Je voudrais ajouter deux considérations à vos intéressants compléments.
Il est à souligner que les « progressistes » du XIXe siècle empruntent beaucoup au christianisme. L’homme, tel que le voit la gauche d’alors et aujourd’hui encore, est biblique : créé par Dieu ou produit du hasard, il est décrété frère de tous les autres hommes, ce que toute l’histoire connue dément.
Et l’histoire linéaire dans laquelle la gauche inscrit l’humanité procède également d’une perspective biblique, celle qui la conduit de la création au millénium pour les chrétiens, respectivement de ses origines paléolithiques à la société sans classes pour les socialistes.
Sachant cela, on s’étonne moins de lire sous la plume d’un Peillon : « ...l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. » Comme quoi, l’obscurantisme et le sectarisme peuvent faire bon ménage avec la laïcité d’expression rabique.
Le dernier point que je voudrais relever, c’est que la gauche est coutumière de cette forme de défaussement. C’est ainsi qu’elle impute aux Nazis un eugénisme, dont ses ancêtres « progressistes » du XIXe siècle sont également les géniteurs, de Galton, cousin de Darwin et père du terme, à une école suédoise très active - dont le programme sera appliqué jusqu’en... 1976 !!! -, en passant par H.G. Wells, G.B Shaw ou Charles Richet, prix Nobel de médecine 1913, pacifiste, espérantiste, eugéniste et raciste - « « Les nègres [...] continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l’acide carbonique et de l’urée. » »L’homme stupide", p. 9
« Voila la pensée inepte et monstrueuse, source de tous les malheurs de l’humanité... »
Quand les peuples qui savent et qui savent faire arrivent au contact des peuples qui ne savent pas et ne savent pas faire, il est presque fatal que les premiers en tirent des conclusions qui les flattent.
Cela fait qu’à l’époque de Jules Ferry, tout le monde est raciste. Même Victor Hugo qui déclare - et ça vous rappellera quelque chose : « La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie. (...) Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. »
Et même Victor Schoelcher, l’homme de l’abolition de l’esclavage s’y met : « Cher Victor Hugo, en vous voyant ici, et sachant que nous vous entendrons, nous avons plus que jamais confiance, courage et espoir. Quand vous parlez, votre voix retentit par le monde entier ; de cette étroite enceinte où nous sommes enfermés, elle pénétrera jusqu’au cœur de l’Afrique, sur les routes qu’y fraient incessamment d’intrépides voyageurs, pour porter la lumière à des populations encore dans l’enfance, et leur enseigner la liberté, l’horreur de l’esclavage, avec la conscience réveillée de la dignité humaine... »
De grands enfants inconscients, on vous dit, auquel il faut même enseigner l’horreur de l’esclavage. Nous sommes ici en 1879, mais près de cinquante plus tard, en 1925, Léon Blum tient à peu près le même langage . « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture. »
Tel est l’esprit du temps, et il est de gauche. C’est quelque chose que généralement on ignore.