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Patrick Adam

Patrick Adam

55 ans - Résident dans l’ex Rio de Oro, aujourd’hui Sahara marocain. Chercheur autodidacte intéressé à l’histoire de l’Ouest saharien et du Maghreb. Spécialiste du raid de Michel Vieuchange, jeune Français mort en 1930 à son retour de Smara, cité interdite du désert, et dont les Carnets de route, préfacés par P. Claudel, ont connu leur heure de gloire avant de sombrer dans l’oubli. Auteur de différents articles sur le sujet et d’un ouvrage paru en février 2006, aux éditions L’Harmattan, intitulé : "De Smara à Smara".
 [décédé début décembre 2006]
 

Tableau de bord

  • Premier article le 07/02/2006
  • Modérateur depuis le 27/02/2006
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Derniers commentaires



  • Patrick Adam Patrick Adam 27 août 2006 23:13

    @ Christophe

    Bien sûr, en Algérie, les Kabyles ont une identité très forte et ne sont pas près à se laisser dissoudre dans une identité arabo-musulmane qu’ils refusent comme de nombreux berbères marocains. C’est aussi valable pour les Chaouïa des Aurès et pour les gens de Tlemcen. Les Touaregs aussi sont des Berbères que Bouteflika a honteusement achetés il y a peu pour faire la nique à leurs cousins Kabyles.

    @ IP:xxx.x1.247.42

    Pour ce qui est des langues, il est évident que le Berbère est une langue (au moins aussi ancienne que l’arabe et peut-être plus). A noter que le breton, le basque, le catalan sont bien évidemment des langues et non des dialectes comme le prétendent les ignares qui hissent chaque jour le drapeau de leur bêtise le plus haut possible pour mieux être la risée de tous.

    Pour ce qui est d’Attaturk, il est évident qu’il n’est pas besoin de revenir sur le fait qu’il a voulu faire entrer son pays dans la modernité, et ce à marche forcée. Le fait est reconnu par tous ceux qui se sont intéressés à ce pays. Son choix de la graphie latine pour transcrire le turc en témoigne. Ne pas oublier que le grand Mustapha Kemal était lui-même plutôt « ouvert » question moeurs (à peu près à la manière de Lyautey). Ceci expliquant peut-être cela...

    Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 27 août 2006 18:36

    @ Ariel sharon

    Au Maroc, il y a 48 % d’analphabètes. Chiffre officiel... La réalité... A voir.... La majeure partie de ces analphabères sont Berbères et ne connaissent rien à la langue arabe en dehors des versets du Coran qu’on leur a fait apprendre par coeur quand ils étaient enfants. Une loi a été édictée récemment pour enseigner le berbère à l’école. Cette loi n’est pas appliquée, certains recteurs la refusent catégoriquement. Je connais bon nombre de professeurs berbères qui s’en plaignent. D’autre part, un institut berbère vient d’être créé par le roi. Il est chargé de promouvoir la culture berbère (et non l’identité). La première décision qu’il a eu à prendre a été d’officialiser la graphie dans laquelle le berbère devait être transcrit. Il avait trois possibilités à sa disposition : transcription en caractères arabes, transcription en caractères latins, ou restitutions des anciens caractères berbères dits tafinag. Après un long débat, c’est la troisièrme solution qui a été retenue. A première vue, elle semble logique, mais à l’analyse, elle s’avère être un frein volontairement tiré pour la difusion de cette langue.

    En effet : réécriture de tous les textes anciens (notamment ceux relevés et préservés de l’oubli au temps de la colonisation). Difficulté de diffusion de programmes informatiques permettant cette transcription. Obstacle mis entre entre différents groupes berbères d’autres pays (Algérie, Tunisie et Lybie). La solution en caractères arabes était rejetée de façon catégorique par les Berbères lettrés trop heureux de se débarrasser d’un joug vieux d’une dizaine de siècles. Celle en caractères latins qui avaient leur préférence ne pouvait être acceptée par les décideurs arabes (donc pas directement concernés par le problème) qui prenaient ça comme une capitulation et un échec trop évident de leur politique d’arabisation à marche forcée.

