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Annie

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  • Premier article le 07/02/2009
  • Modérateur depuis le 19/11/2011
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Derniers commentaires



  • Annie 25 avril 2008 18:01

    @GAzi

    Peut-on inverser la situation à propos de votre grand-mère et dire qu’elle, qui ne s’était jamais posée comme observatrice, a à la fin de sa vie, compris soit la nécessité de témoigner soit d’accepter le poids du passé et par conséquent d’en parler. Qui a été le plus résilient ? Peut-être votre grand-mère qui repoussé le flux des souvenirs jusqu’au moment où il lui a été possible d’en parler, ou qui a décidé d’en parler quand elle était capable de le faire ou quand elle a pensé qu’on pouvait comprendre ce qu’elle avait vécu. J’extrapole, ce que je ne voulais pas faire, mais je comprends que cela soulève des interrogations auxquelles il est impossible de répondre.



  • Annie 25 avril 2008 15:00

    Peut-être la résilience a ses limites. Je ne tenterai pas d’expliquer la réaction de votre grand-mère, mais j’ai toujours été frappée par les suicides de Primo Levi, Bruno Bettheleim, qui même avec leur intelligence, et surtout l’âge et la sagesse qui va avec n’ont jamais être capables de rationnaliser ou d’intérioriser leurs expériences des camps de concentration. C’est un terrain sur lequel je ne m’avancerai pas, parce que je crois que certaines expériences sont impossibles à partager et à comprendre. Il semblerait aussi que certaines des victimes sont incapables d’y survivre, même longtemps après.

    Mais je crois qu’il faut différencier deux choses : la première qui est de rendre acceptable à nos yeux nos actes et nos choix, et l’autre qui est de rendre acceptable une situation qui nous a été imposée. Dans les deux cas, la motivation n’est pas la même ; dans le premier cas, il est indispensable de réinventer la réalité pour continuer à vivre dans sa peau et s’exonérer de ses actes ; dans le deuxième, la réalité ne peut pas être changée, et donc la difficulté consiste à lui donner un sens, parfois en vain.



  • Annie 25 avril 2008 12:46

    Gazy, si je ne vous suis pas, c’est que je vois les choses d’une manière plus linéaire. Pour Schindler (et je ne connais que la version romancée de Spielberg), je vois une évolution et une prise de conscience qui laisse à penser qu’il y a peut-être pour chacun une chance de rédemption (pas religieuse). J’ai du mal à me débarrasser de mon optimisme et de ma foi (encore une fois pas religieuse) dans l’homme. Sur le plan collectif, par contre, je suis plus pessimiste.

    Pour en revenir à Speer, ce qui m’a intéressé dans le livre, est le fait qu’il semblait souffrir d’une véritable amnésie sélective, à propos par exemple de la réunion à laquelle il aurait paraît-il assister mais dont il n’avait aucun souvenir concernant la solution finale.

    Quand vous parlez de compromis et de compromission, c’est un peu cela. L’esprit s’accommode en réécrivant les faits ou en les oblitérant, pas forcément consciemment. Si la responsabilité de Speer n’est pas en doute, sa fragilité et ses contorsions mentales pour échapper à la vérité sont douloureuses. Il est intéressant de savoir que Gitta Sereny, après avoir côtoyé si longtemps Speer, qui était pour elle une énigme, en était arrivée à une certaine compréhension bien qu’elle se défendait contre des sentiments plus compassionnels. Il faut aussi dire qu’elle travaillait comme interprète en Allemagne et avait été une des premières à pénétrer avec les Américains dans les camps de concentration.



  • Annie 24 avril 2008 20:03

    Gazi, il me semble que je fais une différence entre les gens qui vivaient à proximité des camps de concentration et les français qui prenaient un bain de soleil en plein occupation. Bien que la différence soit tenue ; ce que je voulais dire est que la capacité d’adaption des gens est incroyablement élastique, qu’ils peuvent subir les pires catastrophes et encore trouver l’énergie de fonctionner normalement. Il arrive même un moment où l’extraordinaire devient la norme.

    Je suis sûre que la plupart d’entre vous connaissent cette expérience montrée dans le film I comme Icare où des étudiants doivent envoyer une secousse électrique à un cobaye (en l’occurence Roger Planchon), pour voir s’il est possible avec un système de récompenses et de punitions d’affiner sa mémoire (je crois que quelqu’un y a fait allusion sur ce fil). Je me suis toujours demandée comment je réagirai. J’ose espérer que j’aurai pris la bonne décision, mais je ne sais vraiment pas. Tout ce que je veux dire, c’est que ces photos de l’occupation reflète une autre facette de la nature humaine, une que nous pouvons tous reconnaître en nous-mêmes, ou choisir d’occulter. Je ne pense pas que ce soit celle de la malignité, mais plutôt celle des compromis que nous inflige la réalité quotidienne. Parmi tous ces gens qui se faisaient dorer au soleil, n’y avait-il pas des pères de famille qui devaient subvenir aux besoins de leur famille, des adolescents qui vivaient la seule jeunesse qui leur serait offerte ? Je n’arrive pas à juger, parce que toutes ces existences s’inscrivent dans des stades différents de développement et rien ne me dit que certains n’ont pas choisi un jour de résister. Cette exposition est simplement un instantané de la condition humaine.

    Beaucoup de gens citent normalement Hannah Arendt. Je voudrai vous proposer un livre qui m’a beaucoup frappé, je ne sais pas s’il est traduit en français, c’est une biographie d’Albert Speer par Gitta Sereny sur la dissociation qui est nécessaire pour accommoder le fait que l’on fait le mal tout en pensant faire le bien. 

     



  • Annie 23 avril 2008 22:14

    J’ai aimé votre article, parce qu’il soulève à mon avis des questions importantes. Il m’ a fait penser entre autres au Rêveur Casqué du Chagrin et la Pitié, à Hommage à la Catalogne de George Orwell, à tous ces témoignages illustrant le fait que chaque parcours est unique, et jusqu’à un certain point justifié parce presque déterminé, si ce n’est justifiable. A mon avis, la réticence de l’adjoint à la culture est compréhensible , même si je ne l’approuve pas. C’est celle de voir une vision réductrice s’imposer pour expliquer l’occupation. C’est faire le choix entre un peuple de résistants et un peuple de collaborateurs, alors que la réalité est beaucoup plus nuancée. C’est pour cela que j’aimé le film la liste de schindler, parce que je crois en la capacité des êtres humains, mis au pied du mur, à choisir ce qui est juste. Mais je désespère de voir ces mêmes êtres humains être manipulés par ceux qui ont un intérêt ou les moyens(financiers ou médiatiques) de le faire. J’aimerai vraiment voir cette exposition et je désire ardemment qu’elle ne soit pas interdite parce que je ne crois pas comme E-Fred qu’elle illustre l’indifférence des Français, mais au contraire la résilience de l’être humain et son instinct de survie, en dépit des circonstances

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