à gauche par l’ « internationalisme des imbéciles » (Sapir), théorise une totale liberté d’établissement des capitaux, des marchandises, et... des travailleurs.
Ainsi il est à tout le moins surprenant, sinon suspect, que de supposés authentiques anti-libéraux se prononcent continûment pour la restriction des deux premiers vecteurs de ce néolibéralisme mortifère pour nos économies - et de son cortège de désindustrialisation, de chômage, d’endettement, de casse de notre modèle social, de désindexation des salaires et même de désinflation généralisée - sans jamais rien mentionner (ou si peu) sur ce troisième vecteur de propagation pourtant d’importance ?!! Car pour cela encore faut-il comprendre que l’immigration n’est pas un stigmate qui nous tombe du ciel mais fut bel et bien l’allié objectif de la mondialisation économique (la fameuse armée de réserve de Marx) et du discours néolibéral qui l’accompagna.
C’est une stratégie savamment mise en oeuvre afin d’en faire le parfait complément, à l’intérieur des « frontières » des nations occidentales, du dumping économique, fiscal et social opéré à l’exterieur de celles-ci par les pays émergents à bas coûts. Le salariat occidental se retrouvant ainsi pris entre deux feux simultanés, entre le marteau et l’enclume. Avec pour fameux résultats une dépression incontestable de la masse salariale, un chômage endémique, une dépolitisation de la classe ouvrière (laquelle je ne crois pas qu’elle sert les intérêts de lavraigauche, de la gauche radicale), et une baisse de la pression aux revendications sociales qui leurs est concomitant. Et qui là encore, est incontestable. En somme, du pain béni pour le grand patronat et ses affidés.
Pour étayer cette thèse voilà un rapport de 2009 tout ce qu’il y a de plus officiel du Conseil d’Analyse Economique, qui délégitime notamment le discours traditionnel sur le recours à l’immigration comme palliatif à la “pénurie de main d’œuvre“ dans certains secteurs. Ses auteurs expliquent que « du point de vue de la science économique, la notion de pénurie n’est pas évidente. Le fait que certains natifs rejettent certains types d’emplois peut simplement signifier que les travailleurs ont de meilleures opportunités que d’occuper ces emplois, et donc que les salaires correspondants devraient augmenter pour qu’ils soient pourvus ». C’est pourtant du plus évident bon sens !
C’est donc simplement parce que le patronat ne veut pas revaloriser les salaires qu’il importe, avec la complicité des associations pseudo-antiracistes bien mal nommées (dont Mélenchon est un des fondateurs), une main d’œuvre plus docile, et donc plus malléable, comme le confirme la conclusion du rapport qui n’hésite pas à affirmer, je cite : « Dans le cas du marché du travail, cela signifie qu’à la place de l’immigration des années soixante on aurait pu envisager une hausse du salaire des moins qualifiés ». La messe est dite n’est-ce pas ?
Toujours selon ce rapport, une hausse de la proportion d’immigrés d’un point de pourcentage réduit le salaire moyen de 1,2 %. Ces chiffres expliquent largement l’omerta entourant les questions légitimes que posent, non pas l’immigré en tant que tel (bien que cela peut impliquer d’autres problématiques qui lui sont propres) mais l’immigration en tant que politique consciente et délibérée, que les gouvernements « de droite » comme « de gauche » se refusent à affronter concrètement de peur selon moi de déplaire aux desideratas du grand patronat. Mais comme l’on dit : Paris (Hénin-Beaumont ?) vaut bien une messe.
Mélenchon s’est fait
humilier par Le Pen et ce alors même que vous pensiez qu’il puisse se trouver
au second tour et même remporter l’élection. Ubuesque.
Et c’est vous qui
prétendez vous revendiquer le chantre de la raison humaniste ? Et pourquoi pas
le tenant du « camp du Bien » aussi ?! Entendons-nous : le camp de
rééducation pour mal-pensants bien sûr.
Je vais vous dire : en
démocratie, a raison celui qui a UN suffrage de plus que l’adversaire. Rien
d’autre. On a donc toujours raison a posteriori. Marine Le Pen plus que
Mélenchon en l’occurrence.