    Cette situation n’est pas sans rappeller la décision d’Attaturk faisant échapper le turc de la graphie arabe et le projetant dans la modernité grâce aux caractères latins.

    Ca, c’est la réalité. Tout le reste, c’est de la littérature. Mauvaise certes, et de mauvaise foi, comme d’habitude. Je vous donne deux exemples tirés du quotidien :

    I - dans les tribunaux de nombreux plaignants berbères sont confrontés au fait qu’ils ne comprennent rien aux débats menés par le président du tribunal (toujours en arabe).

    II - Dernièrement le roi a décidé de crééer un organisme (Instance Equité et Reconciliation) chargé de faire la « lumière » sur ce qu’il est convenu désormais d’appeler les « années de plomb » pour désigner la manière dont son père a gouverné le pays pendant trente ans. La télévision marocaine a organisé une série d’émissions dans diverses provinces du royaume où les gens qui avaient vu des membres de leur famille « disparaître » sans laisser de traces ont pu s’exprimer et demander que justice soit faite. Or ces interventions (la plupart du temps en berbère - allez savoir pourquoi...) n’étaient jamais sous-titrées. Ainsi la population arabophone zappait régulièrement. Je connais des dizaines de Marocains (Berbères) qui m’en ont fait la remarque, soulignant que c’était la meilleure solution que le régime avait trouvée pour faire en sorte qu’une bonne moitié du pays ne s’intéresse pas de trop près à la question.

    Moi, ne parlant ni l’arabe littéraire, ni l’arabe populaire, ni le berbère chleuh, ni le berbère rifain, ni la langue hassania des Sahraouis, j’ai dû m’en remettre à des amis traducteurs. Soyez cependant assuré que j’ai toujours eu la bonne version.

    Bien à vous. Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 27 août 2006 14:52

    @ frédéric K. H.

    Je vous remercie pour la qualité de votre réponse et je n’ai aucune raison de ne pas vous croire quand vous me dites que vous ne m’aviez pas mis en cause précédemment (avouez quand même qu’il y avait de quoi puisque le vautour dément-ciel s’était immédiatement jeté sur cette supposition pour s’en repaître). Votre réponse correspond en tous points à ce que j’attends des échanges sur Agoravox. Mise en jeu. Confrontation. Analyse. Remise en question. Il va sans dire que ce n’est possible qu’avec ceux et celles qui ont réellement quelque chose à dire sur un sujet donné, et non pas avec des intervenants qui ne sont là que pour marquer un territoire.

    Que nous parlions d’information, d’immigration, de conflits présents ou à venir, ces sujets ne peuvent qu’alimenter des polémiques identitaires qui seront au coeur des problèmes que nous auront à affronter dans les décennies à venir. Je pense que vous vivons aujourd’hui ce que l’empire romain a connu à partir du III ème siècle et qui a occupé une bonne partie des juristes de l’époque, à savoir la définition de ce qu’est un « citoyen ». J’aurais peut-être l’occasion de revenir un jour là-dessus pour expliquer que si je ne me sens aucunement un « démocrate » au sens où on l’entend généralement (je considère que ce mot vide a été vidé de son sens), je suis par contre pleinement (et peut-être plus encore que pleinement) un citoyen.

    C’est pour cela que je pense que le titre Agoravox, « forum citoyen » me paraît judicieux. Tous les intervenants (rédacteurs ou commentateurs) devant se penser en tant que citoyens (réels ou en puissance) avant de prendre la parole. J’ai conscience d’avoir fait l’erreur de répondre à la provocation. c’est ce que j’ai expliqué en parlant de « point Zidane ». Répondre à l’insulte : c’est se faire taxer d’intolérant, d’incontrôlable, d’agité. Mais c’est surout donner le pire exemple à ceux qui veulent nous faire retourner vers le monde vers les valeurs archaïques du clan, du tribalisme, de la communauté d’honneur. Ne pas répondre c’est donner raison à ceux qui trichent, qui insultent, qui font leur coup en douce. J’avoue de pas avoir de réonse, si ce n’est qu’il faut sans doute dénoncer aussi violemment les deux comportements et ne pas les recouvrir pudiquement du voile de la bienséance.

