Né en 1968, j’ai suivi des études secondaires artistiques. J’ai ensuite effectué un parcours autodidacte et touché à divers domaines, tant « manuels » qu’ « intellectuels », ce qui me permet de dire que cette distinction entre l’un et l’autre est parfaitement factice, car l’un ne va pas sans l’autre.
Faudrait m’expliquer en vertu de quelle action elle est « de gauche ». De quelle gauche on parle ? La gauche serpillère au pouvoir en ce moment à l’Élysée ? La gauche bobo ? La gauche caviar, peut-être ? C’est quoi, être à gauche, selon vous ? (vrai question, pour le coup)
Le lynchage populaire est un excès, nous sommes d’accord, mais se foutre de la gueule du peuple à tout bout de champs, c’est un excès au moins aussi indéfendable (je ne parle pas de vous, je parle de l’oligarchie et de ses nervis et autres zélotes).
Le goudron et les plumes était principalement destiné aux escrocs et aux bonimenteurs, à une époque où la justice se faisait essentiellement un colt à la main. L’évocation de cette vieille « tradition » populaire de nos jour n’est, vous vous en doutez, que l’expression du raz-le-bol de personnes en colère parce que le système les a rendu impuissant.
En ce qui me concerne, je ne suis pas communautaristes, je ne suis pas islamistes, je ne suis pas bobos gauchos, je ne suis pas homophobe, je ne suis pas catholique, je ne suis pas intégriste, je ne suis pas xénophobes ni antisémite et je ne suis pas à Riposte Laïque.
Par contre, c’est vrai, je suis antisioniste. Mais ce n’est pas en vertu de mon antisionisme que je refuse de soutenir Caroline Fourest, comme je l’ai expliqué un peu plus haut.
Alors, vous dites que vous trouvez « dangereux pour la démocratie » que des islamistes aient perturbé la tenue du discours de Caroline Fourest. J’entends bien votre défense de principe, qui, si nous étions en démocratie, ferait peut-être sens (avec des nuances, toutefois). Mais nous ne sommes pas en démocratie. Au mieux, on peut appeler le régime français un »gouvernement prétendument représentatif« (sachant que ’démocratie représentative’ est un oxymore : par définition, la démocratie - pouvoir du peuple, par le peuple - ne peut pas être ’représentée’ ...). Et pour parler vrai, c’est une oligarchie ploutocratique déguisée en démocratie, dont le masque se craquelle un peu plus tous les jours (vous avez du vous en apercevoir, au moins un peu).
Aucune démocratie ne repose sur l’élection de candidats (même avec le suffrage universel), car le système électif, par définition, est oligarchique (élection et élite n’ont pas la même étymologie pour rien > élites = les meilleurs = aristos en grec ...). Carl Schmitt l’exprime en ces termes, très mesurés : « L’élection peut être une méthode démocratique si les élus sont traités comme des agents, des commis ou des serviteurs. Mais elle peut aussi être aristocratique si les représentants sont indépendants dans le sens accordé à ce terme par la théorie constitutionnelle, c’est-à-dire s’ils ne sont pas liés par des instructions ou des mandats impératifs ».
Depuis la révolution, et au travers des cinq réformes constitutionnelles que la France à connu, jamais aucune mesure visant à lier les élus à leurs promesses n’a été prise. Et pour cause : nous avons toujours eut l’inconscience de laisser les élus et les magistrats écrire la Constitution. Une Constitution qu’ils devraient craindre, puisque sa fonction première, essentielle en démocratie, est de limiter les pouvoirs, de faire en sorte que les personnes ayant du pouvoir en aient peu, pour pas longtemps, et n’en abusent pas. Lorsqu’ils s’emparent ainsi (en partie à cause de nous, nous ne devrions pas les laisser faire, moins encore les plébisciter d’une quelconque manière), de la rédaction de la Constitution, ils sont en flagrant conflit d’intérêt.
