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Patrick Adam

Patrick Adam

55 ans - Résident dans l’ex Rio de Oro, aujourd’hui Sahara marocain. Chercheur autodidacte intéressé à l’histoire de l’Ouest saharien et du Maghreb. Spécialiste du raid de Michel Vieuchange, jeune Français mort en 1930 à son retour de Smara, cité interdite du désert, et dont les Carnets de route, préfacés par P. Claudel, ont connu leur heure de gloire avant de sombrer dans l’oubli. Auteur de différents articles sur le sujet et d’un ouvrage paru en février 2006, aux éditions L’Harmattan, intitulé : "De Smara à Smara".
 [décédé début décembre 2006]
 

Tableau de bord

  • Premier article le 07/02/2006
  • Modérateur depuis le 27/02/2006
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Derniers commentaires



  • Patrick Adam Patrick Adam 26 août 2006 10:05

    @ Ka

    Merci mille fois pour la qualité de ta réponse. Je te remercie aussi d’avoir pris la peine de fournir des références précises. J’ai désespéré de la part de wrysia d’en obtenir. Elle s’obstine dans les généralités (un peu comme Ségolène Royal en politique). Ca finit par lasser.

    Pour ce qui est du problème du « libre arbitre », il me semble que toutes les religions se sont heurtées à ce dilemne. Si Dieu est maître de tout, il l’est également du bien et du mal. Donner à l’homme la liberté de choisir, c’est mettre Dieu dans une situation de doute envers sa créature, et ce n’est pas logique. Quand tu rapportes ce que dit Mohamed : « Il n’y aura pas un parmi vous à qui l’on n’a pas écrit sa place dans le feu ou dans le paradis », un homme parmi les gens dit : « devons-nous nous résigner ? » Il répondit : « Non oeuvrez ! Car à chacun sa destinée. » - Tu vois bien que les termes mêmes de ce que tu rapportes marquent cettte contradiction à laquelle la plupart des religions se sont heurtées : si chacun a sa destinée déposée dans la main de Dieu, cette destinée est obligatoirement antérieure à sa mise en oeuvre... On doit même dire qu’elle existe de toute éternité.... Toutes les religions ont tenté de contourner cette difficulté. Mais on peut dire que c’est en islam que la notion de prédestination est la plus prégnante. L’abandon (ou soumission) totale à Dieu peut induire ce fatalisme.Je ne dis pas que tous les musulmans agissent ainsi, mais la tendance est là et ceux qui pratiquent la religion de façon superficielle ne s’en privent pas.

    Aucune religion n’a été en mesure d’apporter de réponse valable, à ce dilemne. Après les Adamistes, les Ariens, et tant d’autres communautés religieuses, les Cathares en étaient toujours à se poser cette question au XIIIè siècle, c’est tout dire... Des milliers d’ouvrages de théologie ont été écrits sur le sujet, mais c’est comme s’ils s’attaquaient à la quadrature du cercle. Donc le problème est le même pour chrétiens et musulmans. Par contre la réponse n’est pas la même. L’idée de prédestination (mektoub) est profondément ancrée dans la conscience musulmane. Loin de moi l’envie d’affirmer qu’elle est totalement absence de l’esprit chrétien, mais elle est nettement amoindrie. La notion de temps et de futur s’en trouve modifiée. Dans les sociétés musulmanes, on peut dire que le futur appartient à Dieu. Et j’ai tendance à voir là une des causes de leur sous-développement. Dans les sociétés chrétiennes le futur est à l’homme qui doit s’y investir pour se fondre dans la divinité. Vois comment les maisons sont entretenues (ou plutôt ne le sont pas) dans les villages berbères. Entretenir un bien, c’est penser à l’avenir. Quand une maison commence a trop souffrir des intempéries ou de l’incurie de ses propriétaires, que fait-on : on l’abandonne et on s’en va en construire une autre un peu plus loin. C’est ainsi que de nombreux villages ressemblent à des ruines. Qu’elle notion de futrur peuvent avoir les enfants qui vivent là dedans ?

