Ce qui est dommage dans cette affaire, c’est qu’on passe complètement à côté de la question du pourquoi de la localisation de tel ou tel site. Ces agglomérations (Mont-Beuvray, Vertault, Mâlain, Corent, la partie d’Alésia située au sommet du Mont-Auxois et tant d’autres) occupées au mieux quelques siècles et abandonnées au plus tard à la fin de l’Empire Romain devraient nous interroger sur leur fonction réelle. Avec Javols, on a la chance d’avoir un exemple qui a duré un peu plus longtemps que les autres et qui nous livre la réponse : il s’agit de capitales politiques de cité ou de pagus.
Est-ce un hasard si Javols se trouve à deux pas de la forteresse de Peyre, la plus puissante forteresse médiévale du Gévaudan ? Est-ce un hasard si Corent se trouve à côté de la citadelle du Crest /Gergovie ou Mâlain à côté de Lantenay, citadelle des Ducs de Bourgogne ? Il faut voir ces agglomérations comme des extensions de ces sites militaires. Les villes commerçantes ne sont pour la plupart devenues des capitales politiques qu’à la fin de l’Empire quand elles ont pris les noms des peuples qui les occupaient et que les agglomérations mentionnées au-dessus ont été abandonnées.
Le Mont-Beuvray en lui-même est un site très intéressant, sans doute le chef-lieu d’un pagus compris entre l’Arroux et la Loire peut-être occupé à l’origine par les Ambivarètes. Ne pas y localiser Bibracte n’enlève rien à son intérêt propre.
Ce que je veux dire, c’est que des latinistes sans connaissances militaires n’apporteront rien au débat. Ils vous réciteront le Gaffiot et ça ne nous avancera pas plus. Madame Porte est une latiniste reconnue et pourtant vous n’êtes pas vraiment d’accord concernant Alésia. Cela parce que le cadre du débat dépasse très largement celui de la grammaire latine. Une traduction peut être juste grammaticalement mais aberrante du point de vue militaire.
D’ailleurs, il ne me semble pas que vos connaissances en Latin soit remises en cause par quiconque. Il suffit de se pencher sérieusement sur la question pour constater que vos traductions sont parfaitement correctes. Les archéologues ne veulent simplement pas de débat sur l’identification des capitales gauloises. Ils se disent sans doute que des subventions attribuées aux fouilles du Crest seraient autant en moins pour Corent ou Merdogne.
On n’entend plus trop parler d’Alise-Sainte-Reine au Moyen-âge mais elle n’en demeurait pas moins une possession directe de l’évêque d’Autun, le second plus important personnage de Bourgogne après le Duc. Le site en lui-même est vraiment intéressant car il se trouve au carrefour de beaucoup de voies locales. De là on peut rapidement rayonner alentour pour porter secours à un site menacé et vice-versa on peut facilement s’y replier.
Le fait que l’Histoire ait le plus souvent été écrite dans les villes rend les choses compliquées à appréhender pour le profane. Par exemple, en Ile-de-France, j’ai l’impression que la forteresse de Saint-Witz / Montmélian était l’équivalent de Le Crest / Gergovie chez les Parisi. Mais l’histoire de Paris écrase tellement tout le reste qu’il n’est vraiment pas aisé de se faire une opinion.
Traduire medio-colle par « mi-pente » est tout ce qu’il y a de logique. Cependant, on sort du champ exclusif de la grammaire latine. Ce qu’il vous faut, ce sont des traducteurs avec des connaissances militaires. Idem pour Oppidum.
Concernant les fossés, je les considère comme des indices mais non-décisifs. La topographie et l’histoire des lieux sont beaucoup plus importants.
Le problème est que le Gaffiot laisse quand même le champ assez libre point de vue interprétation. Je ne suis pas sûr qu’un collège de traducteurs puisse y changer quelquechose. Pour le domaine qui nous préoccupe les mots-clés sont Mons, Collis, Oppidum et Urbs.
Mons peut être une montagne comme une simple éminence. Collis une colline comme un coteau (synonyme de votre versant), Oppidum une ville fortifiée ou un chef-lieu et Urbs une ville fortifiée ou non. A partir de cela, comment savoir objectivement quelle traduction est la bonne ? César n’est plus là pour nous dire qui a raison.
Votre distinction entre Oppidum et Urbs est logique et juste à mon sens mais elle peut convenir à tout site fortifié doté d’une double enceinte et donc pas uniquement au Crest. Les villes sont souvent dotées d’une vaste enceinte et d’une citadelle aux dimensions plus resserrées.
Concernant le camp et les fossés de la Roche-Blanche, les seuls éléments qu’on y a trouvés sont deux malheureux traits de scorpion. On en a retrouvé beaucoup plus au Puy d’Issolud et vous ne l’identifiez pas avec Uxellodunum pour autant ! Il a également été retrouvé un trait sur le plateau de Merdogne, on ne peut pas en conclure grand-chose. Des traces de fossés, on en trouve partout dès qu’on fait des fouilles. La moindre ferme de l’époque était entourée de fossés. Si on trouve des vestiges vraiments convaincants dans ces fossés, Gergovie est bien au Crest mais sinon le doute subsiste.
La comparaison avec Paris me semble assez éloquente : Quand César réunit l’assemblée des Gaules chez les Parisi, c’est à Lutèce. Quand Labienus s’y rend mater la rébellion, la bataille a lieu autour de Lutèce. Julien est fait empereur également dans la ville. Plus tard, l’ultime nœud de résistance face aux Vikings, c’est encore Paris et on peut aller ainsi jusqu’en 1871. Je ne vois pas en Ile-de-France de citadelle qui aurait eu plus d’importance que la capitale économique. Lorsque la royauté est chassée de la ville durant la Guerre de Cents Ans, elle va se réfugier dans celle de Jacques Cœur afin d’y trouver les ressources nécessaires à la contre-attaque.
Quand César fonce vers l’Alsace pour contrer Arioviste, son objectif est une ville : Besançon dont l’identification ne fait pas de doute. Placer Bibracte à Autun et Gergovie à Clermont va bien dans le sens de la permanence d’occupation des points forts du terrain mais en accordant une importance plus grande aux villes. Vous-même donnez dans vos articles plus récents une importance plus grande à Chalon vis à vis de Mont-Saint-Vincent que dans vos livres. Les plus grands sièges de l’histoire (Troie, Syracuse, Jérusalem...) ont eu lieu autour des villes.