Avec comme bémol, le fait qu’il me semble impossible de dire si la tour de Taisey a été bâtie par un Litavic, un Postumus, un Gontran ou un Guillaume de Barres. Tous vivaient sous ce ciel astrologique « antique ». Idem pour les fresques de Gourdon.
Un de nos problèmes est que les Evangiles sont très évasifs sur la manière dont le Fils de l’Homme est censé se manifester. Peut-être qu’après la crucifixion de Jésus, on a continué à guetter un signe céleste dans la constellation de la Vierge annonçant une nouvelle conception. Cela pourrait expliquer pourquoi les personnages de la Nativité à Gourdon ont des formes de constellations.
Au contraire, les découvertes de Copernic et Galilée ont flanqué par terre toutes les conceptions astrologiques dont le Christianisme était l’héritier (cf l’épître aux Hébreux). A partir du moment où c’est la terre qui tourne autour du Soleil au lieu de l’inverse, cela signifie que l’Étoile Polaire n’est plus la clef de voûte du ciel et que toute la cosmogonie céleste qui avait été élaborée autour s’est effondrée avec. Pas étonnant que de telles découvertes aient fait scandale. Dieu était littéralement chassé du ciel.
Pour moi, c’est depuis cette époque qu’on a perdu de vue la dimension astrologique des prophéties bibliques. Le souvenir de la constellation du « Fils de l’Homme » (sans doute notre actuel Serpentaire) sur laquelle Pierre, Paul et leurs successeurs ont fondé leurs espoirs, s’est effacé peu à peu. Le livre d’images du ciel a été oublié ; seul est resté le Livre de papier dont l’importance a été multiplié par l’imprimerie.
Les remparts de Lakish étaient constitués de gros blocs de pierres taillées sans mortier comme ceux de Troie, Mycènes, Hattousha et les plus vieux murs de Mont-Saint-Vincent. Même le Parthénon d’Athènes a été bâti avec cette technique poussée à l’extrême. A Babylone, la technique employée était celle des briques cuites. La technique d’assemblage au mortier de chaux ne semble apparaître qu’au IIIème siècle avant J-C.
A mon sens, on ne peut pas qualifier de « Saint des Saints » le coeur des « églises romanes ». Cette architecture se distingue justement de celles qui l’ont précédée par le fait que le sanctuaire est visible de tous. L’intégralité du culte est public. Dans votre commentaire précédent, vous écrivez que la colonie avait le regard tourné vers Jérusalem. J’en ai logiquement conclu qu’elle était juive.
Le fait que la tour de Taisey ait la forme de la Petite Ourse ne nous aide pas beaucoup : tous les peuples de l’hémisphère nord avaient les yeux rivés vers l’Etoile Polaire. Et je pense que cette astrologie antique a largement perduré après l’évangélisation et que c’est cela qui vous induit en erreur et vous fait considérer des éléments à connotation astrologique comme forcément pré-chrétiens.
Si les auteurs des Evangiles croyaient en un Jésus du Ciel, il faut en tirer les conclusion qui s’imposent : le Christianisme même paulinien n’a absolument pas rompu avec cette astrologie antique et sa conception de l’univers centré sur la Petite Ours. Celle-ci a perduré jusqu’au Moyen-âge. Ce sont plutôt les découvertes de la Renaissance qui ont chamboulé cette vision au sein même du Christianisme. Découvertes effectuées d’ailleurs par des personnes souvent très tournées vers la religion (Copernic, Pascal)
Cela paraît cohérent qu’une station de voyageurs puisse offrir le gîte et le couvert. D’où la représentation du repas d’Emmaüs sur la fresque voisine et celle de la nativité de Bethléem sur une autre.
A l’époque de la fresque de Gourdon, l’église/temple de Mont-Saint-Vincent existait déjà puisqu’elle est elle-même antérieure à celle de Gourdon. Et dans ce type d’édifice, il n’y a justement plus de « Saint des Saints » contrairement aux temples plus anciens, le cœur est visible par tous.
Une colonie modeste ne pourrait pas s’implanter sur un des principaux sites militaires de la région. Elle serait cantonnée dans les faubourgs par les autochtones et tailler en pièces à la moindre velléité. Des comptoirs phéniciens implantés à l’intérieur des terres en Gaule au Xème siècle avant Jésus-Christ, d’accord. Qu’il y aient des commerçants juifs dans ces comptoirs, peut-être. Mais là vous allez beaucoup plus loin. Les Juifs n’arrivaient déjà pas à contrôler leur propre territoire cananéen, je les vois mal diriger une cité gauloise à l’autre bout de la Méditerranée.
Concernant l’absence de vestiges à Chalon, il faut être prudent. Le sous-sol de nos villes est mal connu. A Paris non plus, il n’y a soit-disant pas de vestiges gaulois et c’est comme cela qu’on se retrouve avec Lutèce à Nanterre...
C’est bien Jérusalem qui est représentée mais c’est quand même une drôle de coïncidence que le Mont-Sain-Vincent se trouve juste de l’autre côté du mur où elle est peinte. Pour moi, le message du peintre est clair : la Jérusalem locale, siège du pouvoir religieux, c’est Mont-Saint-Vincent. Un argument en plus en faveur de son identification à Bibracte. Sinon pourquoi cette fresque se trouve-t-elle à Gourdon ?
Les « Saints des Saints », qu’ils soient juifs ou païens, étaient des endroits auxquels seuls les prêtres avaient accès. Ils étaient fermés sur l’extérieur et dépourvus de fenêtres. Cette pièce donne au contraire l’impression d’être ouverte sur l’extérieur et facilement identifiable par les pèlerins. Peut-être un réfectoire.
Il y a un lieu-dit « La Maison Rouge » à Gourdon précisément sur la route qui mène à Mont-Saint-Vincent.