Ridicule. Le prix Nobel va à une découverte dont l’évaluation (dans tous les sens du terme, résistance aux réfutations, impact sur la science ou la vie quotidienne) prend du temps. Il y a également des prix pour les jeunes chercheurs, mais il n’ont pas la même signification.
En général les découvertes nobélisées sont d’une très grande importance, même si, au, cas par cas, certaines peuvent être discutées. L’attribution des Nobel permet à une audience plus large que celles des spécialistes de savoir quels sont les jalons important dans une discipline. On peut discuter de la façon dont les médias privilégient l’attribution du prix Nobel sur d’autres aspects de la science, mais il n’en reste pas moins que le prix a le mérite de représenter l’opinion des scientifiques et pas celle des médias (pas de prix Nobel pour les frères Bogdanoff ou Axel Kahn, par exemple).
L’article malheureusement n’analyse pas les causes profondes du mal-être au travail, qui sont spécifiquement françaises.
La première est l’excès de diplômes et d’années d’études universitaires en France ne débouchant sur rien, qui font que le bac + 5 se sent dévalorisé dans son travail. Or, au remède évident d’une réforme de l’université, les politiques craignant le syndrôme de mai 68 ont préféré parié sur une utopique modification de la relation au travail.
La deuxième est le dirigisme économique qui fait que la majorité des travailleurs est employée soit dans le secteur public soit dans des grandes entreprises très peu soumises à une concurrence nationale. Dans ce type d’institution la coopération pour la survie de l’entreprise n’intervient pas, toute l’énergie est dépensée dans la compétition pour le maintien du rang à l’intérieur de l’entreprise (c’est la situation décrite par Aegidius rex, spécifiquement française).
Malheureusement, il existe encore une partie de notre population, peut-être pas si importante numériquement, mais influente en terme de propagande, pour qui le terme libéral est un gros mot.
Un peu trop farfelu à mon goût. La vérité est presqu’aussi extraordinaire :
Au début des années 80, de jeunes médecins français (Rozenbaum, Leibowitch) décident de tester l’hypothèse que le SIDA serait du à un rétrovirus. Il vont voir un rétrovirologue français, Jean-Paul Levy, avec un prélèvement ganglionnaire de malade et lui demandent de travailler sur l’échantillon. Ce dernier les éconduit, et l’échantillon aboutit dans les mains de Luc Montagnier et de son équipe avec le succès que l’on sait.
En 1989, le gouvernement (socialiste) décide de créer l’Agence Nationale de Recherche sur le SIDA, et met à sa tête..... Jean-Paul Lévy. Des crédits phénoménaux ont été déversés alors sur la recherche contre le SIDA, tandis que dans le même temps, en l’espace de quelques années, la France perdait complètement son rang de leader. La situation aurait pu rester en l’état longtemps si une revue scientifique de premier plan américaine n’avait établi le triste bilan de la recherche sur le SIDA en France en 1998.
Extrait :« the French system stifles creativity, rewards mediocrity, and places serious obstacles in the way of young scientists seeking an independent career. »
A la suite de cette publication, y a eu un changement de tête à la direction de l’ANRS, mais sans bouleversement profond de la structure de pouvoir et de financement de la recherche sur le SIDA en France.
Article indigeste et mal documenté. Des affirmations trompeuses comme « Le 1er rang (du CNRS) ne reflète pas seulement le nombre de ses membres, mais également la qualité du travail qui y est fait ». De fait, le CNRS est en situation de quasi-monopole et les autres EPST (INSERM, INRA, etc) présentent les mêmes tares, qui sont une organisation hiérarchique colbertiste et un déficit d’évaluation lié au fait que, comme dans tout système hiérarchique, les personnes en situation de pouvoir sont juges et parties.
Dès qu’une réforme est envisagée, on entend des cris d’orfraie sur la liberté de la recherche alors que celle-ci n’existe plus depuis belle lurette, elle a été baillonnée par ceux-là même qui se présentent aujourd’hui comme ses défenseurs. La recherche en France n’a pu s’épanouïr que pendant les périodes de vaches grasses, quand les mandarins ayant prélevé leur tribut, il est resté quelque chose pour les autres. Mais ces années sont révolues.
Il n’y a pas de raison qu’un gouvernement élu accepte le poids d’une hiérarchie qui ne reconnait pas son autorité. Il faut comprendre le problème du chercheur lambda non syndiqué : on lui ordonne (il n’y a pas d’autre mot) de travailler sur des thématiques qui ont été définies par des apparatchiks, très politiques et syndiqués, mais ceux-là n’acceptent pas le controle du gouvernement élu et déclarent la recherche en danger chaque fois que l’on met en cause leurs prérogatives. Si ce n’est pas du totalitarisme, ça y ressemble.
@gourevitch
Le débat est peut-être émotionnel, mais la stratégie est construite : il s’agit de la même diabolisation de l’adversaire qui consiste à le faire passer pour un fasciste ou un nazi, ce qui est la méthode habituelle des ex-communistes et de l’extrême-gauche. Voyez qui a lancé, une fois de plus, la polémique.