Travailler plus pour gagner plus ? La forme même des pyramides d'Egypte, nous enseigne que les ouvriers, et ce dès la plus haute antiquité, avaient développé une tendance naturelle à en faire de moins en moins.
Petite précision, cet article a été écrit avant la parution du rapport Lagarde. Comme je le cite aujourd’hui dans les commentaires, il me paraît sain de donner l’adresse où ceux qui veulent le lire.
On peut le trouver, par exemple ici, au format PDF sur le site du nouvelobs.
Je vous rejoins 100%. Quand on connaît la surveillance exercée par la chambre de compensation Eurex Clearing ou Clearnet sur les marchés français, il est impossible d’y loger des contreparties "bidons".
En revanche, de gré à gré... Sur la base de mails trafiqués, de promesses "pending" (en attente de réception de leur validation), bref de tous les "forwards" bidons abondamment décrits dans le rapport Lagarde... C’est possible. La preuve !
Mais apparemment tant que la position est gagnante on vérifie moins les papiers. Et quand elle devient perdante, le temps de réagir. Pschitt ! c’est 12/15% qui s’envolent et de +1.4 milliards vous passez à -4.8 milliards. D’autant qu’en "balançant" autant de titres sur le marché en seulement 3 jours, vous accentuez vous même la baisse et... votre tombe.
Celà-dit, si Kerviel avait joué sur 5 milliards au lieu de 50 il aurait perdu 480 millions d’euros (goutte d’eau pour la SG) aurait été mis à la porte pour faute lourde, la Soc gen aurait dégagé 4.5 milliards de bénéfices au lieu de 5 milliards et personne n’aurait jamais entendu parler de rien, comme cela a du arriver des dizaines de fois.
Seulement voilà, c’était 50 milliards. Et je ne comprends toujours pas comment on a pu prendre un tel risque à la Socgen. Pas plus que le super consensus qui consiste à tout mettre sur le dos d’un seul homme.
On s’arrangerra juste pour que la SocGen soit rachetée par une banque française, on mettra Bouton à la porte dans 6 mois, voire (raison d’état) on indemnisera Kerviel pour qu’il la boucle et arrête de dire que tout le monde savait. Tous responsables et aucun véritable coupable en somme.
C’est trop commode parfois...Vous et moi si nous perdons l’argent du ménage en bourse ou au poker, nous payons cash. Et si nous faisons un découvert à la banque, nous payons recta des agios. Et là...
Je ne suis pas assez spécialiste pour vous répondre mais je pense que c’est techniquement difficile à réaliser. Si vous achetez des contrats (ou des actions), via la chambre de compensation, vous les achetez à tous ceux qui en vendent (à un cours donné et en même temps). Ce n’est pas nominatif. Vous ne pouvez choisir "votre" vendeur.
Restent les contreparties internes à la SG et les échanges dits de "gré à gré" entre organismes financiers mais ils ne pouvaient pas porter sur 50 milliards. Cela dit, on aurait aimé que le rapport Lagarde qui mentionne ces opérations soit un peu plus explicite (quels montants sur les 50 milliards ?). Si on connaissait exactement ces montants et leurs heureux bénéficiaires (s’ils existent) on saurait alors à qui "avait profité le crime".Comme on ne connaît pas ces détails, on peut seulement dire que la perte de la Soc Gen a profité à une communauté d’intervenants.
Et ce n’est même pas sûr. Je m’explique : tant que les positions sont ouvertes, la bourse n’est pas un jeu à somme nulle (où ce que l’un gagne, l’autre le perd). Imaginez que vous ayez acheté des contrats à la SocGen le jour du 22 janvier (quand elle les revendait à perte) et que votre position n’est pas débouclée (vous les avez toujours). Si vous les revendiez aujourd’hui, leur cours étant plus bas qu’au soir du 22 (L’Euro-stoxx50 cotait 3 753.68 en clôture le 22 janvier contre 3 699.29 aujourd’hui), vous perdez aussi.
Ce qui est sûr, c’est que tout cela est trop nébuleux... Jouer avec de l’argent que vous n’avez pas... pour des milliards. C’est, au minimum, débile. C’est le capitalisme financier, 100% virtuel contrairement au capitalisme classique industriel ou autre qui, au moins, emploie (exploite aussi parfois) des "vrais" hommes, des "vraies" machines, etc.
Cela dit, pour ceux qui veulent un éclairage moins technique, j’avais précédemment écrit pour AgoraVox un article sur le même sujet "A force de lécher, je sèche".