    II - Quand tu dis : « L’Islam, le Judaisme et le Christianisme ont en commun beaucoup de choses et en particulier l’idée que l’origine de l’humanité remonte à Adam et Eve. Et la petite histoire d’Adam qui fut rejeté du paradis et condamné à vivre sur Terre car il a choisi de désobéir à Dieu en cédant à la tentation, tentation qui existe gràce à son libre arbitre qui lui a donné le choix de désobéir bien qu’il ait été influencé par satan, existe chez les chrétiens et les musulmans. Donc l’idée de libre arbitre existe aussi bien dans l’Islam que dans le Christianisme. »

    Nous sommes là aussi devant une difficulté philosophique pour tous les hommes. Et nombre de croyant ont abandonné la religion dans laquelle ils avaient été élevés à cause de cette incohérence. Il est dit dans le Coran que Dieu n’a pas créé l’univers « pour s’amuser ». Sage réflexion. Alors pourquoi l’a-t-il créé et pourquoi a-t-il donné, d’abord aux anges (démons révoltés), puis à l’homme, la possibilité de faire le mal ? C’est quand même une drôle d’occupation... Imagine cinq minutes Dieu, tout seul, là haut, sans aucune notion d’avant ni d’après pour satisfaire son ego. Puis subitement, il décide de créer l’univers et l’homme par la même occasion. Dans quel but ? Je sais pour un croyant quel qu’il soit, il lui est interdit de se poser la question. Moi, je ne peux pas m’en empêcher. Pourquoi ce monde ? Pourquoi tant de gâchis, tant de souffrance ? Simplement pour pouvoir s’endire cinq fois par jour qu’il est le plus grand ? C’est sinistre d’avoir une telle conception du monde.

    III - Quand tu dis : « Tu sais mon doute sur le »moi« dans l’extrait de l’Evangile n’est toujours pas dissipé parce que j’ai du mal à suivre le discours chrétien sur la question de Dieu. Y a-t-il un Dieu et Jésus serait le fils de Dieu ou alors c’est Jésus qui est Dieu, ou bien il y a deux Dieux Jésus et son créateur, je suis larguée ? » Je te redis alors ce que j’ai dis à Wrysia et qui est resté sans écho : quelle importance cela fait-t-il qu’il y ait un, deux, trois, vingt-cinq ou quatre-vingt dix-neuf dieu dans ta vie de tous les jours ? Est ce que tu en mentiras moins, que tu respecteras différemment tes parents ? est-ce que tu auras subitement envie de tuer, de voler, de mentir si le nombre de Dieux venait à changer ?...

    Le problème n’est pas de savoir s’il y a un ou deux Dieux, mais de tenter d’appréhender le message chrétien réfuté par le Coran qui consiste à dire : Dieu s’est fait homme pour racheter le mal, la souffrance, la misère. Et cet acte de souffrrance absolu doit agir comme un aimant pour amener les hommes à se fondre dans la divinité. Tu vois bien alors qu’on est très loin du message coranique. Il faudrait ici te donner l’exemple de la pyramide créée par Theillard de Chardin pour expliquer ce que peut être le concept de Dieu pour un chrétien (c’est loin d’être le cas pour tous). Dieu étant la résultante de la conscience des hommes à le vouloir (donc d’une certaine façon à le créer...). Discussion sans fin mais concept intelligent. Nous sommes loin de la soumission à un Dieu omnipotent.

    Le message de Mohamet destiné à des Arabes idolâtres fait l’impasse sur l’évolution de l’humanité au plan philosophique conduite par les Grecs et les Romains. Le Coran renvoie l’humanité dans la nuit des temps, à l’époque d’Abraham (vaste sujet sur lequel je suis en train d’écrire quelque chose). Le message de Mohamet s’ancre dans la destinée d’Ismaël. Or qui est réellement Ismaël sinon l’un des premiers « paria » (bouc émissaire) de l’histoire des religions. ( Il faudrait développer ici le mythe d’Osiris mais ça nous entraînerait bien loin...). C’est ce qui m’a fait te dire il y a quelques jours que pour moi l’islam n’est pas un message original mais une compilation de mythes archaïques revus et mal corrigés au prisme d’un homme politique arabe, Mohamed, (commerçant, conquérant, homme de tribus) qui a cherché avant tout autre message à faire sortir le monde arabe de l’idolâtrie pour le plonger dans une soumission totale au destin d’Abraham à qui Dieu avait demandé le sacrifice de son fils sans garantie de voir son bras arrêté par l’ange.

