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easy

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59 ans
Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 24 février 2012 12:26

    J’ai trop diagonalisé
    Reprenons 


    Je pose d’abord ce que je comprends de votre démarche sur le sujet que vous nous exposez avec ce papier et le précédent afin que vous puissiez me corriger de quelque méprise éventuelle.

    Traduit dans le trop libre excès de mes termes toujours à reprendre, voici ce que vous considéreriez :

    Confrontés aux problèmes que posent les anomalies mentales, surtout l’autisme, les docteurs égotiques n’acceptent pas d’avouer leur impuissance et remplissent leur vacuité par une abondante production de fumigènes (le jargon).

    Le jargon de chacun étant inaccessible même aux plus pugnaces puisque c’est fait pour ça, chaque docteur développe le sien à proportion de son échec. Quiconque voudrait comprendre ces jargoneurs pour en extraire une synthèse devra faire d’abord bonne réserve d’aspirine.

    Comme les fumées sont insaisissables et qu’elles se mélangent tant en amont de leur création qu’en aval, chaque enfumeur pantoufle en toute inexpugnabilité bien comprise de ses comparses. Et ce ne sont pas les rares Michel Onfray ou Sophie Robert qui vont les empêcher de dormir.

    Résultat de cette situation qui dure depuis un siècle, la carte des théories de l’autisme a une allure cacophonique (balkanisation). Prises une à une ou ensemble, ces théories doctorales semblent produire quelque chose mais ce n’est que de l’autisme. Il y a bien du bruit, ça bouge, ça semble bien vivant, mais on n’y comprend rien et ça sent surtout le cramé.


    Vous n’en êtes pas satisfait. Vous sentant de force, vous réagissez avec optimisme et constructivement.

    Considérant que la manière de Michel Onfray est contre productive parce qu’elle apparaît trop exclusivement délogeuse de pantouflards, vous braquez plutôt le projecteur sur Nous Tous pour proposer un modus vivendi autour de l’idée selon laquelle la compréhension de l’autisme peut surgir aussi bien de l’intelligence de Marcel Bidochon, de ma concierge et des Agoranautes que de celle de Pierre Delion, Genevieve Loison, Daniel Widlocher, Bernard Golse, Estela Solano, Yann Bogopolsky, Bruno Bettelheim.

    Donnant à entendre alors qu’il sera en tous cas plus facile de synthétiser les productions intelligentes de la rue que les productions de fumée des Babéliens.

    D’autant que celles de la rue prennent automatiquement forme concrète (14 juillet 1789, Web, Wiki, pop music, bronzage, piercing, peer to peer, manifs, boycott, restos du coeur, culture bio, SPA, Taï Chi, ...)

    D’autant que les parents des enfants autistes font partie de cette rue. Et que si les docteurs ont de bonnes raisons stratégiques de rejeter la faute de leur impuissance sur les parents, la rue qui ne se sent tenue à rien ne se voit aucune raison stratégique d’accabler des parents déjà à la peine.



    Ce serait pour démontrer pourquoi il faut passer de la recherche doctoriste à la recherche collectiviste que vous auriez écrit ces deux paragraphes articulés autour d’une nécessaire synthèse pratique et compréhensible à tous.

     ***********

    La synthèse est donc le lieu où scientifiques et citoyens sont appelés à se rencontrer car elle est le lieu ou s’ordonne l’envahissante richesse du réel et où se dégage ce qui le rend accessible, intelligible. Elle est d’une absolue nécessité car sans elle, sans cette rencontre entre chercheurs et citoyens qu’elle permet, la science reste sans conscience et ne peut mener qu’à la « ruine de l’âme » humaine, prête qu’elle est à servir tous les projets frankensteiniens de la technocratie machinique.
     
