N’oublions pas que les principaux outils de ce capitalisme de prédation sont les grandes monnaies internationales dont la création se fait par de la dette. Il a été démontré qu’il existe un lien direct entre la variation de la dette et le niveau du chômage qui est devenu la variable d’ajustement du modèle capitaliste depuis la mise en place de ces mécanismes monétaires à la fin du siècle dernier. Les dettes qui ne peuvent être payées ne seront pas payées et ce système vit probablement ses dernières années. il disparaîtra comme a disparu le modèle économique socialiste qui utilisait la pénurie comme variable d’ajustement. Il reste encore à imaginer un système qui privilégie la création de richesse.
« Vous êtes banquier ? » non et je ne tiendrais pas ce genre de discours si c’était le cas. La citation d’un de mes précédents commentaires dans le corps de l’article est assez clair sur ma situation.
@JL Je dirais plutôt : le mécanisme de création monétaire par ligne de crédit reste utilisable lorsqu’il n’y a pas de création de richesse, justement pour éviter l’inflation. Les mécanismes que j’ai décrit sont efficaces pour faire de la création de richesse mais pas pour anticiper un simple transfert de richesse. Lorsque les banques faisaient des prêts en billets, il n’y avait pas de création monétaire. Aujourd’hui, avec les monnaies scripturale, la création monétaire qui accompagne le prêt n’est contrebalancé que par une anticipation sur l’activité économique. Il faut donc rapidement détruire la monnaie crée (donc lors du remboursement). Il est important de maintenir le volume des prêts à un niveau stable et faible relativement à l’activité globale. Dès que le volume des prêts devient important, il a une influence sur la variation d’activité et donc sur le chômage.
@Renaud Delaporte « Le vrai choix se situe donc entre la dette et l’inflation… »
Je dirais plutôt entre la déflation et et l’inflation, mais en fait pas forcément. L’inflation arrive lorsque il y a trop de monnaie disponible relativement à l’activité économique. En France, nous avons connu l’inflation à une époque où la création monétaire se faisait sans réelles contreparties, juste parce que l’Etat avait besoin d’argent. Les économistes ont pensé avoir trouvé la martingale absolue contre l’inflation avec la création monétaire sur les lignes de crédit, mais la méthode s’avère créatrice de déflation, ce qui est pire encore.
En faisant de la création monétaire sur les fonds propres des projets, il y a une contrepartie réelle, même si une incertitude sur le résultat final existe. Cela peut être contrebalancé par une expertise et un contrôle de l’avancement des projets comme le ferait un actionnaire ainsi que par la mutualisation. Les mécanismes de fonte de monnaies peuvent également être utilisés pour compenser les projets qui ne réussissent pas ou pour compenser l’obsolescence ou l’usure des investissements. La fonte peut être comprise comme un impôt sur les masses monétaires inutilisées. La fonte n’est pas nécessaire lorsque la croissance de l’économie compense l’augmentation de la masse monétaire.
Le mécanisme classique de création monétaire par ligne de crédit reste encore valable en l’absence de création de richesse.
J’ai largement eu le temps de méditer sur les problèmes de financement de la création de richesse et mes intuitions sur le rôle de la monnaie ont été confirmées par la lecture du livre de Steve Keen : « l’imposture économique ». Il montre bien le lien entre la variation de la dette et le chômage, ce qui ouvre des perspectives intéressantes. En gros, pour qu’il y ait une croissance de l’activité économique, il faut plus de monnaie en circulation, et la création de monnaie se faisant principalement par des lignes de crédit, il faut augmenter la dette. Les intérêts deviennent ainsi rapidement une charge très importante, les emprunteurs essaie de diminuer la dette, ce qui cause une diminution de la monnaie en circulation et une augmentation du chômage. Les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, la crise est inévitable. La crise permet un redémarrage mais la dette augmente de nouveau et la crise suivante est plus forte et plus rapide. Nous en sommes là : 2000, 2008 n’est pas finie et la suivante est déjà en vue. Steve Keen propose alors d’annuler une grande partie des dettes. Cela créerait sans doute beaucoup de faillites dans les établissements financiers qui ont titrisé ces dettes mais obligerait les banques à s’intéresser un peu plus au financement de l’investissement.
Le Quantitative Easing lancé par la BCE est une tentative pitoyable de l’Europe pour transférer les dettes publiques vers les entreprises et les individus afin de limiter à court terme les effets de la crise. En augmentant la dettes des entreprises, les Etats espèrent toucher plus d’impôt par le rédémarrage économique qui devrait en résulter, ce qui leur permettrait de rembourser leur dette, mais augmente inexorablement le chômage à la fin lorsque les entreprises et les individus vont essayer de se désendéter.
La première erreur est de faire passer ce financement par les banques qui n’ont aucune raison objective de prêter plus aux entreprises. Le Quantitative Easing aux USA après 2008 n’a pratiquement pas été utilisé… on pourrait profiter de l’expérience.
La deuxième erreur est de continuer à financer l’économie par des prêts alors que la création de fonds propres serait autrement plus efficace. Le retour de dividendes plus tard permettrait de continuer à alimenter le financement. Il y a évidemment des incertitudes sur les chances de réussites, mais une mutualisation des projets permettrait de limiter le risque.
Pour une start-up qui ne produit que de l’incertitude, le financement par une ligne de crédit est totalement impensable. A ce propos, la BPI qui devait relancer nos PME n’est pas une banque. Elle n’a pas accès aux capitaux M0 de la BCE et doit se financer sur les marchés de capitaux au prix fort. La BPI est une machine à fabriquer de la dette ; on marche sur la tête.
Malheureusement, pour faire de la création monétaire sur des fonds propres, il faut changer les règles de fonctionnement de l’Euro et faire des réformes institutionnelles du secteur financier ; ce ne sera pas facile. La décision est politique et les financiers ont un poids exagéré dans la prise de décision en Europe. Et pourtant, il est indispensable de rétablir les banques dans leur rôle de mise en circulation du capital.