Comme je vous l’ai dit, les premiers soufis sont apparus dans le monde arabe, la communauté de méthode s’explique par le caractère commun des finalités spirituelles, pas besoin de faire appel à des influences.
C’est comme des grimpeurs de différentes régions du monde qui se rencontreraient, habitués à des rochers différents, et avec des morphologies différentes, ils auraient malgré tout un langage commun, pourraient éventuellement échanger des techniques sans qu’il y ait lieu de parler d’une influence au sens de copie totale.
Pour les noms divins il y en a 99, mais en fait ce n’est qu’un chiffre symbolique, on peut dire grosso modo qu’il y en a le tiers qui sont des noms de miséricorde, le tiers qui sont des noms de justice et de rigueur et le tiers qui sont neutres de ce point de vue ou plus neutres, comme le Sage ou le Savant ou le Premier, le Dernier etc
Mais la subtilité et il est le Subtil, c’est que ce sont tous des noms de Beauté selon Ibn Arabi, et donc même la vengeance divine n’a rien à voir avec la vengeance humaine, il emploie donc l’expression « Beauté de la Majesté ».
Si l’islam ne reconnait pas le dogme chrétien, il reconnait le Christ comme prophète, et, du point de vue de l’ésotérisme, comme homme parfait ou divin ( mais ce n’est pas le seul voilà tout), en faisant la nuance pour les degrés de réalisation notamment chez les taoïstes entre l’homme véritable, adamique, et l’homme universel, cette différence existant pareillement dans la Kabbale hébraïque et il faut le supposer dans le Christianisme, même si la doctrine est plus floue.
Donc Ibn Arabi peut dire que le Christ a été son premier maitre, mais à l’intérieur du cadre islamique, son livre « la Chatons de sagesses » montrant que tous les types spirituels existent en islam, Michel Vâlsan précisant toute forme de réalisation spirituelle islamique en Occident aurait nécessairement un type christique (comme le Sheikh Sidi Ben Aliwa en était un image frappante extérieurement, bien plus proche d’Abraham dans la forme, que les Monsignori dans leurs appartements et leurs palais de style Renaissance).
Ce n’est pas sur le même plan, mais le plan total du symbolisme cosmologique et métaphysique de la croix, c’est un sheikh musulman qui l’a inspiré à René Guénon.
Ce n’est pas une négation de l’aspect historique de la croix, c’est un élargissement considérable, en fait ce serait la capacité synthétique de la croix qui aurait permis de choisir ce symbole et non l’inverse, symbole ignoré des premiers chrétiens, quant à l’aspect douloureux, c’est une particularité des Latins.
On pourrait à la limite poser la question : les Protestants, les Orthodoxes adorent t ils le même Dieu que les Catholiques, sans parler de tous ceux qui se revendiquent de sa filiation ?
Sauf aussi que l’Eglise, enfin une église, a perdu de sa superbe, de son dynamisme, peut-être beaucoup de son esprit, qu’elle a cédé à bien des doctrines modernes qui auraient du lui être étrangères, alors qu’elle prétendait être « parfaite » c’est à dire se suffisant à elle-même, sans parler de sa dimension la plus intérieure qui devrait bien exister tant qu’il y a des saints, mais qu’il est parfois difficile de percevoir.
@Decouz« : pour l’islam comme pour le regard hindou », trois traditions, Chine, Inde, Islam représentant l’Orient pour Guénon, avec lesquelles il a eu un rapport étroit, l’islam jouant un rôle de charnière, pour être à la fois une religion au sens occidental et possédant un coté métaphysique et initiatique.