Scientifique, créateur d’entreprises. Observateur de la res publica depuis de nombreuses années, de plus en plus concerné et préoccupé par la tournure des évènements.
[...] c’est que les ouvriers au sens strict sont socialement plus minoritaires.
Tout dépend de la définition que vous donnez au terme d’ouvriers. Je crois qu’il faut ajouter les employés, inclus dans le terme travailleurs.
Il n’est pas du tout sûr que d’autres classes sociales auraient le courage de soutenir un mouvement social dur, bloquant le pays [...]
C’est une question ouverte. On ne saura qu’en essayant. Je remarque que des grèves se déclenchent dans le privé, ce qui est le signe d’une forte combativité. En même temps, j’ai appris avec beaucoup de tristesse que les caissières de Carrefour n’avaient rien obtenu après 15 jours de grève. Inversement, en Roumanie, Renault a complètement cédé devant la détermination des grévistes, après 3 semaines de grève, je crois. C’est pour moi la preuve qu’il faut durcir et fédérer les luttes.
Mais une logique seulement défensive - guerre de tranchées sur la ligne de front des acquis et des décennies passées - n’emporte pas mon adhésion.
Qui parle de ça ? La question actuelle est d’abord d’enrayer le processus de liquidation du contrat social français. Pour cela, il faut faire échouer le gouvernement sur une de ses réformes importantes. Ensuite, la question du pouvoir devra être posée, car, avec celui que nous avons actuellement, aucune adaptation socialement acceptable à la nouvelle donne énergétique et environnementale ne sera possible.
On ne peut pas trop reprocher aux syndicats d’avoir essayé de croire au "dialogue social" que rabachent le patronat et l’UMP.
Moi, je leur reproche. Comme Paul le rappelle très justement, le dialogue social devient un piège quand on n’a pas construit puis maintenu un rapport de forces. La situation actuelle, objet de cet article, le démontre définitivement. Personnellement, je n’ai plus envie de croire que c’est par naïveté que deux syndicats majeurs, ayant chacun à leur tête un secrétaire général chevronné (ni Chérèque ni Thibault ne sont des perdreaux de l’année), aient commis cette faute monumentale. De plus, ils refusent d’y remédier...
L’essentiel est dit dans votre article. Et comme la photo de Chérèque l’illustre bien !
La CFDT : du compromis à la compromission.
Si le Pouvoir se permet de brutaliser ainsi ce pauvre "idiot utile" de Chérèque, c’est qu’il sait deux choses. D’abord que la CFDT ne peut se retourner facilement, car il lui faudrait pour cela renier sa stratégie, sa ligne depuis 25 ans. Ensuite, c’est le propre des corrompus de ne pouvoir faire machine arrière et d’avoir à avaler des couleuvres toujours plus grosses. La révélation de la corruption provoquerait l’implosion du syndicat tout entier. Si les dirigeants de la CFDT avaient encore un peu d’honneur ou de morale, ils démissionneraient tous immédiatement. Le scandale qui les toucherait pourrait alors épargner le syndicat lui-même. Mais je crois plutôt que la CFDT a déjà tout son corps dans la poubelle de l’Histoire. Et le Pouvoir, dans sa hâte, referme le couvercle.
La CGT : sur la même voie ?
Sarkozy a dit récemment qu’il était possible de s’entendre avec la CGT. Dans le contexte actuel, cela ne peut avoir qu’une signification : la trahison de ce syndicat aussi. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que la réponse au coup de force du Pouvoir était simple et rapide : CFDT et CGT auraient dû retirer immédiatement leur signature à l’accord qui a servi de cheval de Troie. Mais, à ma connaissance, ni l’une ni l’autre ne l’ont encore fait...
De plus, nous sentons tous que les salariés - autant du Privé que du Public - sont déterminés à engager une confrontation dure avec le Pouvoir. CFDT et CGT détournent - volontairement - cette combativité par des actions ponctuelles, des grêves et manifestations catégorielles d’une journée, totalement inefficaces.
Trahis par les politiques et par les syndicats, il nous faut donc reconstruire de nouvelles organisations qui nous représentent vraiment et trouver de nouveaux porte-parole.
La mode libère la femme, nous dit-on... Et dans le même temps, dans le même pays, on répudie une femme parce qu’elle n’est pas vierge.
Juste après 68, lors de la visite d’un musée présentant, entre autres, des robes anciennes, un vieux militant me fit ce commentaire que je n’ai jamais oublié : les riches pétaient dans la soie pendant que les pauvres suaient dans la bure.