Apôtre du dé à 10 faces, grand amateur de bonne chère et de musiques underground, souvent incompris de mes pairs, je cultive le décalage et la geekness comme d’autres leur potager.
AqME et Watcha, pour ne citer qu’eux, ont chacun mis leur dernier album en intégralité sur leur myspace avant la sortie des skeuds. La différence, c’est que Carla laisse, semble-t-il (je ne suis pas inscrit à la zone VIP du site, on va y revenir), ce dispositif en place même après la sortie du disque.
Où, alors, est son intérêt (et surtout celui de sa maison de disque) ?
- Tout d’abord, il faut bien considérer que l’écoute en flux continu (streaming) nécessite une connexion internet. Entre les pare-feux au boulot, les activités sportives de plein air pendant lesquelles aiment bien écouter de la musique, etc., pas mal de galettes vont s’écouler.
- En outre, le streaming est probablement en 192 kb/s, ce qui est un encodage certes admissible, mais pas formidable. On est loin du 320 kb/s ou de la compression sans pertes. Le mélomane aura donc à coeur d’acquérir le disque.
- Par ailleurs, l’écoute de l’"oeuvre" n’est possible qu’après inscription sur la section VIP du site de la donzelle. Inscription qui demande les coordonnées personnelles de l’utilisateur, grande marotte des sociétés commerciales. Une inscription, en somme, permet à Naïve de contacter l’utilisateur pour lui fourguer ses artistes.
Enfin, pour enfoncer un peu le clou, l’album est en intégralité sur Deezer. Comme des milliers d’autres, pour lesquels tu n’as pas rédigé d’article criant à l’approche commerciale révolutionnaire (alors qu’il s’agit du même principe, à ceci près que l’album est hébergé par un tiers et pas par le site de l’artiste).
J’imagine donc que le coeur de l’affaire était dans "Pour la première fois un artiste, de son plein gré, a proposé son album en écoute libre sur Internet."
Avec, quand même, l’accord de sa maison de disque.
Donc je ne vois pas où est la révolution.
D’autre part, tu affirmes "J’ai la conviction que la mise à disposition gratuite de son CD sur Internet ne correspond pas à une logique commerciale mais plutôt à une volonté d’améliorer sa « marque »". Ne rêve pas, le CD n’est pas autoproduit, et Naïve n’est pas une entreprise philanthropique. Si l’album est mis en écoute libre, c’est qu’ils sont sûrs de se renflouer derrière.
"Mais pour la communication, [l’anglais] est la pire des langues. La raison majeure est [...] l’évolution permanente d’une langue d’usage trop courant."
Alors là il va falloir m’expliquer comment il veut employer une langue de communication qui ne soit pas "d’usage courant".
Une telle contradiction invalide pour moi le raisonnement associé.
"Quand une personne est capable d’apprendre cette langue à 77 ans — à l’âge où les conditions d’acquisition sont les plus mauvaises — de faire la traduction d’un livre et de le publier et aussi de faire une conférence trois ans après, à 80 ans, ça donne déjà une sérieuse indication, autrement plus fiable que les JBReries de toute évidence dictées par un besoin de vengeance."
En effet, l’e-o répond à une logique quasiment mathématique, il est donc aisé d’en apprendre la grammaire et de bricoler du vocabulaire aisément compréhensible (au prix de barbarismes, mais passons). Ce que JBR met en exergue, c’est que la logique en question n’est pas optimale pour une communication idéale.