Le problème de Mélenchon
(et sans doute le votre) est très simple à cerner : il se détermine non en
fonction d’un but à atteindre, mais en fonction de ses présupposés
idéologiques, la plupart (macro-économiques et géopolitiques) étant précisément
déraisonnables lorsque l’on connait l’état réel des rapports de
force mondiaux, ainsi accessoirement qu’un tant soi peut la nature humaine.
C’est là toute la
différence entre l’éthique de responsabilité et celle de conviction. Or les
partisans de cette dernière se sont toujours révélés de piètre politique, voir
de fieffés et notoires incapables.
Ce qui explique tout à
fait, rétrospectivement, les grossières erreurs de prospective d’un Mélenchon
autant sur l’évolution pourtant prévisible de l’intégration supranationale
européenne (il a reconnu lui-même s’être lourdement trompé sur la question),
que sur celles, anthropologiques, concernant son soutient inconditionnel à la
régulation massive des clandestins et à la poursuite d’une immigration de
substitution de population en Europe, et singulièrement en France.
Il ne faut pas s’étonner
dans ces conditions que les lambdas n’aient plus vocation à donner prime à son
incompétence, en lui accordant de nouveau, en quelque sorte, le bénéficie du
doute.
Quant à votre
concept référence qui vous partagez avec lui, l’Universalisme, faisons remarquer - pure
coïncidence fortuite – qu’il se marie très bien avec cette autre idée qui fonde
le corpus idéologique post-marxiste de la gauche auquel il appartient :
l’Internationalisme.
Faisons
remarquer également que d’autres systèmes de pensée à travers le monde développent
aussi leur propre notion d’universalisme et se l’approprient, un autre
universalisme évidemment que le sien propre et le votre.
Ce qui est
auto-contradictoire dans la juste compréhension de la notion même
d’universalisme, puisque devant s’imposer nécessairement non seulement à toutes
et tous, mais de tout temps et en tous lieux. En réalité et très logiquement, le
simple fait que plusieurs systèmes de pensée et systèmes de valeurs
revendiquent pour eux-même - et pour d’autres par leur vocation même - leur
propre universalisme, tend à discréditer durablement sinon définitivement
l’idée que l’universalisme soit un concept opérant et valide. Philosophiquement
d’abord, géopolitiquement ensuite.
Cette réflexion
est le point cardinal en mesure d’affecter en profondeur le corpus idéologique
de M. Mélenchon par la contradiction fondamentale soulevée, et par principe il
ne pourra y répondre. Sauf à se fourvoyer.
Car j’entends au
lointain une objection qui consisterait à dire qu’un universalisme serait plus
valable qu’un autre, et qu’il aurait par conséquent plus de légitimation à
s’imposer. Outre qu’il ne répond en rien au paradoxe d’une logique formelle
qu’il vient d’être soulevé et qui ont tous les jours des répercussions
concrètes dans le monde géopolitique réel, cette pétition de principe vire au
grotesque dans la mesure où elle n’est absolument pas en capacité de convaincre
ceux auxquels elle est destinée, qui bien souvent ont fait profession de foi
(pas moins d’ailleurs que ceux des loges acquis à l’universalisme républicain
rassurons-nous..).
L’ensemble
de son projet politique se déclinant en fonction de ses présupposés éminemment
contestables, le reste ne fait plus sens selon moi. Autant pour établir un
juste état des lieux au moyen de lunettes idéologiques à fort grossissement,
que pour proposer une politique de civilisation crédible, nécessaire et
cohérente.
Qui plus est ce
discours – cette illusion - s’adossant précisément sur le postulat
internationaliste de toute une partie de la gauche, fondé essentiellement sur la
théorie matérialiste de solidarité des classes prolétariennes à l’échelle du
globe et qui s’est révélé follement utopiste car réduisant dramatiquement le
réel. Et le déniant même, entre autre paramètres fondamentaux : la logique des peuples et des cultures
ancestrales, les processus d’identification, les sentiments d’appartenance
nationaux et religieux, les communautés particulières de destin, les rapports
de forces géopolitiques et idéologiques, les "visons du monde.
