T’énerves pas tallinou, c’était pour rigoler. Tu sais, nous wallons, on aime la rigolade. Et la jupiler, et les majorettes, et le standard, et la téléréalité. On vote socialiste parce qu’on a des besoins limités, et pas d’ambition. C’est pour ça qu’on est heureux. Pas de vision, pas d’emmerdes. On n’a qu’une stratégie, celle du ténia. C’est pas la peine de nous expliquer, on ne comprend pas.
Non sans dec, Tall, on a bien compris. On a bien compris que tu te considérais comme un riche bruxellois qui voulait profiter seul de ses fafiots. C’est un point de vue qui se conçoit aisément, c’est pas la peine de nous pondre chaque fois une théorie socio-économique sur le thème, chiffres irréfutables à l’appui. Je réfute pas tes chiffres. Simplement, on va ni faire hara kiri, ni demander la nationalité flamande pour la cause.
En fait, je trouve que dans tes interventions t’es un peu trop empressé à nous fourguer l’aspirateur, c’est pour ça qu’on veut pas te l’acheter. Essaye plus cool, moins directif, moins genre « les gars, moi qui sait parce que je suis tombé dedans quand j’étais petit, je vais vous expliquer comment je vais vous entuber et pourquoi vous aller aimer ça ». On est simples, certes, mais on a notre dignité.
Tu as raison, les chiffres ne sont pas en notre faveur. Et alors ? Il y a un demi-siècle, ils l’étaient encore, et regarde aujourd’hui... La roue tourne, et s’il faut retrousser ses manches et l’aider à tourner un peu plus, tant mieux. Tu la joues souvent madame Irma, genre je l’avais bien dit, je l’avais prédit : d’accord, pas de malaise. L’avenir tranchera, et peut-être auras-tu raison. Mais mon sentiment est que le monde change plus vite que tes desiderata ou ceux de Barty, et que les questions de préséance à bord perdent de leur pertinence dans la tempête. Le discours de BDW est purement et simplement archaïque. Le libéralisme qu’il revendique comme moderne est archaïque. Il disparaît comme les dinosaures. Ce sont d’autres enjeux qui nous attendent, et quoi que tu en dises, de nombreux flamands le comprennent aussi. La sucette de leur glorieuse identité ne suffit pas à les leurrer tous. Tu vois Tall, je préfère de loin un flamand ouvert à un francophone borné.
@ Astérix, l’enfoiré. Désolé de mes quelques lignes un peu lestes sur Bxl, les gars. Je ne les revendique pas vraiment et j’aime dialoguer avec vous, mais cette rhétorique tallienne du « chacun pour soi et tout pour ma gueule » me crispe légèrement, et alors j’ai tendance à prendre la bordure dans les virages.
1) Bxl est fortuitement et artificiellement riche. Les institutions européennes s’y sont installées non pas pour la pureté de l’air et la beauté des filles, mais pour diverses raisons historiques, diplomatiques et symboliques. Sans ces institutions, Bxl perdrait énormément de son aura, et finalement, ne serait qu’un gros bourg de province, qui plus est, comme décrit par Astérix, pas toujours très convivial. Si peu convivial que nombre d’entreprises pourraient avoir la tentation d’aller s’installer 20 ou 30 kilomètres au sud (ou à l’est, ou à l’ouest, ou au nord) pour profiter des avantages de la proximité sans souffrir des inconvénients de la promiscuité. Ça se passe déjà non ? Après tout, on vit à l’aire des télécommunication, beaucoup de secrétariat s’effectue en Inde via internet. Alors 20 bornes ...
2) Nulle lâcheté dans mon discours, mais un certain penchant pour la réalpolitik. Usons néanmoins d’une métaphore colorée : imagine, trois wallons déguenillés sur le pont du titanic déjà bien engagé, occupés à démonter des planches pour flotter quand il voient passer un bruxellois rubicond à lunettes les bras chargés de gilets de sauvetage, mais expliquant que c’est à lui, qu’il les a payées, et qu’il va se faire un radeau avec. Que penses-tu qui va se passer ? Voyous et mafieux comme on est ? Pas de solidarité ? OK, alors la loi du plus fort.
Tu vois, Tall, si les dirigeants flamands voulaient vraiment se séparer, ce serait déjà fait depuis longtemps, il me semble. No hard feeling, just business. Mais à mon avis, il y a un calcul différent dans leur tête. C’est barty qui met la pression parce que c’est son unique fond de commerce, et les autres veulent pas passer pour des couilles molles alors ils suivent. Le jour où bart lève le pied, les autres le bouffent, il le sait, alors il accélère. Et pour Bruxelles, si vous pouviez réellement reprendre vos billes sans aide ou dégât collatéral, ce serait déjà fait aussi. But there must be a rub somewhere, I guess.