    L’affirmation de l’unicité de Dieu occupe une place excessive dans le Coran. L’affirmer une ou deux fois aurait suffi. Supprime tous les versets qui développent ce thème et tu verras alors à quoi exactement se résume le Coran. Tu comprendras alors que beaucoup d’hommes restent sceptiques devant un tel message. Il faut avoir été élevé là-dedans depuis l’enfance pour y adhérer pleinement, et ce ne sont pas les conversions actuelle à un islam des « pauvres » qui m’encourageront à penser autrement. Car je vais peut-être te surprendre, mais je pense que ces conversions sont en partie due à la fameuse « compassion » chrétiennne dont nous avons parlé. Là aussi, j’ai envie d’écrire quelque chose sur ce sujet.

    Dernier point : en prenant des notes sur le Coran pour te répondre, je suis, une fois de plus tombé sur un verset qui me laisse perplexe quant à la portée du message divin que Mahomet a reçu en héritage : Sourate XXII « Le pélerinage à La Mecque » verset 37 : « Nous avons destiné les chameaux pour servir aux rites des sacrifices ; vous y trouvez aussi d’autres avantages. Prononcez donc le nom de Dieu sur ceux que vous allez immoler. Ils doivent rester sur trois pieds, attachés par le quatrième. Quand la victime tombe, mangez-en, et donnez-en à celui qui se contente de ce qu’on lui donne, ainsi qu’à celui qui en demande. Nous vous les avons assujettis ainsi, afin que vous soyez reconnaissant. » A la relecture, franchement je suis carrément consterné...

    Bien à toi et poursuivons ensemble dans la voie de la recherche. Je ne cherche pas bien évidemment à te détourner de ta foi. Ce qui me plais avec toi (entre autres choses) c’est de pouvoir confronter mes idées rationnalistes avec ta perception intime de ta religion et à la réelle ouverture d’esprit dont tu témoignes et qui est la preuve que l’islam peut donner aux hommes cette tolérance et cette largesse d’esprit. Sentiment que j’ai souvent eu au contact de quelques amis maghrébins avec lesquelles j’ai le plaisir de m’entretenir plus ou moins régulièrment. Mais ne te sens-tu pas un peu seule dans ta communauté à raisonner ainsi ? Regarde la réaction de Wrysia qui pourtant faisant preuve de modération : dès qu’elle s’est sentie visée par Marsu (qui pourtant avait fait l’effort de sortir du bois pour s’entretenir avec nous) elle a montré les dents. Et Ibraluz qui fait pareil parce que j’ai une fois de plus confondu cheikh Sidîa et Saâd Bouh et qui affiche d’un coup tout son dédain par rapport à ce que je lui dis. Du coup, je n’ai plus envie de discuter avec eux. Trop de morgue, trop de suffisance. Tout de suite, ils montent sur leurs grand chevaux et ils traitent les autres de haut. Je me demande si là n’est pas aussi une frontière entre le monde arabe et le monde berbère. Les Berbères étant effectivement élevés dans l’humilité recommandée par l’islam. Les Arabes dans l’orgueil de leur « race ».

    Bien à toi. Je t’embrasse. Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 25 août 2006 23:51

    @ Bulgroz

    Salut l’ami. Bien sûr les réactions sont toujours les mêmes. J’aime bien les voir se démener ainsi, c’est la preuve que ça leur fait mal.

    Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 25 août 2006 23:08

    @ Ariel sharon

    Tout à fait d’accord avec vous, les Berbère marocains ont un comportement qui n’est pas sans rappeler celui des Juifs. Vivant repliés sur eux-mêmes à cause de la pression du colonisateur arabe, ils ont développé une économie de résistance et ils se sont rendus indispensables en produisant des richesses que les Arabes passaient le plus clair de leur temps à leur piller...

    Ibn Khaldûn ne dit pas autre chose.

    Bien sûr, la situation d’aujourd’hui n’est pas celle qui prévalait au moment de la conquête arabe, ni même au moment des invasions successives que le pays a dû subir de la part de pillards yéminites chassés par les califes d’Egypte. Mais le mode de vie des Berbères ressemble bien souvent à celui des Juifs, sauf que convertis à l’islam, il leur était possible de se défouler sur les Juifs des misères que leur faisaient les Arabes, quand ils en sentaient le besoin. Il existe des traces de cérémonies rituelles dans l’Atlas qui en témoignent. Les Arabes urbanisés de Fès n’ayant jamais vécu de la sorte.