    J’espère avoir le plaisir de vous retrouver sur le fil que je suis en train d’étirer avec Ka. Effectivement le sujet est intéressant. Espérons aussi que les pollueurs habituels ne vont pas se ruer dessus pour le déchiqueter de leurs crocs et de leurs serres, ainsi qu’ils ont pris l’habitude de le faire.

    Personnellement, j’apprécie que vous parlez de « fougue ».... Vous auriez pu aussi parler de « rage ». Je pense quand même, quand c’est nécessaire et utile, pouvoir les contenir.

    Bien à vous. Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 27 août 2006 12:14

    @ Frederic KH

    Ainsi, pour vous, sont considérés : « articles générateurs des dérives, à savoir ceux évoquant le problème du moyen orient, racisme (Incluant l’antisémitisme), religions et clash de civilisations. » Vision intéressante de l’information et du débat. De tels articles mériteraient-ils d’être mis sous tutelle ? Est-ce trop vous demander d’aller au bout de votre raisonnement...

    Que vous ayez une vision idyllique du monde et que vous vouliez oeuvrer au rapprochement des peuples secoués par de nombreux conflits idéologiques ou politiques est tout à fait louable. Mais êtes-vous tellement certain que seule votre méthode soit la bonne, jusqu’à vous permettre de proclamer une « méfiance » ubi et orbi à l’égard de ceux qui suivent une autre voie pour tenter de parvenir à un résultat à peu près similaire au votre.

    Souffrez que je me sois senti visé (présomption de ma part ?) quand vous avez écrit : « certains rédacteurs qui par des articles très colorés et fortement dirigés, implicitement ou explicitement voulus comme tels ou pas, invitent immanquablement à des réactions à chaud qui dépassent, des fois, les limites du civisme et de l’acceptable en générant souvent des prises de positions ridicules et des dérives incontrôlables vers des hors sujets » et permettez que je vous fasse part de mes conclusions qui tiennent en quelques mots :

    Vous avez une vision bien étroite et bien nombriliste du monde si elle vous amène à tenter de gommer tout ce qui peut heurter votre sensibilité. Vivre dans l’utopie n’est possible que pour une part infime de la population mondiale, généralement la plus privilégiée. Les autres se coltinent avec une réalité moins précieuse, et s’ils veulent la voir un jour changer un tant soit peu, ils sont obligés de mettre la main dans le cambouis pour tenter de démonter les rouages grippés et, si nécessaire, changer quelques pièces.

    Bien à vous. Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 27 août 2006 10:25

    Bonjour Ka,

    Je suis heureux, Ka, de voir que ton analyse rejoint la mienne sur bien des points notamment celui de la prédestination. Je passe une partie de ma vie au Maroc à reprendre les gens qui me disent : « c’est la vie » et qui se dédouanent de toute réflexion et de tout sentiment de responsabilité par rapport à ce à quoi ils sont confrontés... Je leur dis : « Non, la vie ce n’est pas ça. La vie c’est ce que tu en fais, toi ». Et tu es d’accord avec moi pour dire que c’est là une des raisons (je n’ai pas dit la seule bien sûr) du sous-développement de ces pays.