Et puis tu sais, si on zoome arrière et prend un peu de hauteur, on constate que le rodéo financier entamé voici trois ans ne faiblit pas, que l’effervescence sociale et géopolitique se généralise dans le monde, qu’elles vont en s’amplifiant, et qu’elles pourront peut-être remettre bientôt les compteurs à zéro. Je comprend que tu aimerais pouvoir enfiler tes charentaises et profiter gentiment de tes dividendes sans être emmerdé par les pauvres qui s’entassent à la grille, mais que veux-tu, nécessité fait loi et la fin (faim) justifie les moyens. Vous avez encore des petits coins de verdure pour les potagers et les lapins, à Bxl ? nous on en a plein.
« blocage ». Tu vois, c’est un langage émotionnel. Les wallons feignants plein de mauvaise foi « bloquent » l’essor flamand. Astucieux Bart qui corrige l’histoire d’une main (la bataille des éperons d’or), torche le présent de l’autre (la flandre clouée au sol par le boulet wallon qui va obéir ou se faire larguer).
Tall, crois tu vraiment que les pauvres wallons vont en être réduits à vendre leur organes ou à émigrer comme valets de pied en arabie saoudite pour survivre ? Et que pendant ce temps là, la studieuse, industrieuse flandre va escalader la dernière marche du podium économique, tellement qu’elle est forte et méritante ? Nous ne sommes pas si différents, quoiqu’il en dise.
La flandre n’est pas si prospère que ça, ou en tous cas, rien n’assure qu’elle le reste, et c’est ce qui fait flipper le flamand de base. Bart dit que c’est de notre faute. Notre faute. Notre faute. Notre faute.
En le répétant souvent, ça devient vrai. Maintenant pratiquement, quand et comment, la séparation ?
Excuse moi, je ne parle jamais de Bruxelles, mais tu sais... Bruxelles, combien de divisions ?
Tout ce qu’on sait de BDW, pour l’instant, c’est le show qu’il nous en fait. Il endosse le rôle de la Flandre debout, de la Flandre qui retrouve sa dignité, sa liberté, sa splendeur passée (?). C’est du foin pour les veaux. Tout comme le « travailler plus pour gagner plus » ou le « yes we can » des autres. Il joue un rôle, et les gens suivent parce que c’est ce qu’ils ont envie d’entendre, sans réfléchir davantage. Le fond de commerce de ce genre de mouvement, ce sont les petites gens frustrées, inquiètes et conservatrices. Qui n’adhéreraient probablement pas aux vues de la VOKA. Mais qui réagissent de manière émotionnelle et suivent instinctivement le bon gros courageux qui n’a pas peur de dire ce qu’il(s) pense(nt).
@ Tall alias tonton
Tall, je suis liégeois. Je vis aux marches de la Flandre depuis toujours. Et de la Hollande. Et de l’Allemagne. Les germains ont le sens de la communauté bien plus élevé que les latins, et les flamands n’échappent pas à la règle. Il y a dans leur attitude actuelle une réelle inquiétude quant à l’avenir, et l’espoir qu’ils s’en tireront mieux seuls, mais aussi une très grande indécision. Le talent de BDW, c’est de cadenasser les autres partis en les taxant de mauvais flamands si jamais ils dévient du nationalisme. Et comme il a réussi à imposer ce terrorisme dans une communauté où l’opinion des autres est si importante, aucun n’ose vraiment le contredire, en dehors d’écolo et parfois l’open vld. Mais comme tu le dis, la démocratie l’emportera, et pour l’instant, ce n’est qu’une petite minorité de flamands qui envisagent sérieusement une séparation. Pour que la majorité bascule, il faudra un événement émotionnel majeur. Mais l’émotion, ça va dans les deux sens : que des wallons viennent en aide à des flamands au cours d’une catastrophe, comme j’en donnais une illustration caricaturale dans un post précédent, ça passe au journal, et hop, Bart perd des points. La « haine » entre les deux communautés est symbolique et attisée par ceux à qui c’est utile. Les chiffres ? Ce n’est pas émotionnel, ça compte très peu.
Ceci est un débat oiseux de toute façon. Le vrai débat serait : qu’est-ce qui est le mieux ? Séparation ou pas. Et honnêtement, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Maintenant, sincèrement, si ça arrivait, ce ne serait pas du tout une catastrophe. Tu crois que la Grèce va sombrer, couler corps et bien, avec le Portugal, l’Italie et l’Irlande. Que les pauvres vont claquer dans la rue, les fillettes et les garçonnets se prostituer pour une miche de pain ? Bonne blague. On va prendre nos responsabilités, c’est tout, faire un peu de chantage catastrophiste, virer quelques marioles, et on va retomber sur nos pattes. On aurait juste dû le faire bien avant. Pas le couteau sous la gorge.