Le
nazisme est une idéologie dont la nature même fait l’objet de
débats. Pour Ian Kershaw, en dehors du nationalisme et du racisme,
le nazisme n’a pas de réelle cohérence politique, du fait notamment
de la diversité de sa clientèle électorale et militante. Le
national-socialisme n’envisage pas d’éliminer la propriété privée
ni les différences de classe, mais de fournir une protection sociale
et des salaires décents aux travailleurs.
Dans le projet national-socialiste, les classes sociales
continueraient d’exister, mais la lutte
des classes serait
éliminée au profit de l’union de la « communauté du
peuple » (Volksgemeinschaft).
L’aile gauche du NSDAP, menée notamment par les
frères Gregor et Otto
Strasser,
accorde une place importante au socialisme et à l’anticapitalisme,
au contraire d’Hitler qui se montre très hostile envers les
influences « marxistes » et n’envisage aucun
contrôle ouvrier sur les entreprises.
Après la progressive élimination de celle-ci à partir de mi-1930,
l’aile gauche du parti nazi disparait complètement, politiquementet
physiquement, au cours de la nuit
des Longs Couteaux en 1934.
De
toute façon, le poncif éculé visant à conférer à Hitler et au
nazisme des racines de gauche là aussi été contredis à maintes
reprises, et notamment par des historiens de renom. Voici ce que l’on
peut lire sur Wikipédia à ce sujet (passage qui là encore
reflète bien ce que j’ai pu lire sur la question) :
"L’idée
de mélanger nationalisme et socialisme ne se concrétise cependant
pas en un programme d’action réellement défini, bien que Drexler
prône une protection sociale pour les travailleurs, et la fin de
l’exploitation capitaliste de ces derniers. Le DAP donne ensuite
naissance au Parti
national-socialiste des travailleurs
allemands (Nationalsozialistische
deutsche Arbeiterpartei, NSDAP) : pour le spécialiste de la
période Ian
Kershaw le
national-socialisme (ou nazisme) fait partie des « mouvements
extrémistes antisocialistes »,
et le socialisme politique est critiqué par Hitler lui-même. Pour
l’historien Aloïs Schumacher, si le programme de 1920 du parti nazi
comporte certains points qui l’approchent des thèses socialistes, on
ne peut faire du national-socialisme un courant socialiste, Hitler
ayant pour sa part défini dès 1922 le « socialisme »comme
un dévouement inconditionnel à l’État et à la Nation :
« Celui qui est prêt à faire sienne la cause nationale, dans
une mesure telle qu’il ne connaît pas d’idéal plus élevé que la
prospérité de la nation ; celui qui a compris que notre grand
hymne Deutschland
über alles signifie
que rien, rien dans le vaste monde ne surpasse à ses yeux cette
Allemagne, sa terre et son peuple, son peuple et sa terre, celui-là
est un socialiste ».
« Nier
les racines fondamentales de gauche d’Adolf
HITLER qui
le conduisit à rejoindre Rosa
LUXEMBURGet
à constituer ensuite le « national
bolchevisme »
puis le « national-socialisme », »
Oui,
je le nie, car tels ne sont points les faits cher ami, mais le fruit
de vos fantasmes .
Hitler
n’a jamais adhéré aux jeunesses communistes ni rejoint Rosa
Luxembourg au sein du mouvement spartakiste (franchement je ne sais
pas où vous avez été pêché ça !). Au lendemain de la guerre,
Hitler s’abstiendra de tout engagement politique avant juin 1919
(voir les travaux de son biographe, Ian Kershaw,Hitler,
tome
I,
Flammarion, 2000)
- tandis que Rosa Luxembourg passe de vie à trépas en janvier
1919 (à Berlin alors qu’au même moment Hitler se trouve en
Bavière !). Il s’engage alors dans une campagne de propagande
anti-communiste et donne libre cours à son antisémitisme. Ce qui
l’amène tout naturellement à adhérer au parti d’extrême droite
d’Anton Drexler, connu comme le Parti ouvrier allemand, qu’il
rebaptisera Parti national-socialiste des travailleurs allemands en
février 1920.
