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3868 visites 4 avr. 2011 | 26 réactions | Sauvage + Partager
Excellent article, dépouillé de toute subjectivité et parti-pris grotesque, qui sont malheureusement la marque de fabrique des médias français actuels.
Une bouffée d’air dans la propagande asphyxiante umpiste. Bravo !
L’auteur reste concis, les remarques incisives sont à propos et sans bave déplacée.
L’auteur démonte brillamment la rhétorique sophiste du gouvernement français et ses acolytes pour rappeler les définitions de l’humanisme, du courage citoyen, de la démocratie, de la justice et du réel enjeu de toute dictature moderne africaine - l’éternel affrontement plèbe-Kapital.
Cet article rappelle à ceux qui le liront que la déontologie est un concept qui s’applique également au journalisme, initialement censé être un contre pouvoir dans une démocratie.
A l’inverse, les médias sont devenus aujourd’hui le second bureau de communication de l’Elysée.
Pour information, et je ne me lasserai pas de le répeter, les médias français sont classés 44ème au classement Reporters sans frontière pour la liberté d’expression.
La Françafrique de Foccart et De Gaulle a des héritiers avec une différence : la France-à-fric de Sarkozy est bling bling et décomplexée. Réalité savamment saupoudrée de discours hypocrites diplomatiques.
Mais ces quelques discours ’langue de bois’ du Quai d’Orsay ou de partisans médiatiques suffiront-ils à berner les africains sur la réalité du pillage françafricain ?
Et sinon, pour que tout le monde puisse se faire son avis sur des bases d’informations différentes, voici la contribution de la Françafrique, pardon, de la France au conflit Ivoirien.
"
L’association Survie rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l’apaisement entre les deux camps et non l’affirmation de la victoire de l’un sur l’autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.
Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d’Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l’un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d’imposer l’autre,Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.
Pour cerner l’immense responsabilité de la diplomatie française dans l’impasse que vit actuellement la Côte d’Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.
À l’automne 2002, l’Élysée refuse l’application des accords de défense à une Côte d’Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.
En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l’entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. À Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l’exécutif français.
En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d’une offensive aérienne de l’armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l’armée française après qu’elle a détruit l’aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d’Abidjan.L’armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.
Les accords de Pretoria d’avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d’opposition une large majorité [1]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis [2], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d’un accord électoral destiné à assurer la victoire de l’un des deux sur Laurent Gbagbo. L’Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d’Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme [3] laissait déjà augurer un passage en force :
« Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l’incapacité d’atteindre des consensus politiques en temps utile. »
Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n’est pas un préalable aux élections [4]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Blaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou : Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l’élaboration des listes électorales [5].
Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l’expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l’ampleur d’irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l’ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu’à l’aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l’invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.
Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays [6] était absurde. On s’étonne qu’aucune autorité internationale ne l’ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, le scrutin n’a pas offert les garanties brandies par l’ONU.
Croire que l’élection présidentielle sortirait la Côte d’Ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l’économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l’adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d’ajustement structurel, l’ami très apprécié de l’Élysée. Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent - et sans doute volontairement - ambigu.
Il est urgent que les initiatives d’apaisement soient privilégiées [7]. Si la « communauté internationale » a une once de bon sens, c’est dans cette voie qu’elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l’illusion qu’on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d’Ivoire dans la violence.
Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l’opération Licorne au profit d’un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui serait lourd de menaces pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.
[1] Par le jeu des alliances politiques, le président et trois des vice-présidents de la CEI sont favorables à Alassane Ouattara. Le quatrième vice-président est favorable à Laurent Gbagbo.
[2] Au milieu des années 90, la Cellule Universitaire de Recherche et de Diffusion des Idées du Président Henri Konan Bédié promeut l’ivoirité. Cette notion aux forts relents xénophobes fut instrumentalisée pour écarter Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne.
[3] Programmes d’Appui au Processus Électoral CIV-46362 (2006-2007, 58 millions de dollars) et CIV10-57717 (2008-2011, 75 millions de dollars) du Programme des Nations Unies pour le Développement.
