Je corrige juste quelques coquilles glissées ci-dessus :
Relisez séquentiellement l’enchaînement des messages. Je répondais à Fanfan la tulipe qui affirmait péremptoirement que le Kotava ne recourait jamais aux procédés « d’évocation ». J’aurais pu multiplier les exemples. Pour moi, cet argument n’a pas de valeur particulière, si ce n’est que c’est l’une des illustrations de la souplesse de la langue, loin des postulats rigides.
Je sais bien que les statistiques de locuteurs de ces langues sont souvent sujettes à discussion et à controverse. En attendant, on distingue 4 groupes :
- loin devant, l’espéranto. Au moins un million de locuteurs.
- derrière, interlingua, ido et interlingue : quelques petits milliers au mieux
- 3ème groupe : tokipona, slovio, kotava, lojban, volapük : quelques dizaines
- au delà, c’est de l’ordre de l’anecdotique.
Donc, quelques dizaines de locuteurs n’est certes pas grand chose au regard des grandes langues naturelles. Par contre, pour une langue construite, compter des locuteurs, de véritables locuteurs, est un élément d’appréciation fondamental. Et a contrario, les centaines et milliers de « conlangs » listés (et rarement décrites en détail) dans un site comme Langmaker ne font surtout que mettre en relief un phénomène qui s’est beaucoup développé ces dernières années, principalement dans le monde anglophone d’ailleurs, très fortement influencé par Tolkien et le fantasy, à savoir celui des « artlangs » créées comme d’autres font de la peinture. Avec beaucoup de simples ébauches, de gribouilleurs, mais aussi quelques authentiques artistes.
[citation]L’avantage du kotava, nous dit-on, c’est que son vocabulaire n’étant tiré d’aucune langue existante, tout le monde est égal devant lui. Egal dans le merdier d’avoir tout à apprendre à partir de zéro, oui[/citation]
Votre formule est brutale mais non dénuée de vérité. Le postulat sous-tendant le Kotava est totalement « politique » et dans le registre du symbolique. Comme le pointent justement les espérantistes, si les arguments de simplicité et de logique d’une langue étaient les seuls à entrer en ligne de compte, il y a bien longtemps que ce débat ici n’aurait plus lieu. Mais ne négligez jamais la force du symbolisme, aux impacts systémiques.
Pour ce qui est de la répartition des « kotavusik » dans le monde, à ma connaissance actuelle, on les rencontre principalement dans 4 régions : Afrique (RDC, Congo Brazza, Cameroun, Angola), Belgique et France, Polynésie et Canada.
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@ Skirlet
[citation]« Ben, on peut occulter ou préciser en espéranto aussi... »Kara, mi volas revidi denaskan landon kaj familion« ou »Karul(in)o mia, mi volas revidi mian denaskan landon kaj mian familion". Et alors ?[/citation]
Relisez séquentiellement l’enchainement des messages. Je répondais à Fanfan la tulipe qui affirmais péremptoirement que le Kotava ne requérait jamais aux procédés « d’évocation ». J’aurais pu multiplier les exemples. Pour moi, cet argument n’a pas de valeur particulière, si ce n’est que c’est l’une des illustrations de la souplesse de la langue, loin des postulats rigides.
En espéranto, je ne savais pas que « kara » pouvait aller jusqu’au sens de « bien-aimé, amoureux ». Il faut dire qu’il y a longtemps que je ne l’ai plus trop pratiqué.
Je connais le lojban et son antécédent le loglan, basés sur l’hypothèse Sapir-Whorf. Personnellement, je n’accroche pas trop à son caractère mécanique. Et je pense, et sur ce plan-là je serais assez d’accord avec les espérantistes, qu’outre les qualités et compétences linguistiques du porteur de projet, une langue construite valable ne peut pas être le fruit d’une oeuvre collective, mais celle d’un créateur « génial » capable d’embrasser un projet dans sa globalité et d’en sentir toutes les fibres, avec une dimension artistique non négligeable. Mais également capable de le laisser vivre ensuite (contrairement à James Cooke Brown, père du loglan).
« Here is my bicycle » / « Jen mia biciklo » = « Tir jinaf tolkrafol », ou simplement : « Jinaf tolkrafol »
« Bicycle trip » / « Bicikla ekskurso » = « Tolkrafolgozara », ou : « Tolkrafolafa gozara », ou bien : « Gozara kan tolkrafol »
« He wants to bicycle » / « Li volas bicikli » = « In djutolkrafolur », ou : « In kan tolkrafol djulakil », ou encore : « In tolkrafolon djulakil »
On peut voir que le Kotava dispose de plusieurs façons d’exprimer les mêmes choses rigoureusement. J’y vois plutôt un atout qu’un handicap. A chacun d’utiliser les constructions qui lui plaisent le mieux. Mais au delà, je ne vois pas ce que cette démonstration apporte de tangible, que ce soit anglais, espéranto ou kotava.
Le Kotava peut être une langue très contextuelle et relative aux locuteurs en présence, c’est à dire en sous-entendant tout ce qui est d’évidence aux interlocuteurs à l’instant où ils échangent : pronoms, possessifs, compléments attributifs, absence de répétitions. Un petit exemple, pris dans la traduction du « Conte du Serpent », légende coréenne :
- Renapanik, va vo is yasa djutolwí.
Se traduit en français par : - Ma bien-aimée, j’ai envie de revoir mon pays natal et ma famille.
Tous les possessifs et les sexes sont occultés, car ils sont d’évidence pour les deux amoureux qui se parlent. La phrase pourrait sinon être :
- (Jinafa) renapanik(ya), va (jinafo) vo is (jinafa) yasa (jinye) dju(mé) (da) tolwí.
Inversement, si besoin, il peut être d’une précision extrême, notamment au travers de son très riche système prépositionnel, particulièrement en matière locative ou temporelle. Là où en français on serait obligé d’employer une kyrielle d’adverbes complémentaires. Et sinon, comme l’espéranto, l’usage appuyé des affixes permet une concision forte sur un petit nombre de radicaux ou des constructions hautement expressives. Non, ce que le Kotava n’aime pas, c’est l’ambiguïté. C’est à dire que si le contexte entre les locuteurs n’est pas suffisamment limpide et implicite, alors des constructions qui pourraient être interprétées différemment par les uns ou les autres seront proscrites. Elles seront perçues comme des barbarismes.
Quant au lexique, le Kotava est effectivement riche. Mais là encore, c’est plus un atout que l’inverse. Certains kotavophones se contentent de 500 radicaux. D’autres aiment manier bien davantage les synonymes. A chacun son mode d’expression. C’est justement cette souplesse, tant en matière de mécanismes grammaticaux que d’amplitude lexicale ou de niveaux d’expression qui constitue l’un de ses attraits majeurs. Je ne parle même pas de sa musicalité, chose éminemment subjective.
Enfin, le temps d’apprentissage du Kotava sera effectivement deux ou trois fois plus long que celui de l’espéranto pour ... un occidental. Question de lexique, uniquement.
* Juste une petite pointe sur la « prononçabilité » de l’espéranto. Prononcez d’un souffle : bicikla ekskurso (bitsikla ekskurso) ! Bonjour les suites de consonnes...