L’identification d’Herakles de Tyrinthe avec Melkart de Tyr m’embête car si on commence à envisager que les Grecs aient grécisé des mythes/évenements qui étaient plus globalement proche-orientaux à l’origine, on n’est pas sorti de l’auberge. Il y a cependant des choses troublantes.
Par exemple, la mythologie grecque attribue la fin du monde mycènien à l’invasion des Doriens, des Héraklides de Thessalie. Or, parmi les "Peuples de la Mer" qui ont ravagé les côtes proche-orientales à la charnière du 12ème et du 11ème siècle, il en est un qui revient constamment dans les textes d’époque : les Shekelesh qui habitaient Dor d’après les textes égyptiens. Le problème est que Dor n’est pas du tout en Thessalie mais sur la côte cananéenne entre Jaffa et Akko. C’était donc probablement une cité vassale des Philistins, je vais essayer de voir ce qu’en dis le Livre des Juges.
Autre élément assez incroyable : pas la moindre traces des Hittites dans la mythologie grecque. La quasi-absence des grandes puissances maritimes levantines est également dure à avaler. Le cas de la Crète est particlièrement représentatif, hormis la taxe qu’elle impose à Athènes, elle n’a rien de la grande puissance commerciale que l’archéologie laisse deviner. L’époux d’Europe descend même de rois grecs continentaux alors que cela devrait plutôt être l’inverse.
Je suis assez embêté, d’un côté imaginer que les Grecs aient systèmatiquement grécisés des évènements dont il n’auraient été que des acteurs minoritaires, cela fait un peu "théorie du complot". D’un autre côté, dès que j’essaie de trouver une réalité à ces mythes, je suis bien obliger d’admettre que le cadre grec est trop petit et qu’il faut raisonner à l’échelle de tout le Proche-Orient.
C’est à se demander si dans l’Iliade les seuls Grecs ne sont pas : " (...)ceux qui habitaient l’Argos Pélasgique (...) ils s’appelaient Myrmidons, Hellènes et Achéens. A tous ceux-là à la tête de cinquante vaisseaux Achille commandait." Fin du chant II.
A l’époque classique, Achille avait des sanctuaires un peu partout en Grèce. Ce qui n’est pas du tout le cas d’Agamemnon pourtant censé être le roi des Grecs...
Les Ligures qui sont fils de Poseïdon d’après le Pseudo-Apollodore. C’est vraiment dommage qu’on ait pas de dates dans la mythologie grecque comme pour la Bible .
Que les exploits d’Hérakles soit revendiqués à la fois par les Grecs et par les Phéniciens par le biais de Melkart s’explique peut-être par le fait qu’il est né à Thèbes, colonie de Tyr fondée en Grèce par Cadmos. Si on voit dans Melkart l’Esprit qui animait la ville de Tyr, Hérakles en aurait été une sous-partie.
Ceci est d’autant plus intéressant que la langue celte ressemble beaucoup au grec mais semble également comporter quelques traces de sémite comme "dan" (le magistrat) ou "caer/capher" (le village). Peut-être que les noms de lieu finissant en "dunum" désignait à l’origine la résidence du Dan.
Les cultures étaient beaucoup plus mélangées que ce que laissent penser les cartes des livres d’histoire avec leur grands à-plat de couleur, il faut vraiment s’extraire des schémas nationalo-raciaux du 19ème siècle. Plusieurs noms de l’Iliade semblent également d’origine sémite à commencer par "les Danaens" ou "Elephénor", "Salamine", "Télamon" = Tell Ammon ?
Je vous renvoie aux articles d’Emile Mourey sur le Pentateuque et les Evangiles. Il y propose une alternative à la lecture littérale et au rejet pur et simple de ces textes. Les évènements fabuleux seraient des évènements réels racontés sous forme allégorique. L’une des principales allégories est celle du berger (Abel, Abraham, Hérakles) qui désignerait en fait des chefs de guerre. Ses troupeaux sont ses armées.
Les peuples de l’Antiquité se sont tous influencés tant dans le domaine technique que spirituel, là dessus pas de doutes. Cependant le fait qu’un mythe, Jésus en est un incontestablement, ait emprunté ses figures poètiques à d’autres mythes ne veut pas dire qu’il a été inventé de toutes pièces et qu’il n’y a aucun évènement réel derrière. Il est très important de dissocier le fond de la forme. Cette dernière nous révèle le contexte dans lequel le mythe a été rédigé, mais on ne peut préjuger de l’authenticité de celui-ci uniquement en se basant sur elle. Il faut confronter le fond avec des sources littéraires et archéologiques jugés suffisamment fiables et surtout trouver la bonne échelle dans l’espace et le temps. Pour la Bible, c’est relativement simple, trop selon certains, chez les Grecs la datation est déjà plus ardue.