[4] « Le but des pays raisonnables est qu’il y ait des élections libres et honnêtes en octobre [2007], ce qui donnera un président légitime qui sera soit élu, soit réélu, et c’est à ce président de mettre un terme à cette crise. »
[5] Le montant du contrat dépasse finalement les 200 millions d’euros. Filiale du groupe Safran, Sagem Sécurité est devenue Morpho.
[6] Les accords de Ouagadougou exigeaient le désarmement des rebelles et le rétablissement de l’État de droit sur tout le territoire. Sur la reconversion de la rébellion dans l’économie de guerre, consulter les rapports du groupe d’experts ad’hoc de l’ONU.
[7] Par exemple celle de la Convention de la Société Civile Ivoirienne. En outre, on attend la publication du rapport de la mission de Thabo Mbeki. Ce dernier avait contribué à faire retomber la pression après les événements de novembre 2004.
@ sysiphe : il n’y aucune fin de la discussion.
Tout ce que vous savez répondre à des fais CONCRETS, sont des insultes et des phrases ridicules de moralisateur coincé dans ces arguments qui sont HORS SUJET.
La dénigration d’un adversaire ne fait pas partie d’une argumentation solide dans un débat. Vous vous décridibilisez tout seul avec le vent que vous brassez.
Il ne suffit pas de s’offusquer pour avoir raison. Ni d’insulter les autres d’assassins.
L’absence de réponse que vous faites au soutien honteux de la France aux dictatures Africaines depuis la décolonisation et à toutes les exactions de l’Armée française dans plus d’une dizaines de conflits en Afrique montre bien que vous leurs marcher dessus, les Droits de l’Homme.
Au Moyen Âge, l’expansion et guerres des grands empires étaient justifiés par la religion et la mission colonisatrice.
Au 21ème siècle, c’est la Démocratie et les droits de l’homme.
Et c’est grâce à des sophistes pédants comme vous que les conflits militaires continuent.
Vous ne trompez personne sur votre impérialisme néocolonial dégoulinant qui se fiche des droits de l’homme. Et qui prône la Justice à 2 vitesses.
Laissez donc ces Droits de l’Homme tranquilles, vous les déshonorez tous les jours avec la clique capitalisto-fascistes que vous défendez.
Et si vous prétendez défendre les droits de l’homme, répondez donc d’abord à tous les crimes impunis des dictatures africaines, amis de la France, ainsi que de l’Armée Française et différents gouvernements français lors des guerres d’Algérie, la guerre sanglante du Cameroun, le Rwanda, Congo etc etc etc jusqu’à la Côte d’Ivoire aujourd’hui.
Ayez au moins cette décence morale et ce courage qui s’appelle c....lles.
A défaut, cesser de tourner inutilement votre langue de bois pour brasser l’air du nihilisme argumentaire.
Enfin, cessez de vous cacher derrière le peuple ivoirien dont vous prétendez défendre les intérêts mais dont vous ne connaissez ni le pays, ni la misère, ni les combats, ni les aspirations.
Fin de la discussion.
@ sisyphe :
Toujours les mêmes arguments risibles…
Ca doit être fatiguant, à force, de tout répéter comme un perroquet…
Qui sait, peut être qu’un jour vous finirez par persuader votre armoire et bureau de locaux à Neuilly sur Seine...
Traduction : cessez de vous cacher derrière vos droits de l’homme car vous êtes les premiers à les piétiner tous les jours dans le monde entier.
Avant de venir fatiguer les gens avec vos refrains favoris d’humanistes caviar, faites-vous donc d’abord votre propre morale : ni la France, ni l’ONU, ni les USA, ni la communauté internationale ne sont habilités à juger qui que ce soit pour exactions ou crimes humanitaires car ces Nations et institutions sont les premières complices de crimes humanitaires depuis la création de l’ONU.