    A noter que ce sont les Fassis (gens de Fès) qui monopolisent toujours le pouvoir politique, que leurs enfants étudient dans les grandes écoles pour truster les meilleurs places tant au gouvernement que dans tous les lieux de pouvoir (banques, assurances, etc.)

    Bien à vous. Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 25 août 2006 22:53

    @ IP:xxx.x89.170.6

    Oui IP anonyme citoyen. Tu as raison. Mais des fois je ne peux pas m’en empêcher. Et tu vois les pourceaux rappliquent dare-dare comme d’habitude. Mais je m’en fous. j’écris pour moi et pour ceux qui ont l’esprit ouvert. Les autres, au fil des fils j’ai appris à les ignorer. Et même leurs bottages en touche à répétition ne me sont plus sourire. Trop apparent. Trop éculé.

    Merci pour ce commmentaire judicieux.

    Patrick Adam



  • Patrick Adam Patrick Adam 25 août 2006 22:34

    @ hakim

    Je n’ai pas fait allusion aux populations du Rif. Je connais un peu cette région mais bien moins que l’Atlas ou le Sous. Beaucoup de Rifains sont partis travailler en Algérie durant la colonisation, mais les populations du sud marocain n’ont pas connu cet exode.

    Pour ce qui est du rapport arabe/berbère, il faut le situer dans la spécificité marocaine qui fait que plus de la moitié de la population est Berbère ce qui n’est pas le cas en Algéérie (moins de 20 %) et encore moins en Tunisie (moins de 5%).

    La revendication culturelle berbère existe bel et bien dans de nombreuses régions du Maroc, alors qu’elle est circonscrite à quelques régions spécifiques en Algérie (essentiellement la Kabylie - la région de Tlemcen ayant reçu suffisamment davantages du pouvoir et n’espérant qu’une chose, voir sa frontière naturelle rouverte avec le Maroc). Quant aux Berbères touaregs du Hoggar ou du Tassili, ils sont régulièrement achetés par le gouvernement algérien.

    Au Maroc la situation est bien différente. Il existe de vrais poches de ségrégation. En dehors de Casa, Rabat,et Kenitra (villes qui doivent leur essor à la colonisation), les populations restent marquées par leur appartenance à un système tribal. Ex. en pleine vallée de la Moulouya région de l’oriental proche de l’Algérie, peuplée essentiellement de Berbères, il existe une ville arabe, Outat-Oulad-El-Haj perdue comme un îlot gaulois. Ces enclaves sont dues la pluparrt du temps à la politique de déplacement des tribus menées par les différentes dynasties de sultans qui se sont succédées dans le pays. Marrakech est considérée comme capitale berbère. Fès comme capitale culturelle et religieuse arabe. Rabat comme capitale politique. Casa comme capitale économique.

    Pour ce qui est des berbères soussi, leur réputation est celle de travailleurs acharnés près de leur argent comme vous le dites. A noter qu’un Rifain (pourtant Berbère) aura beaucoup de mal à s’y installer.

    L’obstination à vouloir présenter le fait berbère comme une volonté du colonisateur à diviser pour mieux régner ne permet pas d’aborder cette réalité dans toute sa complexité. Si effectivement la France a eu parfois envie de jouer les uns contre les autres (notamment en 1930 lors du fameux Dahir Berbère qui ne dura que quelques mois), cette histoire est ressortie à toutes les sauces par les tenants de l’arabité généralisée, pour masquer des revendications pouvant ouvrir une boite de Pandore qui risquerait de revéler bien des surprises.

    Par contre ce que j’ai dit concernant la répartition du travail entre Arabes et Berbères est reconnu par tous depuis longtemps. L’Arabe a le pouvoir politique (pouvoir des mots ou des armes). Le Berbère a le pouvoir économique, production et distribution (pouvoir de l’argent). Quant au Sahraoui (qui se veut arabe mais qui bien souvent à masqué ses origines berbères), sa culture lui interdit de travailler de ses mains (pouvoir des mythes et de la poésie).

    Avec ça, on peut comprendre combien il est difficile de faire avancer ce pays.

    Patrick Adam

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