Donc, nous ne sommes pas en démocratie, et la défense de l’iségoria, bien qu’étant une valeur noble dans une démocratie, est dévoyée par les nervis de l’oligarchie en place, dont - volontairement ou non - Caroline Fourest fait partie. Par maladresse ou par volonté sournoise, elle sert objectivement le « diviser pour mieux régner » qui, de tout temps, a été l’arme de la minorité dominante sur la masse dominée.
Non, et je vais (essayer) de vous expliquez pourquoi. L’iségoria (droit de parole pour tous les citoyens, sur tout sujet, à tout moment), bien qu’il constituait à Athènes un précepte fondamental de la démocratie, avait une contrepartie, l’ostracisme. L’ostracisme athénien était une mesure prise en assemblée par les citoyens afin d’écarter, pour une période pouvant aller jusqu’à dix ans (si ma mémoire est bonne), un citoyen de la vie politique et de l’agora. Cela n’arrivait que lorsqu’un citoyen montrait un peu trop de verve et suscitait des polémiques qui, bien loin de mener à solutionner les problèmes, ne faisait que les renforcer, et par là semer le trouble dans la gestion de la cité, cela, en particulier si le peuple soupçonnait l’orateur de sympathie à l’égard des candidats au rétablissement de l’oligarchie (car ils avaient une vrai démocratie, eux ...).
De nos jours, l’ostracisme a pris bien entendu un autre sens et est perçu négativement. Il n’est plus à l’ordre du jour en politique, pourtant, il est toujours d’actualité dans les médias - et dans les coulisses des pouvoirs. Ainsi, par exemple, les mesures d’ostracisme prises à l’encontre du journaliste Thierry Meyssan, diabolisé par la presse et menacé par les services secrets français, et contraint à l’exil. Que dire de Dieudonné, Bigard, Kassovitz, ... ? Victimes du terrorisme intellectuel de l’intelligentsia parisienne et des coulisses des médias-mensonges.
Donc, d’un côté, le pouvoir oligarchique use (et abuse) de l’ostracisme, mais sans l’afficher ouvertement, donc insidieusement, pernicieusement, hypocritement et lâchement. Et de l’autre, il défend ses chiens (et chiennes) de garde lorsque ceux-ci sont pointés du doigt par le public. Il y a là un évident deux poids deux mesures qui font que le stricte respect de principes, même noble, devient de l’imbécilité, car il est évident que l’oligarchie joue de ces principes.
Un auteur oublié, l’écrivain français Maurice Joly, dans son Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, nous expliquait déjà (1864) :
« Le principal secret du gouvernement consiste à affaiblir l’esprit public, au point de le désintéresser complètement des idées et des principes avec lesquels on fait aujourd’hui les révolutions. Dans tous les temps, les peuples comme les hommes se sont payés de mots. Les apparences leur suffisent presque toujours ; ils n’en demandent pas plus. On peut doncétablir des institutions factices qui répondent à un langage et à des idées également factices ; il faut avoir le talent de ravir aux partis cette phraséologie libérale, dont ils s’arment contre le gouvernement. Il faut en saturer les peuples jusqu’à la lassitude, jusqu’au dégoût.
On parle souvent aujourd’hui de la puissance de l’opinion, je vous
montrerai qu’on lui fait exprimer ce qu’on veut quand on connaît bien
les ressorts cachés du pouvoir. Mais avant de songer à la diriger, il faut l’étourdir, la frapper d’incertitude par d’étonnantes contradictions,
opérer sur elle d’incessantes diversions, l’éblouir par toutes sortes
de mouvements divers, l’égarer insensiblement dans ses voies. Un des
grands secrets du jour est de savoir s’emparer des
préjugés et des passions populaires, de manière à introduire une
confusion de principes qui rend toute entente impossible entre ceux qui
parlent la même langue et ont les mêmes intérêts. »
Dès lors, dans cet état d’esprit que devait avoir un citoyen athénien en pareille situation, lorsque je repère un manipulateur ou une manipulatrice à la solde de l’oligarchie, j’estime être en devoir de dénoncer ses pratiques, et à tout le moins, comme je le fais ici, ne certainement pas la soutenir. Je veux bien être idéaliste, et je crois l’être. En revanche, je ne crois pas devoir, par idéalisme, devenir un idiot utile de l’oligarchie.