Internationalisme
de gauche qui joua le rôle objectif d’idiot utile du Capital apatride par la
caution morale apportée (pensons notamment au rôle des associations
pseudo-antiracistes dont Mélenchon fut l’un des fondateurs, et ce n’est pas un hasard), et qui justifia toutes les dérives et les accentua même,
et qui intronisa surtout l’Europe institutionnelle que nous connaissons à
présent, cheval de Troie de la mondialisation et de l’ensemble de ses
corollaires : dérégulation massive, désétatisation, suppression des frontières,
libre-échange intégral, concurrence et consumérisme échevelés, destruction des
systèmes sociaux les plus avancés (considérés comme avantage civilisationnel à
l’époque il est vrai mais vu désormais, dans ce cadre mondialiste, comme pur
handicap du point de vue de la rationalité économique et de ses agents).
En conclusion je
dirai que vous (et d’autres) auriez tord de
miser vos billes sur Mélenchon et son projet : après s’être fait balayé aux
prochaines législatives (une humiliation en appelant une autre), il retournera
dans son abyssale médiocrité politique d’où il n’aurait jamais du sortir, et
sans doute de nouveau tâtera de la bouteille comme faisant suite au
traumatisme de 2002 (l’ « éternel retour du réel » cher à
Lénine), après tant et tant d’année à s’être trompé sur le monde qui
l’environne par pure dissonance cognitive.
La citation de M.F. Garaud
lui va d’ailleurs comme un gant : "je le croyais du marbre avec lequel on
fait les statues, il est de la faïence avec lequel on fait les bidets".
Le déni de l’auteur - par évident tropisme idéologique - est tel qu’il s’interdit de réaliser une analyse sociologique un tant soi peu sérieuse de l’électorat.
Et il n’y a décidément que les cyniques, les naïfs, les sots, ou les incultes, pour penser une seul seconde, comme beaucoup de commentateurs de gauche et quelque uns de droite (ces derniers étant infiniment plus stupides encore que les autres), pour soutenir que Sarkozy n’était pas sur la bonne thématique en suivant celle du « maurassien » Buisson, son plus proche conseiller.
Les raisons objectives de sa défaite ne se situent bien entendu pas là - bien au contraire - et sont surtout d’une tout autre nature, liée -bien évidemment à la déception immense qui a frappé l’électorat populaire de part le bilan socio-économique et cultuto-identitaire de Sarkozy, véritablement désastreux. Electorat populaire qui, rappelons-le, l’avait pourtant plébiscité 5 ans plus tôt, bien plus qu’il ne la jamais fait pour un Hollande opportuniste, et qui a su profiter d’un vote de dépit en sa faveur autant qu’il cherchait à sanctionner l’ancien locataire de l’Elysée pour haute trahison eu égard à ses engagements et promesses de 2007.
Qui peut croire en effet que Sarkozy aurait fait un score supérieur en recentrant son discours, en le « centrisant » comme d’aucuns l’enjoignaient à le faire, et ce alors même que la sociologie et l’attente de l’électorat atteste que sa stratégie fut au contraire judicieuse (son score est en effet inespéré), bien qu’inutile puisque engagée bien trop tardivement et fut assez largement assimilable (et assimilée) à une escroquerie et une imposture formelle, les électeurs n’attendant rien d’une stratégie électorale réussie mais bien tout de résultats politiques concrets, invisibles à tout point de vue en 5 longues années.
Zemmour et Rioufol résume assez fidèlement cet état d’esprit :
Vous opérez une inversion des causalités : c’est parce qu’il était de gauche (et franc-maçon) que Jean-Luc Mélenchon a voté pour le dépassement des frontières et l’intégration supranationale européenne, ce qui concorde tout à fait avec son corpus idéologique. Avec les résultats que l’on sait rétrospectivement : un fiasco socio-économique et démocratique total.
« Si j’adhère aux avancées du Traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle. »
Si Jean-Luc Mélenchon avait entendu LE PEN en 1986 (Acte unique) puis en Juin 1992 (Traité de Maastricht) - qu’il a voté tous les deux - la catastrophe de Schengen, de l’Euro, du Traité de Lisbonne, celle du MES, et celle de la règle d’or, nous auraient été épargnées...