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Rounga

Rounga

Le "r" se roule.

Tableau de bord

  • Premier article le 19/07/2013
  • Modérateur depuis le 12/02/2014
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Derniers commentaires



  • Rounga Rounga 23 septembre 2014 13:30

    que la transcendance ait toujours existé cela n’est pas un argument qui plaide pour les religions dites révélées.


    Au contraire, selon les trois religions abrahamiques, Dieu accompagne l’humanité depuis la nuit des temps. C’est juste que celle-ci, avec le temps, l’oublie, même si chaque homme garde confusément en son cœur la nostalgie de l’Eden. Ils se comportent de plus en plus mal et leurs cultes se pervertissent peu à peu. C’est ce qui a provoqué le Déluge, dont le seul survivant, Noé, avait gardé le souvenir de Dieu et se comportait en juste. La descendance de Noé n’oublie pas non plus Dieu, puisqu’elle décide de le rejoindre via la tour de Babel. 
    La Bible dresse donc des hommes après la Chute le portrait d’êtres humains ayant une notion, souvent vague, de la transcendance et ne sachant plus trop comment s’y relier. Mais celle-ci est toujours présente.


  • Rounga Rounga 23 septembre 2014 13:15

    Vous soulevez là un vrai problème, mais il me semble tout de même que vous idéalisez quelque peu le bouddhisme qui, dans ses formes populaires, se révèle tout aussi intéressé à l’entrée dans un paradis (terre pure ou nirvana). Cependant, si l’on s’en tient uniquement à la doctrine, sans tenir compte de la manière dont elle est perçue par les dévots communs, il est vrai que le nirvana n’est pas présenté comme un état de félicité éternelle, mais plutôt comme une extinction, opposée au samsara, le monde de l’existence marqué par la souffrance. Il s’agit à première vue d’un paradis en négatif, puisqu’on ne désire pas l’atteindre pour goûter au Bonheur suprême, mais pour arrêter de souffrir. C’est ne plus viser la carotte pour fuir le bâton. C’est une forme d’intéressement, mais contre laquelle la plupart des maîtres se prononcent : il ne faut rien attendre, il ne faut pas espérer de libération, car c’est encore une forme d’attachement. C’est lorsque le pratiquant arrête de chercher, qu’il lâche complètement prise, qu’il trouve enfin l’Illumination. C’est ce qu’on appelle en psychologie un double-bind, une exigence impossible à remplir, du type « sois spontané » ou « ne pense pas à un éléphant ». 

    Le christianisme de son côté a, c’est vrai, moins de scrupule à promettre une rétribution. Jésus lui-même l’atteste, et l’espérance est une des trois vertus théologales. Cependant, la vraie éthique du chrétien est l’amour de Dieu et non l’amour de soi. Un chrétien conséquent désire donc ardemment le paradis, non parce qu’il pense que c’est un coin sympa pour passer l’éternité, mais parce qu’il aime Dieu plus que tout. Vous allez me dire que désirer être auprès de celui qu’on aime est encore une démarche intéressée, mais il y a encore un niveau supérieur. Dans la théologie catholique, le plus cher désir de Dieu est de voir toutes les âmes regagner le Royaume de Dieu. Celui qui parvient à l’amour parfait de Dieu ne désire plus que la volonté de Dieu s’accomplisse, sans regard sur sa propre personne. C’est ce qui fait dire à Maître Eckhart que s’il se retrouve en enfer par la volonté de Dieu, c’est bien, car Dieu l’a voulu ainsi. Selon ce point de vue, on peut presque dire que tout est sauvé, à condition qu’on s’en rende compte. Il n’y a alors plus de dualité entre enfer et paradis, pas plus qu’entre nirvana et samsara.
    Or, c’est justement cette non-dualité qui est la clé du double-bind que j’ai mis en évidence plus haut, et qui ne fonctionne que s’il y a dualité entre ses deux termes constitutifs (i.e. tu dois faire ton salut, mais pour y arriver tu ne dois pas le vouloir). C’est à cette dimension non-duale que le pratiquant accède lorsqu’il s’éveille. Il n’est cependant pas l’agent de la mise en route de cette expérience, c’est un état qui s’impose de lui-même. Ici aussi opère quelque chose qui n’est pas sans rappeler la grâce.

    Pour finir je ferai une remarque sur Abraham. A mon avis, l’histoire que nous raconte la Bible est celle d’un homme qui avait un tel amour pour Dieu qu’il s’était détaché de tout, y compris de son fils, au point d’être capable de le sacrifier. Dieu, dans un premier temps, teste la perfection du détachement d’Abraham, en regardant s’il est capable d’aller jusqu’au bout, puis dans un second temps le canalise en lui faisant comprendre qu’il n’a pas besoin d’aller jusque là, que l’amour de Dieu n’implique pas l’indifférence pour la vie humaine, mais qu’au contraire elle y est étroitement liée. C’est l’histoire de la prise de conscience, en deux temps, que le commandement d’aimer Dieu est semblable à celui d’aimer les hommes. De ce point de vue l’histoire n’est pas monstrueuse. Elle ne l’est que si l’on considère les deux temps de l’histoire séparément, comme si Dieu pouvait véritablement exiger le sacrifice d’un être humain ou encourager quelqu’un à tomber dans le fanatisme. Au contraire il l’en sauve.


