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Gérard Ayache

Gérard Ayache

Gérard Ayache a enseigné la communication et l’information à l’Université de Paris 1. Il est un spécialiste de l’étude de l’information et conseille depuis plusieurs années des entreprises, des organisations publiques, médiatiques ou politiques. Il dirige l’Institut Infométrie, dont la vocation est l’étude des comportements sociétaux, des systèmes informationnels et des technologies avancées de l’information.
Son dernier livre, Homo Sapiens 2.0 - Introduction à une histoire naturelle de l’hyperinformation, est publié par les éditions Max Milo. Il paraîtra en mai 2008 (blog : http://www.homosapiens2.com)
Il a aussi notamment publié, La grande confusion (France Europe Editions, 2006), L’image des multinationales (PUF), La bataille des images (Larousse).

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  • Premier article le 28/06/2006
  • Modérateur depuis le 04/07/2006
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Ses articles classés par : ordre chronologique













Derniers commentaires



  • Gérard Ayache Gérard Ayache 12 juillet 2006 18:33

    D’accord avec vous sur le point qu’Internet n’est pas seulement un média. En revanche, Internet ne peut pas être un territoire car il est un réseau.

    Le territoire se définit en termes de surfaces ; le réseau en termes de points et de lignes. Le territoire appelle des sédentaires, le réseau est l’espace du nomade. Sur le territoire on construit en dur, on s’installe dans la durée ; dans le réseau on privilégie les fluides et les flux, on circule de branche en branche et de noeuds en noeuds, on crée des interconnexions éphémères ; cependant, on peut y produire du réeel et pas que du virtuel. Le territoire est forcément borné, le réseau est ouvert, sans intérieur ni extérieur. Le territoire circonscrit un groupe humain (nation) organisé par une structure (Etat) et des principes de droit ; le réseau est une géométrie multidimensionnelle qui intègre les positions dans le réseau et les interconnexions au réseau.(lire)

    L’émergence d’internet crée un dédoublement du monde dans lequel territoire et réseau se combinent, dans lequel des formes nouvelles d’identification et de solidarité se dessinent.L’hyper-information numérique a provoqué l’apparition d’espaces complexes qui vivent et qui sont engendrés perpetuellement pas l’action des hommes. Ces nouveaux espaces multidimensionnels appellent de nouvelles formes de pensée, très éloignées de la reproduction des schémas inadaptés comme ceux d’une (double)nationalité ou d’une organisation juridique constitutionnelle.



  • Gérard Ayache Gérard Ayache 7 juillet 2006 13:10

    Bonjour Monsieur Reboul La lecture de votre intéressant article m’incite à proposer un petit focus sur le vocable « libéralisme ».

    Le libéralisme d’aujourd’hui n’est pas celui d’Adam Smith ; sa conception de la liberté n’est pas celle des penseurs des Lumières. Le libéralisme actuel, que d’aucuns appellent selon les circonstances ou les points de vue ultra-libéral, néo-libéral ou libéral tout court, est une déviation conceptuelle de la théorie libérale classique. La divergence ne se produit pas sur un détail ni sur un aspect théorique anecdotique ; elle se manifeste sur un point essentiel : la conception de la sphère publique.

    Adam Smith a consacré l’essentiel de son œuvre à démontrer que l’idée de souveraineté moderne était inséparable de l’économie. Pour lui, l’économie est l’explication de la vie en société ; toute société humaine est fondée sur des relations marchandes. Il s’agit d’un caractère naturel et irréversible. Mais néanmoins, cette primauté ne signifie pas pour autant que les relations interindividuelles soient essentiellement commerciales ; les sociétés politiques trouvent certes leur origine dans l’économique, mais elles s’établissent sur des relations plus complexes, dont la plus évidente est celle de pouvoir et d’autorité. Une société possède donc nécessairement un pouvoir politique, c’est-à-dire une organisation comprenant un gouvernement, des lois, des règlements. Dans le système libéral classique, la liberté est garantie par l’État et l’opulence est permise à tous. Retenons que, dans cette idée, l’État joue un rôle central.