    Ceci veut dire que la rencontre entre citoyens et scientifiques ne saurait se réaliser comme spectacle, avec un public simplement consommateur. Tout au contraire, il importe que le public soit acteur, ou plutôt, agent contribuant effectivement à la synthèse. Il en a les moyens car, nous avons commencé à le comprendre avec le web 2.0, l’intelligence est un processus collectif. Un peu d’histoire des idées suffit pour soupçonner qu’il n’y a pas plus d’intelligence et de rationalité chez les scientifiques que chez le commun des mortels

    ***********

    Voilà le topo que je propose de vos motivations et de votre entreprise


    Mon propos est alors de vous dire que si dans le domaine de la seule recherche sur les anomalies mentales ou sur le seul autisme, le concept d’intelligence collective ne heurte que le doctorisme et l’autoritarisme, donc le seul narcissisme et la situation des professionnels qui sont payés pour produire de l’intelligence, ce même concept, dans ses divers développements, finira par heurter le principe judiciaire qui veut une seule tête à couper, un seul responsable, une seule intelligence, même pour un fait impliquant plusieurs personnes. 

    Alors que vous êtes tout concentré sur l’installation de votre concept d’intelligence collective en n’y voyant que son effet positif sur la meilleure compréhension des maladies mentales, je déboule en alertant que des développements de ce concept heurteront forcément le principe de notre Justice et vous en êtes surpris car vous ne voyez pas le rapport.

    Je vous propose de partir de la problématique judiciaire pour voir comment elle pourrait être perturbée par votre concept s’il était adopté.

    La Justice s’exerce au nom d’une intelligence collective tant en termes de dommages commis par un fâcheux, qu’en termes de torture à lui infliger en retour. Elle s’exerce en ces termes mais par le biais de docteurs de justice dont la parole est d’une autorité inexpugnable.
    La Justice ne peut pas, au nom d’une intelligence collective, juger et condamner cette intelligence collective. 
    Elle ne peut juger et condamner que des individus considérés comme séparés ou isolés de l’intelligence collective : « Nous te jugeons, Nous te condamnons, toi le out group »
    La Justice doit toujours isoler le justiciable de la masse qu’elle prétend incarner et servir.


    On pourrait m’objecter qu’il y a un monde entre l’intelligence collective et la responsabilité collective, ou que les méfaits d’un individu tiennent précisément de ce qu’ils ne relèvent pas de l’intelligence collective, mais je demanderais alors quelle collectivité on considère.

    Avant que l’une des deux soit exterminée, n’y avait-il pas au minimum deux collectivités la veille de la saint Barthélemy ? 
    En Indochine, en Algérie de 1960, combien y avait-il de collectivités sinon au moins dix ? 

    Dans toute affaire de Justice, les avocats tendent à exposer le fait de l’intelligence collective ou son impact sur l’accusé « Il vient d’un milieu qui... »

    Diderot, Voltaire auront procédé de la sorte pour rompre l’isolement du Chevalier de la Barre dans lequel l’accusation le plaçait.
    Parce que l’accusation a isolé l’accusé, la défense a tenté de le rattacher à la collectivité ou à une collectivité. « Ce qu’a fait le Chevalier, d’autres collectivités n’y voient pas matière à reproches, alors pourquoi votre collectivité s’acharne t-il autant à l’isoler de tous ? Pourquoi votre collectivité expédie-t-elle le Chevalier vers la seule collectivité absolue qu’est celle des morts ? »
    Réponse des juges « Vous inventez une collectivité à laquelle appartiendrait le Chevalier or elle n’existe pas. Il n’existe qu’une seule collectivité, celle que nous représentons et le Chevalier s’en est exclu de lui-même »

    C’est pour cela que quand on veut élever une protestation, il vaut mieux le faire au nom d’un collectif, d’une intelligence collective qui s’est officiellement annoncée et réalisée, une association, un syndicat, un parti politique.
    Autant d’associations, autant de regroupements d’intelligences collectives.

    Malgré ces précautions, la Justice trouvant toujours un biais pour isoler le prévenu, bien des leaders de collectifs se retrouvent seuls à la barre puis derrière les barreaux.

    Parce que j’estime que votre concept démontrera trop bien que les individus sont psychologiquement rattachés à Nous Tous (dans tous les sens : actifs et passifs ; ontologiquement et phylogéniquement ; pour le meilleur et pour le pire ; au passé, au présent et au futur) et que les responsabilités de chacun sont tout autant rattachées à la collectivité, les avocats l’embrasseront et la Justice en sera embarrassée.