    Tu comprends que mon but n’est pas de critiquer l’islam pour ce qu’il peut être dans le coeur d’un croyant qui cherche une vérité intime, mais de faire ressortir les contradictions et les faiblesses d’un message peut-être mal compris, mais surtout mal utilisé. Je pense que tout « système » religieux est exposé à la critique comme n’importe quel système philosophique. Si je me suis longtemps intéressé aux religions dites « du Livre », j’avoue ressentir un parfait blocage en ce qui concerne le bouddhisme ou l’indouisme. Pour moi, il faut vraiment être tombé dedans quand on était petit pour avaler à la fois la cosmogonie mais aussi la philosophie individualiste de tels systèmes de pensée. Vois-tu, ce qui me plaît, dans l’histoire des religions qui ont fleuri autour du bassin de la Méditerranée, c’est d’essayer d’apréhender le continuum qu’on peut déceler entre elles. J’aime comprendre l’interpénétration qui les a façonnées, sachant que cette vision débouche obligatoirement sur des visions du monde différentes les unes des autres.

    Je te donne un exemple : si les trois religions se réclament de la loi mosaïque (Dix commandements) l’interprétation faite par chacun peut varier. Analysons quelle a été l’attitude de Mohamet peu avant la bataille de Badr. Mohamet est à Médine. Il bloque toutes les pistes caravanières. Le sang a déjà coulé au nom de l’islam lors d’une embuscade du côtré de Nakhlah. C’est à Waqid ben Abdallah que revient « l’honneu »r de porter le titre de premier « meurtrier » au nom de l’islam (le Qoreïchite tué se nomme Amr-ben al Hadra’mi). Je sais une telle appellation peut choquer, mais je l’assume et je ne suis pas le seul à parler ainsi.

    Donc, que se passe-t-il lors de cette embuscade qui est à l’origine de la légendaire bataille de Badr ? Nous sommes à la période de ce que les Arabes appelaient « Trève de Dieu » (périodes durant lesquelles l’attaque des caravanes étaient interdite). Les Arabes mettaient un point d’honneur à ne jamais transgresser cette loi à la base du fonctionnement de leur société. A noter que Mahomet en a lui-même profité quand les Qoreïchistes cherchaient à s’emparer de lui à La Mecque, quelques mois avant l’Hégire. Donc, que fait Mohamet pour sauver la communauté musulmane qui commence à être inquiétée par les Juifs de Médine qui réalisent peu à peu que Mahomet est en train de ne leur apporter que des ennuis ? Il transgresse cette loi essentielle pour des nomades et il attaque une caravane. C’est le pire des crimes dans la société arabe. Le soir de cette transgression, Mahomet est dans l’embarras, il parle lui-même d’affaire « grave ». Il met le btuin sous séquestre, interdisant à quiconque de s’en emparer. Pendant plusieurs jours il reste silencieux. Et une fois de plus c’est l’archange Gabriel qui vient le délivrer du doute (ou embarras) qui l’a gagné. Et que dit Gabriel : Coran II « La génisse » - verset 214 «  »Ils t’interrogeront sur le mois sacré ; ils te demanderont si l’on peut faire la guerre dans ce mois. Dis-leur : la guerre dans ce mois est un péché grave ; mais se détourner de la voie de dieu, ne point croire en lui et à l’oratoire sacré, chasser de son enceinte ceux qui l’habitent est un péché encore plus grave. LA TENTATION A L’IDOLATRIE EST PIRE QUE LE MEURTRE« ... » C’est clair : on peut tuer au nom de Dieu. L’intérêt de Dieu passe avant les lois des hommes. Les lois des hommes peuvent être bonnes un jour, et néfastes le lendemain. L’histoire est pleine de tels exemples.

    Tout ça pour te dire une chose très simple : essaie de chercher l’équivalent dans les Evangiles. Tu ne trouveras rien, ou plutôt tu trouveras le contraire - entre autres, l’épisode célèbre de l’oreille recollée par Pierre au crâne du centurion romain et du commentaire qui va avec « ceux qui vivent par l’épée périront par l’épée ». Je sais bien qu’on va me rétorquer que toute l’histoire de la chrétienté est pleine de meurtres et de massacres. Mais c’est bien pour cela que mon analyse tourne essentiellement autour des « textes fondateurs » pour tenter de savoir si cette violence est « justifiée » ou pas dans le message « divin ». La différence saute aux yeux. Il me semble utile de la dessiner, et pas de faire semblant d’agir comme si elle n’existait pas, car tu le sais bien, il y a de part le monde pas mal de musulmans qui, aujourd’hui, se servent de ces textes dits « parole de Dieu » pour commettre les pires crimes.

