La Grèce était divisée en quatre « ethnies » : Ioniens, Doriens, Achéens et Eoliens. A mon sens, la division des Gaulois (= Galli en latin = Galates en grec) entre Aquitains, Celtes et Belges est du même acabit.
Parmi les Gaulois, les Celtes sont entrés les premiers dans l’Histoire parce qu’ils étaient sans doute majoritaires dans l’ensemble. Pour pousser encore plus loin le parallèle avec la Grèce, les plus vieux textes parlent d’Achéens et non d’Hellènes. Les Aquitains étaient probablement plutôt bascophones et les Belges germanophones mais ils appartenaient avec les Celtes à la pyramide politique gauloise. Il y avait peut-être aussi des Gaulois ligures et ibères.
Je ne pense pas qu’on puisse réduire l’origine des Gaulois à une cité particulière. Nous ne sommes pas dans le cas d’un empire du genre de Rome ou de Babylone mais dans le cadre d’une associations de cités se reconnaissant entre elles comme appartenant à un même ensemble. Les grandes routes du cuivre et de l’étain ont effectivement dû jouer un grand rôle dans la constitution de cet ensemble et il fort possible que l’Alésia fondée par Héraklès soit Chalon-sur-Saône. Au détail près, qu’il s’agit plutôt d’une refondation. A l’époque d’Héraklès, ces grandes routes étaient déjà en place depuis des siècles.
Il est sans doute plus facile d’obtenir des moyens pour fouiller un site avec une histoire connue et commercialisable (musée, tourisme, médias...) qu’un site anonyme. C’est pour cela que les archéologues du Mont-Beuvray sont accrochés au nom de Bibracte. Vous remarquerez que l’identification du plateau de Merdogne à Gergovie étant beaucoup plus contestée, notamment au niveau local, les fouilles y ont été moins régulières. Des sites comme Vertault, Joeuvres ou Viermeux sont sans d’autres très intéressants mais ils n’ont pas d’histoire connue.
Au fond, la date de construction exacte des remparts représentés par Guillaume Revel importe peu. Il est surtout important de constater par comparaison que Le Crest était un des sites les mieux fortifiés d’Auvergne à niveau égal de Mauzun ou Usson. Cela nous révèle l’importance du lieu.
Peut-être qu’à l’époque gauloise, l’enceinte extérieure franchie relativement facilement par les légionnaires était semblable à celle du Mont-Beuvray et que seule la citadelle au sommet de la butte était maçonnée. Nous n’avons pas de certitude sur ce sujet.
Il s’agit moins de mensonges que d’aveuglement quasi idéologique. Les hypothèses comme celles d’Emile Mourey sont déclarées invalides avant même d’avoir été testées parce qu’elles ne rentrent dans pas le cadre pré-établi. Si au moins ce cadre reposait sur des bases solides, ce serait compréhensible. Mais pour ce qui concerne les capitales gauloises, dès qu’on gratte un peu, on réalise que presque tout repose sur du vent. Au nom de quoi, la thèse étayée d’Emile situant Gergovie au Crest ne mérite pas d’être étudiée sérieusement ? Mystère.
En réalité, les vieilles colonies phéniciennes sont symbolisées par les Gorgones, filles du monstre marin Céto qui désigne lui-même le port chypriote de Cition. Ce sont logiquement elles qui ont fondé les Alésia colonies d’Alashya. Heraklès sans doute plus grec que phénicien n’a fait que recycler le pré-existant.
Il serait logique de placer la toute première Alésia à proximité immédiate de la Méditerranée. Par exemple à Alès. Les Chypriotes ont forcément d’abord dû s’allier avec les peuples riverains de la Mer avant d’étendre leur influence plus profondément dans les terres et profiter du commerce du cuivre et de l’étain. Le nom des Celtes vient peut-être même de celui de Cition.
Ces Chypriotes se sont sans doute intéressés au littoral gaulois parce que l’Italie a toujours été dans la sphère d’influence privilégiée des Egéens (Grecs et Troyens) et que l’Afrique du Nord était le domaine des marins cananéens. Si Céto désignait Cition, je me demande si Phorcys ne désignait pas Corfou, étape logique vers l’Occident.
Le commerce était déjà crucial à cette époque. Les villes ne pouvaient pas se développer n’importe où. C’est pourquoi situer la principale métropole économique éduenne au sommet du Mont-Beuvray est une aberration. Aberration confirmée par la faible durée d’occupation du site. Tous les visiteurs du Mont-Beuvray disent qu’il y règne une ambiance mystique. Qu’ils en tirent les conclusions qui s’imposent ! Cette montagne était un sanctuaire religieux, un lieu de pèlerinage et sûrement pas une capitale commerciale.
Partant de là, on pourrait se dire que Bibracte était une capitale religieuse et donc la situer au Mont-Beuvray. Le problème, c’est la distance. On est très loin de la Saône et de ses villes commerçantes. Le Mont-Beuvray apparaît comme un très crédible chef-lieu de pagus entre la Loire et l’Arroux mais de là à le voir chapeauter toute la cité éduenne (Mâcon est à 100 km), il y a un pallier supplémentaire qui paraît infranchissable. Sur quelle citadelle pourrait-il s’appuyer pour étendre sa puissance ? Le Mont-Saint-Vincent lui bouche l’horizon.