Effectivement les auditeurs en la circonstance ne se sont probablement pas rendus compte du grandiose du moment. Il y aurait beaucoup (trop) à dire mais, outre les autres oeuvres archi-connues, il est intéressant de s’attarder sur le quatrième concerto : sa première singularité est l’exposition au piano solo et sa première subtilité est l’entrée de l’orchestre sur une harmonie de si majeur, dominante majeure du relatif de sol. Le second mouvement débute par un thème brutal peu à peu vaincu par la tendresse du piano. Le final, très brillant et agressif (trompettes et timbales s’en mèlent pour la première fois) s’achève sur l’une des codas les plus somptueuses des concertos. Au total, peut-être le plus beau même si mon oreille a un faible pour le troisième à la prodigieuse tension dramatique...
Bonsoir Taverne, Puisque je vous pousse à analyser un ou plusieurs lieder, que vous préférez le cycle Winterreise, que vous avons évoqué « Der Lindenbaum », j’aurais mauvais grâce à ne rien faire moi-même. Donc quelques mots sur ce tilleul : Il s’ouvre sur des appels de cor et le bruit du vent des feuilles alors qu’il n’y a pas de cor dans le poème. C’est une formule traditionnelle associée à la forêt et il n’y a pas non plus de forêt dans le texte. Il s’agit d’un tilleul à l’entrée de la ville. Le bruissement des feuilles aussi est étrange car il évoque l’hiver alors qu’il s’agit d’un vent d’été tandis que bruissement évoque le souvenir. Le cor est souvent utilisé par les compositeurs pour évoquer le souvenir comme dans la sonate « Les Adieux » de Beethoven. La formule « le son du cor au fond des bois » est une formule récurrente à l’époque romantique. On le retrouve aussi dans le lied « Suleika I » où le mouvement associé au vent ne s’interrompt jamais, l’appel du cor s’y associant au loin. « Le tilleul » est saturé de cor, illustrant ainsi le souvenir et l’absence de cet arbre que l’on ne voit pas et où le voyageur a gravé des mots d’amour sauf lorsque le grincement des rameaux appelle l’amoureux à la mort. Cette fois, nous sommes en plein coeur du cycle soit le désir de mort. C’est un voyage vers la paix de la mort : c’est le premier lied à l’aborder par son registre grave. C’est pourquoi d’ailleurs il faut que ce cycle soit interprèté par un ténor et non un baryton pour faire impérativement ressortir la résignation lyrique après le désespoir ironique des précédents. Le vent relie le présent au passé. Et je pourrais continuer en démontant la structure musicale où la symétrie est brisée pour en faire un point culminant dramatique, opérant ainsi la fusion du temps remémoré et du temps réel, mais il me faudrait rentrer plus avant dans la technique admirable de Schubert...
Taverne, déjà épuisé alors qu’il reste à analyser une ou plusieurs oeuvres ? J’ajouterai que vous avez quelques grosses omissions comme Hans Pfitzner, Othmar Schoeck ou encore Schönberg, Max Reger...