    Dans les années soixante, Milton Friedman approfondit l’idée libérale moderne. Il explique que l’État, représentant de l’intérêt général, ne peut être le garant de la liberté individuelle ; au contraire,, il la limite, alors que l’économie de marché en fait sa valeur suprême. Pour Friedman, l’État ne possède pas de fonction politique légitime, il est même néfaste. Il admet certes l’idée d’un gouvernement, « mal nécessaire », mais uniquement cantonné dans la mise en œuvre d’une règle du jeu -on ne parle pas de lois- destinée à régulariser le libre jeu du marché et à garantir la pérennité des actions individuelles. Tout ce qui n’est pas du domaine de l’individu est condamnable ; les syndicats, les partis, les collectivités sont hautement dommageables au libre jeu du marché. Cette pensée marque une rupture avec la théorie libérale classique. Désormais, la sphère publique est considérée comme un obstacle qu’il faut progressivement anéantir. (voir la citation de Pascal Salin dans mon article publié hier sur « la nouvelle équation philanthropique »)

    Cette pensée libérale moderne va progressivement s’enrichir et mener son expansion partout dans le monde occidental. La clé de son succès réside d’abord dans une phrase slogan répétée à l’envie, puis admise comme une vérité simple : There is no alternative. Il n’y a pas d’alternative aux principes du néolibéralisme, tout le monde, partisans ou opposants, doit s’adapter à ses normes. La deuxième clé réside dans la confusion délibérément entretenue entre ‘libéralisme’ et ‘néolibéralisme’. Le terme ‘libéral’ bénéficie des connotations positives de son origine française du siècle des Lumières ; il fleure bon Rousseau, Condorcet ou Voltaire. Le choix de ce terme constitue un écran sémantique dont le statut résulte de ce que Bourdieu appelle une « gigantesque allodoxia » c’est-à-dire la tactique rhétorique qui fait prendre une chose pour une autre. Dans cette logique, tout le monde est illusionné, ceux qui y croient comme ceux qui n’en sont pas. C’est notamment un des symptômes de ce que j’appelle « La grande confusion ».



  • Gérard Ayache Gérard Ayache 6 juillet 2006 22:12

    En partie oui, car la modernité dont nous parlons est en réalité ambivalente : elle va vers des formes bizarres de néo-médiévalisme et , en même temps, elle envisage des formes où l’Etat en voie de disparition laisse la place à la prise de conscience que les humains habitent tous le même vaisseau spatial. Les deux formes coexistent. Elles sont même consubstantielles. C’est ce qui crée la confusion actuelle de nos sociétés..



  • Gérard Ayache Gérard Ayache 6 juillet 2006 14:58

    Ce que vous dites est juste... si nous restons les mains liées à nous lamenter. En réalité la bataille pour le maintien de l’hypermonde en l’état ou pour sa mutation est en train de se dérouler sous nos yeux. Vous voulez des exemples ? Il y en a des dizaines : bataille pour la gratuité de l’information, bataille pour l’eau, bataille pour les médicaments, bataille pour d’autres énergies que les énergies fossiles, bataille pour la diversité des cultures, des langues..., bataille pour le déploiement d’une collectivisation des savoirs, bataille pour reconquérir une histoire et envisager un futur, etc...



  • Gérard Ayache Gérard Ayache 6 juillet 2006 14:27

    Si j’emploie le terme d’Hypermonde, c’est pour bien le différencier du vocable désormais banalisé de « mondialisation » qui ne renvoie en général qu’à une seule modalité : l’économie. Le concept d’hypermonde est plus complexe car il est le produit du marché ET de l’hyperinformation. les deux éléments, marché et hyperinformation sont à la fois les causes et les produits de l’hypermonde. L’hypermonde n’est pas une forme extérieure ; il n’a d’ailleurs ni intérieur ni extérieur puisqu’il absorbe dans le même concept les États, les nouvelles formes supra-nationales, les sociétés et les individus, l’espace et le temps désormais réduit à un présent éternel. Il crée le monde réel et modifie non seulement les interactions humaines mais la nature humaine elle-même. Nous sommes loin de la mondialisation et de ses avatars comme l’impérialisme. Il faut comprendre la nature de cet hypermonde pour mieux agir ; non pas en le renversant puisque l’hypermonde n’est pas le pouvoir, mais en l’accordant pour créer une nouvelle harmonique. Aujourd’hui l’hypermonde est une triade : marché libéral (ds lequel la liberté dominante est celle de l’échange commercial / hyperinformation/Individu (au sens d’individu consommateur, téléspectateur etc.) Demain l’hypermonde pourrait être formé de cette triade : Liberté(s)et nomtamment liberté de non-domination privée / Hyperinformation (non réduite au seul spectacle mais à l’échange des savoirs et des intelligences) / Humanité, dans toute sa diversité et sa richesse. Utopique ? Non, car le mouvement de transformation est en marche, sous nos yeux... et nous en sommes ici les acteurs inconscients.

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