    Pour ce qui est de ta description des conditions de vie au bled, je suis mille fois d’accord avec toi. La situation sociale est bien comme tu l’as décrite. Mais je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le fait que dans quasiment tous les villages berbères que je connais, on ne trouve jamais de maisons de village vieilles de 400 ou 500 ans comme on en trouve en Europe. Pourquoi ? D’abord parce que les matériaux mis en oeuvre ne sont pas les mêmes, qu’ils ne sont pas façonnés de la ême façon (absence de tailleurs de pierres - on travaille la pierre sèche) mais surtout parce que la notion d’entretien n’est pas la même. Je me souviens avoir été franchement étonné lors d’un premier séjour dans l’extraordainaire vallée des Aït Bougemez, dans le Haut Atlas central. J’ai été pris par un orage de montagne comme il s’en produit fréquemment. J’étais au fond d’un oued et j’ai eu tout juste le temps de remonter sur une de ses berges pour aller me mettre à l’abri dans un village. J’ai attendu sous un porche et le propriétaire de la maison m’a invité à prendre le thé dans un salon de réception dont le plafond était couvert de peintures, tel ceux que Titouan Lamazou a photographiés dans le premier ouvrage consacré à cette culture. Puis quand l’orage s’est calmé, je suis ressorti et là qu’est-ce que j’ai vu : tous les hommes et les enfants du village étaient en train de creuser des rigoles pour envoyer l’eau loin de leurs maisons (souvent chez le voisin qui devait l’envoyer un peu plus loin...). Et je me suis dit, comment se fait-il qu’il n’y ait aucun système d’évacuation dans le village. Il doit pleuvoir souvent. Le village semble ancien. Pourquoi, à chaque pluie les hommes sont-ils obligés de recommencer toujours le même travail...

    Alors bien sûr, comme tu le dis ce n’est « pas la seule raison car ce pays est gangrené aussi par d’autres maux comme la corruption, le manque d’investissement dans le pays-même, la fuite des capitaux vers l’étranger et puis le manque évident d’instruction de certaines couches de la population ». Mais je pense qu’il y a un poids réel des traditions qui tue dans l’oeuf l’idée même du changement et du bien collectif. A noter que les recueils de droit coutumier dans les tribus berbères portent sur la notion de conservation des richesses (protection des denrrées dans des greniers collecif (agadir ou irhem). Le gouvernement marocain est dit « maghzen » (origine de notre vocable magasin). Il ne représente donc pas une administration au sens où nous l’entendons nous-mêmes mais une conservation des richesses produites ou à produire (semences). Rien n’est dit de la répartition de ses richesses pour la collectivité. Si quelqu’un connaît des textes qui stipulent le contraire, je suis preneur.

    Pour ce qui est de la création de l’univers, je reprends ce que je t’ai dit précédemment : « Alors pourquoi l’a-t-il créé et pourquoi a-t-il donné, d’abord aux anges (démons révoltés), puis à l’homme, la possibilité de faire le mal ? C’est quand même une drôle d’occupation... Imagine cinq minutes Dieu, tout seul, là haut, sans aucune notion d’avant ni d’après pour satisfaire son ego. Puis subitement, il décide de créer l’univers et l’homme par la même occasion. Dans quel but ? Je sais pour un croyant quel qu’il soit, il lui est interdit de se poser la question. Moi, je ne peux pas m’en empêcher. Pourquoi ce monde ? Pourquoi tant de gâchis, tant de souffrance ? Simplement pour pouvoir s’endire cinq fois par jour qu’il est le plus grand ? C’est sinistre d’avoir une telle conception du monde. » Je reste sur cette interrogation. Je te communiquerai un jour (il faut que je mette la main dessus) le texte d’un poète kurde qui, au XIème siècle se posait les mêmes questions.

