Pour être tout à fait précis, disons que Corent était la capitale politique pendant les quelques siècles où le sénat arverne y siégeait. C’est ici qu’on prenait les grandes décisions. Bien évidemment, Corent doit ce rôle à la proximité de la forteresse de Gergovie au Crest qui a toujours été la capitale militaire et donc la clef de voûte de l’organisation de la cité. La présence ou non de remparts à Corent n’est donc à mon avis pas un critère à prendre en compte, la sécurité étant assurée par Le Crest.
En ce qui concerne les points forts de manière générale, je pense qu’il est important de bien définir l’échelle où on se place. Mont-Saint-Vincent est le principal point fort à l’échelle de toute la côte chalonnaise alors que Taisey ne domine que les environs de Chalon. L’importance militaire de Taisey est directement proportionnelle à celle de la puissance économique de Chalon tandis que la puissance du Mont-Saint-Vincent est entièrement due à son emplacement stratégique. Si Chalon décline, Taisey décline mais le Mont-Saint-Vincent demeure le phare de la région.
Pour ce qui est de l’influence orientale en Gaule, nous sommes déjà tombés d’accord sur une lutte d’influence permanente entre Egéens et Levantins. Rome est naturellement plus proche des premiers, l’Espagne des seconds et la Gaule est au milieu.
L’exil en Gaule des Hérode et autre Pilate ainsi que tous les mythes des Saintes Maries de la Mer plaident plutôt en votre faveur de votre vision sur les liens entre les Juifs et la Gaule. Sans vouloir faire un « Rennes le Château bis » vous ne vous êtes jamais demandé si des disciples du Jésus des Evangiles avaient trouvé refuge à Bibracte ? Vu les liens étroits que vous décrivez entre les Eduens et les Esséniens, ce serait assez logique.
Pour ce qui est des ressources alimentaires, rares sont en effet les endroits en Gaule qui en sont vraiment dépourvus.
Je vous rejoins complètement sur la permanence des points forts mais je pense qu’il est justement importer de démontrer en quoi ils sont forts. Chalon est le plus important carrefour commercial éduen. Il permet de faire vivre l’économie de la Cité alors qu’à Mont-Saint-Vincent se trouve le centre du dispositif militaire de contrôle du territoire de la Cité. Mont-Saint-Vincent est certes placé au bord d’un axe commercial majeur mais c’est également le cas de beaucoup de sites de moindre importance. Ce qui rend Mont-Saint-Vincent si stratégique, c’est sa position dominante, idéale pour articuler autour de lui la défense du territoire alentour. Du point de vue militaire, on peut dire que Mont-Saint-Vincent est au centre alors que Chalon est à la périphérie. Mont-Saint-Vincent contrôle (entre autres) l’axe Chalon-Digoin mais ce sont les villes qui font vivre la cité. Pour avoir voix au chapitre à Mont-Saint-Vincent, les nobles éduens possédaient forcément de grands biens dans les villes.
Par contre, je ne suis pas d’accord concernant Corent. Ce site est loin d’être une exception. On trouve des agglomérations du même type (occupées grosso-modo de -150 à + 250) un peu partout en Gaule. Et elles se trouvent systématiquement à proximité des plus puissantes citadelles régionales. Par exemple : l’agglomération Mâlain/Médiolanum à côté de Lantenay (citadelle des Ducs de Bourgogne), Javols/Anderitum à côté du Roc de Peyre (citadelle des plus importants barons du Gévaudan) ou encore Bram/Eburomagus à côté de Montréal (citadelle des vicomtes de Carcassonne).
Pour moi les agglomérations du type de Corent sont à considérer comme des extensions des citadelles. Elles ont accueilli les bâtiments qui ne tenaient pas dans ses dernières (théâtre, fanum, atelier divers...). Elles ont disparu vers 250 lorsque ce rôle a été repris par les villes commerçantes (qui préexistaient).
A l’époque de Sidoine Apollinaire où se réunissait le sénat arverne ? A Clermont, à mon avis. Pour ce qui est de l’implantation juive, cela me semble très difficile à déterminer précisément. Les indices sont maigres.
En fonction de l’emplacement à l’échelon régional de chaque site, on peut tout de même deviner quelle était sa vocation première : militaire pour Mont-Saint-Vincent, commerciale pour Chalon. Après, cela n’empêche pas qu’au niveau micro-local l’emplacement exacte d’une ville commerçante réponde à des critères de défense. Ce dernier point est particulièrement visible à Paris et à Besançon.
Pour les Arvernes, on doit avoir la chronologie suivante :
Premier temps, une citadelle au Crest dont le rôle militaire remonte sans doute au fin fond du Néolithique voir à l’époque des chasseurs-cueilleurs cherchant à contrôler leur territoire de chasse de la manière la plus efficace possible. Cette citadelle a sans doute longtemps joué le rôle de capitale politique.
Second temps, quand vers la fin du second âge du fer, la citadelle du Crest est devenue trop petite pour servir de capitale à une cité de plus en plus importante et développée, le site de Corent a pris le relais. Il n’est pas impossible que ce site ait possédé un caractère religieux particulier bien avant cette époque. La capitale militaire demeure au Crest.
Troisième temps, vers la fin du IIIème siècle, Corent est abandonné et c’est Clermont/Arvernis, la grande ville commerçante qui devient capitale politique et administrative. La capitale militaire est toujours au Crest.
Je me pose la question de l’existence d’un site similaire à celui de Corent dans le Chalonnais. Il devrait logiquement se trouver quelque part entre Chalon et le Mont-Saint-Vincent.
La disposition de ces villes mayas sur le modèle céleste en dehors de toute considération pratique posent effectivement la question de leur viabilité. Peut-être ne s’agit-il que de grands sanctuaires religieux et que les capitales économiques mayas sont toujours enfouies sous les villes actuelles. Par exemple, la capitale des Aztèques se trouve sous l’actuelle Mexico City https://fr.wikipedia.org/wiki/Mexico-Tenochtitlan.
Cela n’est pas sans rappeler notre problématique gauloise, où des sites à forte valeur symbolique comme Corent et le Mont-Beuvray coexistaient avec des villes classique comme Bourges et Besançon.
On aurait trois principaux types de sites gaulois :
- les citadelles purement militaires (Le Crest, Mont-Saint-Vincent, Montmélian en Savoie...) qui ont conservé leur importance jusqu’à la fin du Moyen-âge.
- les villes commerciales (Bourges, Paris, Besançon, Orléans...) qui sont toujours là
- les grands sanctuaires (Corent, Malain, Javols, Nanterre...) qui remplissaient aussi sans doute une fonction de chef-lieu de pagus/ cité lorsque les citadelles sont devenus trop petites pour jouer se rôle. Ils ont périclité à la fin du 3ème siècle, au moment des réformes de Dioclétien.
L’étude du ciel passionnait tous les prêtres de la planète ! Nul doute que pour les Arvernes, la Montagne de la Serre était la transposition terrestre de la constellation du Dragon.