Allez donc relire l’histoire de l’ONU et ses vastes échecs dans la promotion des droits de l’homme ! Pourquoi ne nous expliquez vous pas comment les divers fonctionnaires de l’ONU et ONG pointent l’instrumentalisation de l’ONU par des pays-membres à des fins géostratégiques ? Les exemples les plus flagrants des échecs et partis de l’ONU sont les conflits algériens, viétnamiens, irakiens, rwandais, congolais et plus récemment ivoiriens. Ne vous en faites pas, des exemples d’inutilités de l’ONU, il y en a à la pelle ! Il n’y aurait tout simplement pas la place de les citer, tellement ils sont nombreux depuis 1945.
La France, les USA et la communauté internationale sont discrédités d’office dans leurs soit-disant position de défense de la démocratie et des droits de l’homme en Côte d’Ivoire car ils ont encore très récemment soutenus les dictatures de Biya (Cameroun), Idriss Déby (Tchad), Bongo (père et fils au Gabon). Les amis de la France fâchés avec la démocratie et les droits de l’homme sont presqu’aussi nombreux qu’il n’y a de pays en Afrique : Kadhafi (Libye), Bokassa (Centrafrique), Mobutu (Congo), Boigny (Côte d’Ivoire), Gnassingbé (Togo)...
Certains baignent dans des affaires de bien mals acquis ou diverses exactions sur leurs populations civiles et opposants, d’autres sont morts sans jamais avoir été inquiétés pour leurs divers crimes contre l’humanité, contre l’économie et développement de leurs pays.
La France et les USA ce seraient-ils subitement réveillés alors qu’elles ont toujours des troupes en Afghanistan et Irak, les USA étant par ailleurs reponsables d’une guerre mensongère en Irak ?
Cessez donc de nous prendre pour un troupeau de crétins ! Et dites-nous quels intérêts servez-vous aussi inutilement ?
Tous ces faits décrédibilisent d’office la position de la France et de la communauté internationale pour la démocratie et droits de l’homme en Côte d’Ivoire.
En passant, je rappelle que les bavures des armées françaises et américaines dans les conflits yougoslaves, afghans, irakiens, rwandais, congolais, ivoiriens, centrafricains sont purement et simplement des crimes contre l’humanité qui doivent être jugés mais ont toujours été occultés sous le secret défense.
Pourtant, le secret-défense et la raison d’état ne sont pas supérieures à l’Etat de droit français. Alors ? En chamalowww, vos droits de l’homme ?
Ou alors reconnaissez que votre Justice internationale fonctionne à 2 vitesses, et cessez donc de servir vos formules à l’emporte-pièce qui ne confirment que votre mauvaise foi flagrante combinée à votre mauvaise connaissance de l’Afrique.
Pour terminer, la Côte d’Ivoire est en guerre contre la rébellion depuis 2002 : la France soutient la rébellion et fomente des coups d’états qui sont pourtant illégaux sur son propre territoire, et ferme les yeux sur toutes les exactions des rebelles dans le Nord.
Des enquêtes ont été menées au sujet des escadrons de la mort : celle-ci n’ont pas aboutis. Etrangement, aucune enquête n’a été menées sur les exactions des rebelles dans le Nord, leurs trafics de diamants, coton et autres.
A ceux qui prétendent qu’il y a eu des crimes contre l’humanité, je réponds clairement qu’il s’agit bel et bien de crimes de guerre. Car la côte d’Ivoire est bien en état de guerre.
Dans cette logique, si Simone ou Laurent Gbagbo devaient être jugés, que l’on juge également la Rébellion et tous ses responsables, la France pour sa complicité et les responsables de l’armées françaises qui ont ordonnés de tirer sur les ivoiriens désarmés le 9 Novembre 2004, ainsi que toute la joyeuse clique de dictateurs africains pour crime contre l’humanité contre leurs population, biens mal acquis.
Avec dans leurs sillage les responsables Français et Américains pour les conflits et complicités au Rwanda, Irak et autres qui ont fait des millions de morts INNOCENTES.
@ sisyphe : Votre mauvaise foi n’a d’égal que votre strabisme intellectuel...
Dites-moi, vous, quel est votre intérêt à refouler à la réalité ? Votre confort petit-bourgeois ? Vos convictions nationalistes indéboulonables ?