    Par ailleurs et plus accessoirement.

    Lorsqu’on considère Wiki, on peut y voir une production utile, consensuelle, une réussite sans équivoque née de la rue. De là, on pourrait en déduire que des solutions apportées par l’intelligence collective sur le sujet de l’autisme seraient tout aussi utiles et consensuelles.

    En fait la rue produit bien des choses faisant débat voire polémique. Les tags, le rap, le mariage gay, le naturisme, le gothisme, le hooliganisme, l’épilation intégrale, le divorce, le suicide, le libertinage, l’échangisme, le marché noir,...
    Et la Justice y met son nez. En isolant toujours ceux qu’elle interpelle. En individualisant leur cas.


    La séparation entre les deux sortes de productions se voit par la doctorisation. Lorsque quelque chose surgit de l’intelligence collective, tant qu’aucune doctorisation n’a pu s’y installer, cette chose sera dénigrée par la Justice. Une fois doctorisée, elle servira la Justice.

    Justice et doctorisés marchent donc de concert. Les docteurs ou experts sont toujours des auxiliaires de Justice et jamais un psychiatre expert ne dira d’un justiciable qu’il a agit en étant porté par quelque intelligence collective, pas même de petit collectif.

    Alors que la psychiatrie admet parfaitement l’ontologie familiale et sociale de notre psychologie, donc une étiologie aussi familiale et sociale de nos déviances, elle nous abandonne à l’isolement en responsabilités pour aider la Justice à nous juger isolément. Ou alors elle nous déresponsabilise complètement pour nous envoyer à l’asile. Elle ne fait rien pour convoquer la famille et la société à la barre.



    Je crois en l’intelligence collective. Ramenant cette intelligence collective à la surface d’un lac, je crois que chacun de nous est une goutte de pluie tombant dessus, chacun de nous participant au chaos global et le subissant aussi. Juger du plic de l’un de nous en l’isolant du point de vue de ses responsabilités et en collectivisant au contraire les doléances « Toi responsable, Nous victimes », n’est évidemment pas juste. Mais comme ça ne conduit au sacrifice que d’un seul, ceux qui en réchappent y voient une reconnaissance de leur ploc. Chaque jour le sacrifice d’un bouc confirme le sursis de tous les autres qui se sentent alors davantage vivre.


    Les individus, surtout dans les cités, ressentiraient assez fortement un doute sur leur état de vivant s’il n’y avait pas le principe du bouc émissaire. L’unique plaisir que pourrait tirer une personne parvenue en ce Paradis où il ne se passe plus rien, où l’on n’éprouve ni faim ni soif ni désir ni frustration, tiendrait dans son regard sur le fait qu’elle aura échappé à la torture de l’enfer. 

    Pareil sur Terre, il me semble que chacun tire un plus grand plaisir de vivre en réalisant chaque jour qu’il échappe à quelque lapidation « Ouf, aujourd’hui la lame est encore tombée sur un autre bouc ! J’ai de la chance, j’ai de la chance ! »
    Je ne sais pas comment nommer ce sentiment très secret. Sadisme, égoïsme, cruauté, soulagement ? Non, c’est autre chose mais ça ne porte pas encore de nom. Le chancisme peut-être.




    Accessoirement toujours :
     
    L’ipséité dont je parle est cette impression que nous avons probablement de façon innée d’être en chaque instant, à chaque réveil, la même personne qu’hier. En dépit d’un mal de dos en moins, d’un divorce en plus, de cheveux en moins, de rides en plus. 

    Ce n’est pas un sentiment si logique qu’il pourrait en avoir l’air.
    Même nonobstant le fait que nous grandissons de taille, que nous changeons de visage, que toutes nos cellules, sauf les neurones, sont changées régulièrement. Même si nous étions strictement identiques physiquement, il n’irait pas forcément de soi de ressentir chaque matin qu’on est la même personne qu’hier. Et pourtant cette impression existe bel et bien.

