L’idéologie dominante libérale-libertaire appelle ça un progrès, stricto sensu. Au sens, comme je l’ai déjà dit, du dépassement d’un ordre ancien et conservateur sur le plan de la morale et des moeurs.
Mois j’y vois plutôt une régression, mais il est vrai que je ne suis pas libéral. La même idéologie me qualifierait même aisément de réactionnaire, et qui est tout à fait salvateur, selon moi, dans le contexte actuel de marche irréfrénée vers la modernité technicienne, elle authentiquement dépourvue de moralité.
Comme Michéa le fait à juste raison remarquer : le libéralisme philosophique, qui chapeaute ses déclinaisons économique et sociétale (ce que beaucoup refusent de comprendre, surtout à « gauche »), institue une société axiologiquement neutre sur le plan des valeurs. Ce n’est pas sans conséquence.
Votre problème est le suivant : vous confondez la « gauche » avec le socialisme. Mais historiquement en France (et là encore Michéa le met très bien en évidence) il y a eu une dichotomie, une césure entre ces deux notions.
Ce que vous appelez la gauche, Michéa démontre qu’elle fut pendant la troisième République (en particulier à partir de l’affaire Dreyfus, qui marque une rupture idéologique selon lui) une émanation de la bourgeoisie éclairée, libérale dans toute son acception, prenant parfois, sinon souvent, des positions antagonistes avec le mouvement syndical et ouvrier, incarnant lui les véritables aspirations socialistes.
Ainsi je vous inviterai pour le coup à marquer un réel « progrès » en dépassant ces faux clivages et ces fausses catégories (gauche/droite), en réintroduisant les notions de social et de national par la même occasion. Ou de national et de social si vous le voulez. Attention, nous marchons ici sur des oeufs...
Evidemment que le libéralisme est un progressisme, ne serait-ce que de part les avancées et dépassements sociétaux et culturels qu’il induit idéologiquement, et qui trouvent une traduction politique concrète à travers le mariage gay, la GPA, l’euthanasie, la dépénalisation prochaine du cannabis, et depuis quarante ans et la révolution moderniste de mai 68 : la déconstruction des valeurs familiales et traditionnelles. Voyez comme tout se tient.
La gauche française par exemple, qui se qualifie comme telle et qui englobe, que vous le vouliez ou non, les radicaux de gauche et le Parti socialiste dans toute son hétérogénéité, est incontestablement progressiste, en même temps qu’elle est libérale sur le pan économique et libertaire sur le pan des moeurs. Elle n’est pas socialiste certes, au sens où la politique qu’elle conduit ne permet pas (ou plus) d’avancées sociales.
Mais de là vient justement votre confusion des concepts : réduire le progressisme au seul progrès social est un vision parfaitement réductrice de ce que recouvre historiquement la notion de progrès.
La bourgeoisie que vous visez, à de multiples occasions, a très bien su intégrer des aspects moderniste et progressiste quand il le fallait, c’est à dire quand cela servait ses intérêts bien compris. N’est-ce pas le dernier degré de la bourgeoisie cosmopolite et mondialisée, qui aujourd’hui promeut inlassablement (à travers notamment les porte-voix médiatiques qu’elle possède) les progrès sociétaux invoquées ci-avant ? Poser la question c’est y répondre.
Michéa ne dit pas l’inverse de ce qu’en disent les libéraux à ce sujet, bien au contraire, il le confirme de manière axiomatique.
Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs, puisque c’est l’évidence même que dès lors que l’on admet que le libéralisme est fondamentalement un progressisme, il ne peut en rien être assimilable au conservatisme, et a fortiori à la réaction.
Au demeurant, vous seriez bien incapable de soutenir la thèse opposée. Mais on peut toujours rêver n’est-ce pas.
Un des chapitres de l’ouvrage majeur du pape du libéralisme de la seconde moitié du XXème Siècle - F. Hayek - s’intitule « Why i’m not a conservative ».
Ainsi, comme admis par les éminents théoriciens libéraux eux-mêmes :
1/ Libéralisme et conservatisme sont ontologiquement en opposition, et il n’y plus que les gauchistes incultes pour l’ignorer.
2/ Le libéralisme est fondamentalement progressiste. Raison pour laquelle Macron
3/ Il ne peut rigoureusement y avoir dissociation entre libéralisme économique et son pendant sociétal et culturel.
4/ Pour toutes ces raisons, l’aboutissement ultime dans le champ politique, économique et social de ce courant de pensée, est le libéralisme-libertaire, parfaitement incarné en France par l’ex banquier de chez Rothschild et candidat du Système E. Macron. Pas étonnant qu’il axe tortue sa campagne sur la notion de progressisme, et qu’il conchie symétriquement les « conservatismes ».
Je vous invite donc à lire urgemment Michéa pour parfaire votre formation intellectuelle manifestement déficiente.
A moins que les soutiens de Mélenchon ne veuillent rester dans le déni, ce qui est toujours utile lorsqu’il s’agit de se trouver toutes les bonnes raisons (mêmes les pires) de voter pour le ploutocrate pour faire soi-disant barrage à la « bête immonde », infiniment moins libérale elle.