Je fais parler les faits : vous trouverez ci-dessous les références à des ouvrages d’économistes et prix Nobel qui dénoncent et dissèquent les pillages organisées des puissances mondiales de l’Afrique.
Mes articles sont documentés et argumentés, contraitement à vos arguments qui se limitent au mythe d’organisations internationales depuis longtemps en crises, ne représentant plus les droits de l’hommes ! N’importe quelle personne, s’intéressant un minimum à la géopolitique le sait...
Enfin, ci-dessous un article pertinent et réaliste de l’association Survie sur la crise Ivoirienne.
Je vous laisse à votre langue de bois à l’argumentaire fallacieusement factice qui a de beaux jours devant elle.
Cordialement.
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Côte d’Ivoire : la France pyromane ne doit pas jouer au pompier
Communiqué, le 23 décembre 2010
L’association Survie rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l’apaisement entre les deux camps et non l’affirmation de la victoire de l’un sur l’autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.
Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d’Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l’un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d’imposer l’autre, Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.
Pour cerner l’immense responsabilité de la diplomatie française dans l’impasse que vit actuellement la Côte d’Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.
À l’automne 2002, l’Élysée refuse l’application des accords de défense à une Côte d’Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.
En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l’entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. À Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l’exécutif français.
En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d’une offensive aérienne de l’armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l’armée française après qu’elle a détruit l’aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d’Abidjan. L’armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.
Les accords de Pretoria d’avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d’opposition une large majorité[1]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis[2], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d’un accord électoral destiné à assurer la victoire de l’un des deux sur Laurent Gbagbo. L’Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d’Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme[3] laissait déjà augurer un passage en force :
« Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l’incapacité d’atteindre des consensus politiques en temps utile. »
Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n’est pas un préalable aux élections[4]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Blaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou : Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l’élaboration des listes électorales[5].
Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l’expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l’ampleur d’irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l’ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu’à l’aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l’invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.
Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays[6] était absurde. On s’étonne qu’aucune autorité internationale ne l’ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, le scrutin n’a pas offert les garanties brandies par l’ONU.
Croire que l’élection présidentielle sortirait la Côte d’Ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l’économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l’adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d’ajustement structurel, l’ami très apprécié de l’Élysée. Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent - et sans doute volontairement - ambigu.
Il est urgent que les initiatives d’apaisement soient privilégiées[7]. Si la « communauté internationale » a une once de bon sens, c’est dans cette voie qu’elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l’illusion qu’on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d’Ivoire dans la violence.
Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l’opération Licorne au profit d’un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui serait lourd de menaces pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.
[1] Par le jeu des alliances politiques, le président et trois des vice-présidents de la CEI sont favorables à Alassane Ouattara. Le quatrième vice-président est favorable à Laurent Gbagbo.
[2] Au milieu des années 90, la Cellule Universitaire de Recherche et de Diffusion des Idées du Président Henri Konan Bédié promeut l’ivoirité. Cette notion aux forts relents xénophobes fut instrumentalisée pour écarter Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne.
[3] Programmes d’Appui au Processus Électoral CIV-46362 (2006-2007, 58 millions de dollars) et CIV10-57717 (2008-2011, 75 millions de dollars) du Programme des Nations Unies pour le Développement.
[4] « Le but des pays raisonnables est qu’il y ait des élections libres et honnêtes en octobre [2007], ce qui donnera un président légitime qui sera soit élu, soit réélu, et c’est à ce président de mettre un terme à cette crise. »
[5] Le montant du contrat dépasse finalement les 200 millions d’euros. Filiale du groupe Safran, Sagem Sécurité est devenue Morpho.
[6] Les accords de Ouagadougou exigeaient le désarmement des rebelles et le rétablissement de l’État de droit sur tout le territoire. Sur la reconversion de la rébellion dans l’économie de guerre, consulter les rapports du groupe d’experts ad’hoc de l’ONU.
[7] Par exemple celle de la Convention de la Société Civile Ivoirienne. En outre, on attend la publication du rapport de la mission de Thabo Mbeki. Ce dernier avait contribué à faire retomber la pression après les événements de novembre 2004.
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