    Le fait est qu’il arrive que cette impression s’estompe ou n’existe plus.
    Déjà, il nous arrive souvent de nous réveiller en nous demandant où nous sommes. mais en plus, à la suite d’un choc à la tête, il nous arrive de ne plus savoir qui nous sommes. Il nous arrive aussi de dire « Je me sens un autre homme ». Et puis il y a l’empathie qui nous envoie souvent dans la peau d’un autre « Je me mets à ta place »

    J’estime qu’il faut qu’il y ait quelque mécanisme mental pour ressentir cette ipséité et je ne serais pas étonné qu’une panne de ce mécanisme produise des individus dont on dit qu’ils auraient plusieurs personnalités.

    Et je disais donc qu’outre le fait que ce sentiment nous soit probablement naturel et qu’il nous arrive parfois de moins le ressentir, la Justice tient à nous considérer comme étant absolument la même personne aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Si notre ipséité était imparfaite, si elle n’existait pas, la Justice se chargerait de nous l’imposer. 

    La Justice se sert grandement de cette ipséité pour isoler l’individu « Tu es toi, personne d’autre. Tu n’es rattaché à rien »

    Votre concept de pensée collective contrarierait aussi cette ipséité dont la Justice a besoin pour torturer aujourd’hui de bon droit un corps et très isolément un esprit qui a fauté 30 ans plus tôt.



    Voilà à quoi se heurterait, à mes yeux, votre concept d’intelligence collective en ses extensions qui déborderaient de la seule recherche sur l’autisme.
    C’est le seul obstacle mais je le crois insurmontable.
    Voilà pourquoi, à mes yeux, ce concept qui a pourtant ses réalités, serait constamment dénié et bien avant d’atteindre l’enveloppe du judiciaire. Vous ressentirez des réticences à son adoption, on vous opposera mille prétextes, on ne vous dira pas l’os judiciaire, mais ce sera bien lui qui suscitera les levées de bouclier.







  • easy easy 23 février 2012 18:11

    Avec vous, inutile de faire dans le pas-à-pas.

    Je diagonalise alors en exposant qu’il existe dans notre société un empêchement à l’avènement d’une conception des choses telle que vous la proposez.

    Cet empêchement nous saute à la figure à la barre des tribunaux.

    Le système est tel qu’il ne faut décapiter qu’une seule personne pour chaque méfait constaté. Plus il parvient à ne brûler qu’un seul bouc, plus le système se régale de sa capacité à tout mettre sur le dos d’un seul coupable.
    C’est ce principe et lui seul qui permet d’isoler le juge du coupable. Le champagne pour le juge, la corde pour le coupable.




    Le sentiment d’ipséité nous est probablement inné et nous aurions toujours vécu seul sur une île déserte, nous l’éprouverions probablement. Ainsi isolés, probablement refuserions-nous parfois cette ipséité. Peut-être que certains jours, nous nous verrions comme ayant changé, comme étant devenu un autre, comme étant un autre ou comme étant nouveau-né à 30 ans

    Or la Société nous oblige à une ipséité absolue. Et cela uniquement, parce qu’elle veut que nous répondions de nos actes passés sur notre tête actuelle, avec notre corps actuel.

    Il est possible que les autistes et schizoïdes aient des difficultés innées à ressentir cette ipséité aussi nettement que les autres. Si c’est bien le cas alors l’imposition à l’ipséité absolue par le corps social doit les choquer et les autister. « Ce n’était pas vraiment moi »

    Mille fois mille fois, on nous aura martelé qu’il faut accéder au Je, donc à l’ipséité parfaite. Même le « To be ou not to be » est ) entendre Je par Je

    Cela, quelques fois pour recevoir une médaille en chocolat, mais le plus souvent pour être fusillé au titre du « Toi responsable unique tel que défini par ton corps qui commence à tes cheveux et qui finit à tes orteils »

    Je serais enchanté qu’enfin on admette la pensée collective ou le fait que la pensée individuelle est très fortement reliée à la pensée collective. Je serais enchanté qu’à la barre comparaisse toujours une pyramide des responsabilités, que César, Mao, Johnny et Napoléon soit toujours convoqués et co inculpés aux côté des Dupont qui conduisent sans permis ou qui égorgent derrière quelque palissade. 