  • Rounga Rounga 23 septembre 2014 08:57

    Il semble en effet que le bouddhisme, tolérant, très peu politique, paisible, soit bien adapté au monde contemporain où les cultures se mélangent et où les diverses confessions cohabitent au sein d’une même société. Il permet également de retrouver, par la méditation, une sérénité qui contraste agréablement avec l’agitation de la vie professionnelle moderne. Ce sont ces éléments qui lui valent son succès aujourd’hui. En revanche, je crains que les occidentaux attirés, avec raison, par ces aspects du bouddhisme, ne se rendent pas compte de ce que cette pratique exige. Ils voient volontiers en Bouddha un puissant coach de développement personnel, mais ne semblent pour la plupart pas conscients que, s’ils veulent aller au bout du chemin pour devenir eux aussi des « Eveillés » (Bouddhas), ils seront obligés de passer par le détachement par rapport à tout ce qui constitue leur vie terrestre et matérielle. Détachement par rapport à ses propres possessions, mais aussi détachement par rapport à soi-même, à toutes les composantes de leur personnalité qu’ils imaginent constitutives de leur être (goûts, opinions, désirs). Il me semble que ce programme n’est pas très éloigné de celui de Jésus, qui recommandait d’haïr son âme, et d’abandonner tous ses biens. Bouddha, certes, ne parle que de détachement, mais le fait d’abandonner atteste que le détachement est complet. Cette façon de ne plus vivre sa vie pour soi revient selon moi au programme préconisé dans L’imitation de Jésus-Christ couramment attribuée à Thomas A Kempis, qui consiste à tout donner au Christ en ne désirant plus rien pour soi-même. Quand on en est à ce stade, la souffrance est surmontée car on ne souffre plus soi-même, mais dans le Christ, qui a une capacité infinie de souffrir pour nous. C’est en ce sens que le martyr du Christ est valorisé selon moi, et il ne faut pas voir là une fascination pour la douleur en elle-même. La douleur est une occasion de rencontrer le Christ, qui est capable de nous aider à la supporter. C’est bien là la raison qui fait du christianisme une religion universelle : la souffrance est le lot de toute existence humaine, ce sur quoi le Bouddha tomberait d’accord.



  • Rounga Rounga 23 septembre 2014 08:26

    Le but est absolument opposé. La sanctification vise au salut de l’âme éternelle, le bouddhisme vise à brise le cycle des réincarnation pour atteindre enfin l’annihilation.


    C’est effectivement comme cela que le bouddhisme est généralement présenté. Cependant, si la pratique bouddhiste conduit à des expériences similaires à celles rencontrées dans le christianisme, alors il faut aller plus loin que ça.
    Pour ma part, je considère les histoires de réincarnation comme du folklore, autant que les représentations du paradis avec les nuages et les petits anges. C’est charmant, mais réducteur. Toutes les branches du bouddhisme ne mettent pas le même accent sur la réincarnation. Les maîtres zen en parlent très peu, comme s’ils n’y croyaient pas. Pour eux, c’est dans le moment présent qu’il faut pratiquer, plutôt que de compter sur les mérites accumulés pendant d’innombrables kalpa.


  • Rounga Rounga 23 septembre 2014 08:21

    Gollum,


    Se pose surtout le problème du sacrifice du Christ historique, son sens, et la notion de rachat de l’Humanité entière, dans le christianisme classique.L’Asie ignore totalement ces notions.

    Oui. Une différence majeure que je trouve entre le christianisme et la plupart des spiritualités asiatiques est la dimension sacramentelle. Pour les bouddhistes il n’y a pas besoin de sacrement pour parvenir au salut, tandis que pour les chrétiens c’est d’une importance capitale.

    D’un autre côté l’Asie connaît le sacrifice de l’ego, sa mort totale qui est quelque part l’équivalent intérieur du sacrifice sur la croix..D’ailleurs Jésus n’aurait pu consentir à ce sacrifice physique s’il n’avait d’abord, au moins partiellement, effectué ce sacrifice de l’ego.

    C’est effectivement essentiel. Pour laisser vivre le Christ en soi, il faut lui faire de la place, et donc se dépouiller de soi-même. On ne vit plus pour soi, on se détache de tout ce qui nous semble important dans notre vie terrestre, exactement comme les bouddhistes s’efforcent de parvenir au détachement. Quand on parvient à cet état, le fait de vivre heureux ou malheureux n’a plus d’importance, et même une mort ignominieuse et douloureuse comme celle de Jésus n’est pas une chose trop grave.

    Je vois que vous avez cité dans votre bibliographie cet excellent ouvrage d’un moine d’Occident sur une tentative de rapprochement entre christianisme et doctrine de l’Advaïta Védanta..Ouvrage remarquable et qui fait mieux que je ne saurai le faire le point sur la question.. Je ne saurai trop le recommander à ceux que cela intéresse.

    Oui, ouvrage de très haute volée, en effet. Mais difficilement trouvable, je le crains.
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