« Vous avez cependant raison sur toute la ligne, tout ceci n’est que de l’enfumage et une stratégie de diversion... »
Ce serait vrai si la manoeuvre n’affectait que la France, mais ce n’est pas le cas, puisqu’elle se déroule conjointement sur le plan européen comme le montrait le rapport Estrela, et le confirme le rapport Lunacek. Dans cette optique, je n’oublie pas ce qu’écrivait, en 2004, Didier Eribon, l’une des têtes pensantes de la nébuleuse LGBT, représentant de tout un courant intellectuel se situant bien au-delà des réformettes contenues dans le programme socialiste* :
« La revendication du mariage, souvent présentée
comme réactionnaire, est en fait plus subversive que le discours de la
subversion. Elle a un effet de déstabilisation de l’ordre familial, sexuel, du
genre, beaucoup plus fort que la subversion incantatoire. »
Il me paraît évident que ces déstabilisateurs de
l’ordre familial, sexuel et du genre, ont passé la vitesse supérieure, comme
s’ils se sentaient menacés, notamment par les « populismes », dans leur
capacité de nuisance, et qu’ils se dépêchent de casser tout ce qui peut être
cassé, avant d’être expédiés dans les poubelles de l’histoire. C’est donc bien
le moment de les prendre au sérieux. Sans pour autant négliger les autres
problèmes qui ne doivent pas servir de diversion pour favoriser les
bouleversements sociétaux, peut-être irréversibles.
* Et c’est ce qu’ont compris les manifestants
de dimanche dernier qui, pour la première fois dans l’histoire à ma
connaissance, se sont mobilisés - ce que les médiateux se gardent bien de
souligner, ils préfèrent parler de fantasmes - contre la technique du salami au
moins autant que contre la PMA et la GPA.
« Vous
tombez clairement dans le panneau de l’enfumage voulu par le pouvoir en
place. »
Le début dans ma réponse à Fini Brind
Demain on officialisera
la polygamie avec le même argument qu’on utilise pour justifier l’homoparentalité
– il faut adapter les lois aux réalités de la société ; on exportera tout
le matériel génétique nécessaire dans des pays du tiers monde pour faire fabriquer
ses gosses – sans nausées ni vergetures – dans les pays du tiers monde ;
on étendra le droit à l’avortement jusqu’au neuvième mois, au motif que le
nouveau-né n’a pas plus de conscience que le fœtus (je parle de cela, parce que
c’est une thèse qui est déjà défendue par des médecins, juste un peu plus « progressistes »
que les « progressistes » actuels), etc., etc., etc. Et on peut tout
imaginer, puisque rien ne paraîtra plus incroyable que ne l’était le mariage
homosexuel, il y a seulement quarante ans.
Dans ce contexte, vous, vous voyez le mariage homosexuel et
l’homoparentalité comme une petite revendication en soi, qui en soi, ne
représente rien d’autre, ni rien de plus. Il vous échappe qu’elle s’inscrit
dans un contexte global de revendications effectives et potentielles tendant à
réduire toujours plus ce qui différencie une société homogène d’un conglomérat
d’individualités et de micro-communautarismes, au cas par cas indifférents ou hostiles
les uns aux autres, que Tocqueville annonçait vers 1840 :
Je
vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos
sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent
leurs âmes.
Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les
autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute
l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté
d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ;
il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une
famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.
Et ça, c’est peut-être ce que je laisserai à mes héritiers à moi, en
même temps qu’un pays tiers-mondisé par toujours plus de concentrations d’immigrés
issus du tiers monde, mais ce que je ne leur laisserai pas, c’est le sentiment amer que je n’ai rien tenté pour empêcher cela, en compagnie de ceux qui luttent pour
empêcher cela.
Sur ce, je vous laisse tous les deux vous laver les mains de tout - je dis bien de tout, parce qu’il faut être cohérent -, ce qui ne vous enlève rien à titre personnelle.
« Je comprends bien que si les prêtres se mariaient, leur patrimoine reviendrait à leur descendance et à leur femme, et pas au Vatican. »
En tant qu’agnostique, je considère que c’est un mauvais argument parce que les curés qui décrochent le jackpot à l’Euromillions ne sont pas nombreux, au point que ce soit une bonne affaire. Et puis, je me demande si cette histoire de patrimoine revenant au Vatican, n’est pas une légende urbaine, ou une disposition caduque depuis longtemps.
Voici pourquoi. Le 10 avril 2013, à Lumezzane (23’500 habitants, province de Brescia), décédait le prêtre de la paroisse de Saint-Sébastien, don Giulio Gattieri (74 ans). Quatre mois plus tard, on apprenait qu’il avait légué, par testament, la somme de 800’000 euros, à Valentina Popescu (52 ans), une Moldave, sa « bonne du curé » depuis 12 ans.
L’affaire est actuellement devant la justice civile, non parce que cette devrait aller « au Vatican », mais parce qu’avant de remettre cet argent à cette personne, il s’agit de déterminer sa provenance, puisqu’il ne peut représenter les économies d’un ecclésiastique gagnant entre 800 et 1’000 euros par mois. La justice est en train de reconstituer divers mouvements de fond et une prochaine audience a été fixée au 3 avril à Brescia... On en est là
« Mais que des homosexuels se marient et aient les mêmes droits que les autres, ça vous enlève quoi, à vous personnellement ? Rien du tout. »
Vous avez raison. Mais alors, dans la prolongement logique de votre question, je dois dire que la pédophilie ne m’enlève rien à moi personnellement. Les escroqueries sur le web non plus, et pas davantage les braquages de banques. Et je ne parle pas des racailles qui martyrisent les chats et les infirmes, ou des faiseuses d’anges qui provoquent des hémorragies en « travaillant » à l’aiguille à tricoter. A moi personnellement, ni les uns ni les autres ne m’enlèvent quoi que ce soit.
A partir de là, je comprends bien qu’on puisse se foutre de tout ce qui ne nous touche pas personnellement, et je ne conteste ce droit à personne, mais pour ma part, je ne crois pas que ce soit une bonne attitude. Je me considère comme l’un des héritiers-dépositaires d’une civilisation, et par voie de conséquence de la société qui en est issue. Or l’une et l’autre sont en train d’être détruites par une forme insidieuse de nihilisme reposant sur un axiome létal pour toute communauté humaine organisée « J’ai envie, donc j’ai le droit ».
« Des homosexuels se sont mariés depuis un an, ça a changé quelque chose dans votre vie et à la France ? »
Les changements sociétaux mettent des années, parfois des décennies, à déployer tous leurs effets. Il s’est écoulé quelque quarante années entre le début de la révolution sexuelle et le mariage des invertis.
Alors, tu reviendras nous entretenir quand tu seras grande, on ne va pas se bigorner, même rédactionnellement, avec une gamine en plein âge ingrat. A ce moment-là, on te suggérera des lectures sur l’indifférenciation sexuelle et autres sexodingueries à la mode de notre temps.