Quant
au « national-bolchevisme », idéologie d’extrême droite
rejeté par les communistes allemands, celui-ci a existé
indépendamment d’Hitler et n’a donc aucun lien direct avec le
national-socialisme fondé par ce dernier.
Cher ami, je crois que vous ignorez ce qu’est (ou ce que fut) réellement le fascisme pour avancer de telles assertions. Sans parler de l’erreur factuelle consistant à faire d’Hitler un homme issu de la gauche (ou ayant eu des velléités gauchistes, ce qui est là aussi factuellement faux) ou à omettre (volontairement ?) le passage de Laval dans les rangs de la droite (dès 1929) avant de collaborer avec l’occupant nazi (ce qui signifie que Laval ne pouvait plus passer pour un homme de gauche en 1940).
Et puis, pensez-vous vraiment que le fascisme n’a pas suscité l’adhésion de gens issus de la droite ?
Par ailleurs, pour revenir à l’article, je ne vois pas trop en quoi celui-ci ferait la démonstration d’une « irrésistible attirance d’une certaine gauche vers le fascisme ». Sachant que son auteur est membre d’un PG se réclamant du socialisme, lequel se distinguent du fascisme par ses postulats de base - même si
par certains aspects, qui relèvent essentiellement de la rhétorique,
ils peuvent se rejoindre.
Première
différence : le socialisme n’est pas une idéologie politique –
contrairement au nationalisme et ses expressions extrêmes que sont
le fascisme et le nazisme -, mais une théorie à
caractère essentiellement socio-économique. Une théorie
relativement récente puisqu’elle est née au 19e
siècle. Laquelle se fonde (pour synthétiser ses diverses
obédiences) sur une gestion égalitaire
et démocratique des
moyens de productions et des services par l’ensemble des
travailleurs (toutes catégories confondues) pour le bien-être de
tous. Le
but premier de l’économie n’étant plus l’enrichissement individuel
(qui dans les faits aboutit à l’enrichissement d’une poignée au
détriment de la masse), mais de répondre aux besoins essentiels de
l’ensemble des humains. Le
socialisme, par ailleurs (là encore toutes tendances confondues),
vise soit la destruction immédiate de l’Etat (les anarchistes) soit
son dépérissement graduel (toutes les autres tendances et notamment
les marxistes). Ce qui signifie qu’il est intrinsèquement
anti-étatique puisque l’Etat n’est nullement une fin en soi et doit
de toute façon disparaître à terme. Pourquoi ? En premier
lieu, parce que l’Etat moderne est, selon les socialistes,
consubstantiel à la bourgeoisie et au système qui l’a porté au
pouvoir, à savoir le capitalisme. D’où leur volonté de le détruire
in fine pour aboutir à une société humaine autogérée par
l’ensemble des individus libre et égaux politiquement, socialement
et économiquement. Libre économiquement au sens où à la faveur de
la sécurité matérielle que lui procurera notamment le revenu
universel, l’individu pourra (ou pas suivant la nature de l’activité)
coopérer et s’associer avec la ou les personnes de son choix.
Autres
différences notables : le fascisme repose (pour synthétiser)
sur les piliers suivants : nationalisme (ethnico-culturel, ce
qui implique une conception inégalitaire de l’humain,
donc tout le contraire du socialisme),
totalitarisme étatique (contrairement au socialisme qui
aspire au dépérissement de l’Etat. Le totalitarisme fasciste
n’abolit pas la propriété privée des moyens de production à
condition néanmoins que les « propriétaires » prêtent
allégeance au régime), corporatisme (donc tout l’inverse
de la lutte des classes puisqu’il s’agit
au contraire d’encourager
la collaboration entre classes), anti-parlementarisme (qui va de pair
avec le culte du chef, lequel établie un lien direct avec le peuple
sans passer par des corps
intermédiaires, contrairement au socialisme),
impérialisme (qu’il ne faut pas confondre avec l’internationalisme
cher aux socialistes. L’impérialisme fasciste vise à apporter au
monde entier les « lumières » ethnico-culturelles du
pays où le régime est établi).