    Mais qui restera alors intact de toute responsabilité pour pouvoir juger tranquillement cette pyramide de gens et les envoyer en prison ?



  • easy easy 23 février 2012 17:26

    Bienvenue à bord Kaméléon

    Vous me semblez si timide ou intimidé que j’en suis à hésiter à le dire.


    Ici vous dites que Luc-Laurent surfe sur l’actualité. Ca peut donner à entendre qu’il se contente de glisser sur la surface des choses.

    Mais s’il vous a incité à intervenir enfin, c’est sans doute que ce n’est pas ce que vous voulez dire.

    Quoi qu’il en soit, ça vaut pour d’autres et très certainement pour Luc-Laurent, il utilise ou profite des sujets d’actualité pour surfer quelque billet dessus mais c’est toujours pour y dire son profond. Il a du lourd à exprimer et soucieux d’être compris, digesté, il passe par le biais de tout ce qui semble intéresser les gens pour faire surgir des réflexions aussi profondes que singulières qui méritent largement d’être connues.



  • easy easy 23 février 2012 17:08

    Je connais d’autant les expériences d’Asch (1950) et de Milgram (1960) que ce dernier avait écrit sur le phénomène de soumission à l’autorité certes lors de la Shoah mais aussi lors de la guerre de Corée et aussi lors du massacre de My Lai au Vietnam (1968)

    Sur ce sujet je préfère les expériences démontrant notre stratégie face au groupe à celles qui démontrent notre stratégie face à un chef. Je substitue à l’habituel mot « soumission » que je trouve trop déresponsabilisant et victimiste, celui de « stratégie ». Je crois que sauf à avoir un pistolet sur la tempe ou des chaînes aux chevilles, on agit non par soumission mais par stratégie.




    «  » Il est vrai que nous sommes des êtres adaptatifs, et que l’image que nous renvoie l’autre de nous même est fondamentale dans notre histoire et nos évolutions.«  »«  »


    Votre assertion serait parfaitement entendue par les sauvages.
    Jusqu’à son dernier mot.
    Vous avez utilisé ici le mot évolution dans le seul sens de changement, de différent, sans sous-entendre un jugement de valeur. Il n’y a pas de « demain mieux qu’hier » dans vos propos. Même dans ce sens a-valoriste, il serait assez peu compréhensible à bien des non gréco-romanisés.


    Depuis Aristote, ce mot est le plus souvent porteur d’un jugement de valeur en « Demain mieux qu’hier » et mieux à tous égards depuis le confort jusqu’à la moralité en passant par la justice ou le droit.

    Ce sens progressiste du mot évolution, c’est certain, les sauvages que j’ai connus ne le comprenaient pas.

    Rien que le salaire temps passé ou au poids de feuilles récoltées était à l’époque un concept qui était à la limite de les autister. Si ce n’était par cette cueillette dans notre plantation, ils ne pratiquaient que très peu de commerces avec les Viets et préféraient en tous cas le troc forfaitaire.

    Comme les Aborigènes d’Australie, ils étaient perturbés par la question « Combien as-tu d’enfants ? ». Ils répondaient « Bin, il y a Joseph, Hélène et Léon » « Certes mais alors ça fait combien ? » « Bin euh, Joseph, Hélène et Léon »

    Ils pratiquaient des jeux de société sans principe d’accumulation et on n’en sortait jamais clairement vainqueur. On avait joué, villageoisement joué, c’est l’essentiel. Même entre Viets, entre équipes des différentes plantations, quand on jouait au volley-ball, on ne comptait pas. On se félicitait d’avoir joué aimablement ensemble, c’est tout. Et plus tard, j’ai été choqué quand j’ai vu qu’en France on comptait des points. Ca m’a paru très inamical. 