    En qui concerne le statut des anges et des démons, si Dieu est à l’origine de tout, il a créée anges et démons. Il est dit dans la Bible que les démons sont des anges « déchus ». L’islam a repris un mythe des gens du désert qui, face au vide, avaient envie de le peupler de djinns. Mais on retrouve la même problématique : pourquoi Dieu a-t-il créée ces « entités » qui font le mal et qui tentent les hommes à les imiter ?

    Tu dis : « Pourquoi Dieu a créé les hommes ? Il n’y a rien la-dessus si ce n’est ce que j’ai cité plus haut pour l’adorer. Un autre mystère ? » OK. Mais à quel prix ? Au prix du sang, de la mort et de la misère, Brrrr......

    Tu dis : « Le Coran n’est pas constitué uniquement des mythes archaiques. » Vrai mais je n’ai pas le goût des statistiques suffisamment développé pour calculer la part qu’il leur est réservée dans le Coran, alors que ce texte fait l’impasse total sur le message évangélique. Mohamet fait un saut dans le temps en cherchant la filiation d’Abraham. Il renvoie les Arabes (puis les croyants) dans un monde ancien. Loin de toute philosophie rationaliste. Et ceux qui, au XI et au XIVème ème siècle ont refermé définitivement la porte de l’Itjihad l’avaient bien compris. La connaissance pouvant représenter la destruction de l’islam, il leur a paru sage de dire : « Stop ! Circulez, il n’y a plus rien à voir. Tout a été dit ! On ferme la boutique. » Depuis, plus de pensée orginale, plus de confrontation avec les autres systèmes de pensée. Tout le monde est prié de rester bien sagement chez lui. Et basta !

    Pour ce qui est de l’unicité de Dieu et de la place qui lui est accordée dans le Coran, pour moi, ou bien Dieu a conscience qu’il s’adresse à un peuple d’abrutis qui ne comprennent rien à ce qu’on leur dit et qui ont besoin qu’on leur répète sans cesse les mêmes leçons (pourquoi pas ?) ou bien Dieu n’a pas grand chose d’autre d’original à dire que ce qu’on trouvait déjà dans les autres religions dites « du Livre ». Mohamet en fait donc une compilation adaptée aux Arabes en utilisant deux principes de marketing bien rôdés : le premeir la répétition d’un message de base devenant peu à peu subliminal. Le second, la promesse d’une récompense : la description du paradis dans le Coran occupe elle aussi une place qui n’existe ni dans la Bible (les Juifs n’y croyaient guère) ni dans les Evangiles. Mohamed en fait un « argument de vente » décisif (cf. la conversion de la première tribu nomade à l’islam, les Banou Damrah, purs Arabes qu’a connus le colonel Lawrence). A quoi aspire le nomade sinon à la douceur de l’oasis après la rudesse des perres qui roulent sous les pieds, à l’abondance après les privations, aux caresses des femmes après la morsure du vent et du sable. « Ils séjourneront dans le séjour élevé, où l’on entend aucun discours frivole. On y trouvera des fontaines d’eaux courantes, des sièges élevés, de coupes préparées, des coussins disposés par séries, des tapis étendus. Coran Sourate LXXXVIII - »Le voile" versets 10/16). Je passe sur d’autres descriptions plus précises encore. Technique que reprendra le vieux de la Montagne à Alamut quand il s’agira de combattre les califes de Bagdad, avec ses Hachichins. Rien de tel, ni dans la Bible ni dans les Evangiles. L’iconographie sa crée a amplement utilisé le thème du jardin paradisiaque et des flammes de l’enfer, mais cette technique est une INTERPRETATION du message initial destinée à une communauté ne savant ni lire ni écrire, et non pas une représentaion littérale de ce message.