    (Les colonisateurs avaient très souvent enseigné la marelle aux enfants indigènes afin de les initier à différentes notions : les chiffres arabes, les principes comptables et d’accumulation, le carré, l’empilement, la croix, le transept, l’église, la symétrie, la dualité, le progrès, la conquête, la frontière, le territoire, la propriété foncière, l’ascension sociale, la victoire, le paradis, le mérite, l’élitisme, le cataphatique...)

    L’évolution au sens de « Demain mieux qu’hier » n’a été probante que sur le plan du confort (armement inclus). C’est alors le confort qui valide à lui seul tous les champs du mieux. Le mieux du confort certifie le mieux de la Justice, le mieux de la politique, le mieux de la morale, le mieux de l’éthique.

    C’est en saucissonnant le mieux global et en ne considérant principalement que le mieux confort que nous parvenons à nous convaincre de notre progrès global.
    On fait semblant. Car dès qu’il apparaît que le confort matériel régresse, on ressent le naufrage spirituel.
    Quand on retire son smartphone à quelqu’un, il panique tant ce seul appareil résume le progrès global.


    Il ne sert à rien de continuer à courir après la solution de progrès. Il vaut mieux en abandonner l’illusion et se contenter de l’étant. Le « da-sein » suffit et n’a pas besoin d’être de progrès.

    Dire que le progrès n’a jamais été indispensable ne veut pas dire qu’on le pourchasserait désormais. Ca veut seulement dire qu’on ne sera pas dépité de ne pas progresser et qu’on ne verra aucun inconvénient, aucune honte à revenir éventuellement à des formules de vie ayant convenu aux anciens.
    Mais renoncer au concept de progrès implique de renoncer aussi à l’arrogance et au sentiment de supériorité culturelle.



  • easy easy 23 février 2012 13:09

    Bonjour Bakerstreet,

    Vous avez compris le fond et c’est l’essentiel.

    Mais comme de ce côté-ci du mur nous sommes particulièrement curieux, je vais en raconter plus sur la forme.

    Au Vietnam, comme en Chine et ailleurs, il y a 54 ethnies. Et comme souvent, elles se répartissent en altitude. La plaine pour les Viets (90% de la population totale), la basse montagne pour 30 ethnies et la montagne plus haute pour le reste. (Les altitudes de plaine étant partout très favorables à l’émergence de cités et aux batailles rangées)

    Ma famille est Viet.

    Mais ma grand-mère, polycommerçante, avait eu une très singulière envie de prendre part au commerce international monopolisé par les colons français en créant une plantation de thé à partir de jungle à défricher dans les plateaux de Dalat. 

    Les planteurs Français, portés par un esprit moderniste, mécaniste, machiniste à la Jules Verne-Citroën, visaient le plus souvent la plantation d’hévéas qu’il vaut mieux planter en plaine et de manière romaine, bien alignée. Comme les ethnies montagnardes répugnaient tant à descendre dans les plaines qu’à saigner les arbres et même à fréquenter les Viets parce que ces derniers polluaient l’eau en chiant n’importe où, les planteurs français n’employaient que des Viets (Cf le film Indochine).

    Inaugurant une plantation de thé en zone haute, sur un terrain tout en collines, ma grand-mère pouvait négocier la cueillette des feuilles aux montagnards qui étaient enchantés de faire un travail leur convenant complètement. Il leur fallait uniquement changer la taille de leur hotte habituelle, s’en fabriquer des plus larges pour y jeter les feuilles par-dessus l’épaule. Et ça intéressait surtout les montagnardes qui n’avaient pas à manier d’outil, ni à se courber et qui pouvaient donc cueillir tout en portant aussi leur bébé dans un tissu contre leur poitrine. Ces femmes étaient robustes, une hotte de feuille pèse bien moins qu’une hotte de raisins et ces conditions de travail les enchantaient. Elles étaient entre elles, pouvaient porter leurs bijoux tintinnabulants, papoter, chanter, sans avoir le moindre contremaître sur le dos et surtout sans subir la pression méprisante de Viets à leurs côtés. (Car l’équivalent de notre insulte « Bouseux » était là-bas « Montagnard »)
    Après environ 4 h de cueillette, mon oncle battait une jante pour leur indiquer au loin qu’il était l’heure de rentrer pour le pesage. Elles rentraient vers la théérie, chacune faisait peser sa hotte, en était immédiatement payée et mon oncle les reconduisait avec son Unimog vers leur haut village.