    Pourt ce qui est de la citation que j’ai faite Sourate XXII « Le pélerinage à La Mecque » verset 37 : « Nous avons destiné les chameaux pour servir aux rites des sacrifices ; vous y trouvez aussi d’autres avantages. Prononcez donc le nom de Dieu sur ceux que vous allez immoler. Ils doivent rester sur trois pieds, attachés par le quatrième. Quand la victime tombe, mangez-en, et donnez-en à celui qui se contente de ce qu’on lui donne, ainsi qu’à celui qui en demande. Nous vous les avons assujettis ainsi, afin que vous soyez reconnaissant. » A la relecture, franchement je suis carrément consterné..." Non seulement la manière dont la bête est traitée me gêne pas mal, mais franchement, je me demande ce que de tels préceptes viennent faire dans un livre qui parle de religion. Pour moi, dans ce cas, c’est plutôt un manuel à usage d’apprentis bouchers. J’ai conscience que mon vocabulaire peut choquer mais il est réaliste, pas plus.

    Quant du dis : « [...] l’unicité de Dieu baffouée par les héritiers des précédents Livres. » Là je ne peux pas te suivre. Pourquoi bafouée ? Que connaîs-tu exactement du concept de Trinité ? En quoi est-ce une perversion du mythe original. C’est faire peu de cas de la pensée égyptienne, grecque et romaine. Crois-tu ces gens si bêtes que ça pour avoir inventer un monde où la divinité était multiple pour mieux s’adapter aux désirs de chaque homme et à sa sensibilité ? Avant le monothéisme, le monde n’avait connu aucune guerre de relgion. Dans n’importe quelle ville où se rendait un voyageur pouvait se rendre au « Temple » et y adorer le Dieu qu’il voulait. Le fameux Temple de Salomon à Jérusalem a longtemps été ouvert à tous et chacun pouvait y sacrifier à la divinité de son choix. Ce n’est qu’aux derniers siècles du judaïsme triomphant en palestine que la caste sacerdotale juive en a interdit l’accès aux « gentils ». Pour ce qui est des guerres, elles se faisaient alors exclusivement pour des raisons politiques ou commerciales. Les guerres de religion sont une des conséquences du monothéisme et on peut dire, sans risque de se tromper, que c’est l’islam qui, suivant l’exemple de son fondateur (chef de guerre et combattant comme tout chef arabe), arrive en tête de ce hit parade sanglant.

    Pour ce qui est de la frontière évoquée entre monde arabe et monde berbère, il faudrait en parler une autre fois car, comme tu le dis « c’est épuisant d’écrire ces derniers posts ». Mais comme toi je pense que c’est vraiment intéressant. J’ai tenté cette démarche avec Wrysia et Ibraluz, mais j’ai constaté que ce n’était pas leur façon de raisonner. C’est pour cela que nos échanges en sont restés là. On ne peut envoyer d’un revers de la mains les gens en disant vous n’avez qu’à aller chercher dans le Coran et la summa, et prétendre après qu’on est en train de chercher des références précises. J’ai une logique un peu trop aiguisée pour admettre de telles réponses. Quant au comportement d’Ibraluz qui s’est jeté comme un rapace sur une erreur de nom perdue dans un post de plusieurs pages pour profiter de cet impair et faire l’impasse sur tout le reste, je ne trouve pas son attitude particulièremen glorieuse. Passons...

    Je suis vraiment très heureux de pouvoir parler avec toi comme nous le faisons. Tu me pousses à la réflexion, à la remise en question et à la nécessité d’aller au bout d’un raisonnement. Je t’en remercie. J’espère que tu trouveras un peu de temps pour continuer. Je sais que tu as d’autres choses à faire en ce moment et j’apprécie beaucoup que tu prennes de ton temps pour me répondre. Je te souhaite bonne réussite dans ton travail. Les gens qui vont travailler avec toi ont bien de la chance. Vraiment, je suis touché par ton attitude. Je t’embrasse. Patrick Adam

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