    Cette situation impliquait donc un respect total des différences et timidités des ethnies montagnardes de la part de ma famille Viet. C’était le point capital pour que l’exploitation puisse fonctionner.

    Mes oncles Viets se sentaient donc progressivement bizarres, singuliers, marginaux, par rapport aux autres Viets puisqu’ils n’utilisaient pas le mot « Montagnard » comme injure et qu’ils fréquentaient des farouches, des sauvages (qui n’ont jamais eu d’autre armes que l’arbalète de chasse tirant des flèches de bambou très légères ne méritant pas le terme de carreau)

    Au fil des années, mes oncles s’étaient mis à aimer de plus en plus ces sauvages (l’ethnie Hmong, très connue, est très habillés alors que l’ethnie de notre plantation était la plus nue d’entre toutes). Ils ressentaient ce qu’avaient ressenti les révoltés de la Bounty en découvrant les Tahitiens.

    Et c’était de plus en plus souvent que mes oncles allaient passer un moment dans les villages de huttes sur pilotis de leurs employés. C’est alors que je les accompagnais et que j’observais leur mutation supplémentaire. Une fois sur place, ils avaient tout des montagnards, plus rien des Viets.
    Et pour moi, enfant, cette mutation était encore plus facile à accomplir. J’appréciais non seulement la vie des montagnards mais aussi la mutation, le dépouillement, l’abandon de toute arrogance de mes oncles.
    Loin d’y apporter nos manières, nous fusionnions avec ces sauvages pour jouer à leurs jeux de société, pour parler leur langue, faire leurs gestes.
    Même le Zippo n’était pas de mise au moment de fumer.

    Et lorsque nous rentrions à la plantation, face aux nôtres qui ne s’étaient pas permis ces escapades transculturelles, mes oncles et moi ressentions à la fois une culpabilité et un contentement complice. Il y eut souvent des disputes à mon sujet, mes tantes exposant qu’il n’était pas bon de m’entraîner à ces sauvageries, mes oncles s’efforçant d’exposer que je n’en étais pas affecté. A moi de faire alors peuve de vietnamité entière pour rassurer ces dames.



    Du coup, quand je suis face à des gens qu’ici on appelle malades mentaux, j’ai le réflexe de m’adapter à leur grammaire. Je suis certain que je me méprends pour une part. Il existe très probablement un dysfonctionnement mental chez eux puisqu’ils ne pratiquent jamais la même langue et ne s’entendent pas bien entre eux. Ils ne sont donc pas des montagnards pratiquant entre eux la même grammaire. Mais comme pour une autre part, comme je parviens tout de même à établir avec eux une relation équilibrée dans un cadre de binôme et parfois même de groupe (6 schizophrènes + moi), je m’en contente.




    Dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, il y a une scène sur un bateau. Ils s’entendent car ils sont soulagés de leur problématique commune : Ils n’ont pas à subir le sociétisme. Ils n’ont pas à jouer le jeu de la société, à servir dans quelque tuyauterie sociale, à pratiquer la grammaire sociale utilitariste, efficace, rentable, productive.

    De cette situation qui leur est particulièrement favorable, du soulagement de chacun et donc du Nous qui se regarde, il surgit une intelligence et chacun ressent la joie de participer enfin à cette classe ou colonie d’intelligences. 

    Trop préoccupé par la sécurité de tous, trop grave, je ne suis pas capable de produire du Jack Nicholson. J’ai organisé des parenthèses moins dangereuses avec mes amis schizophrènes et c’était un ravissement (Etant entendu que je gérais, l’air de rien, toute la logistique).

    Je vois un continuum de cas entre Le Cercle des poètes disparus ; Danse avec les loups ; Mission ; Easy rider ; Birdy ; Billy Eliot et Vol au-dessus d’un nid de coucou.

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