@Layly Victor Et pour finir sur l’ASN, quand bien même son action (et sa communication) peut faire du mal à la filière, je la considère comme un des acteurs à part entière de la filière. Le nucléaire a besoin de l’opinion publique ! Et l’opinion publique a besoin de garanties, dont l’ASN fait partie.
Il n’y a qu’à voir les réactions à la moindre communication d’EDF ou d’AREVA. Je pense notamment aux dernières nouvelles sur le diesel. Ca a beau être déformé par la presse, il n’empêche que l’impact est fort. Quoi qu’il en soit, la confiance est ESSENTIELLE pour la filière ! Et l’ASN (tout autant que l’IRSN) est garante de cette confiance.
Après on peut débattre des réactions aux différentes nouvelles parmi l’opinion publique ! Elles sont irrationnelles ? Absolument ! Mais malheureusement, la perception du risque des gens est quelque chose que ni vous, ni moi ne maîtrisons.
En bref, je pense qu’aujourd’hui, sans une autorité reconnue, la filière serait déjà morte et je serais le premier à le regretter car je pense vraiment que l’industrie électro nucléaire est un atout considérable pour la France.
Désolé de vous décevoir mais je ne travaille pas à l’ASN. Mais je travaille dans la sûreté depuis un certain temps. Dire pour qui je travaille ne ferait rien avancer.
Je ne partage pas du tout l’avis de l’article, il est bâclé et mensonger mais le commenter serait une véritable perte de temps. Je préfère vous répondre à vous, l’échange me semble être plus constructif J’ai beau attaqué certains de vos arguments, je partage votre avis dans les grandes lignes ! Je vous incite juste à plus de précisions parce qu’on se rend bien compte que c’est ce qui décrédibilise les interventions. Et surtout c’est facilement attaquable par des esprits un peu « légers » (c’est d’ailleurs l’objet de l’article).
Je suis tout à fait pour qu’EDF et AREVA s’en sortent et surtout pour que ces EPR démarrent car j’y ai participé
En conclusion, nous défendons les mêmes intérêts mais il ne faut pas sombrer dans la caricature qui caractérise « l’autre camp »
@Layly Victor c’est plus grave que ce que je croyais !
Vous pouvez m’expliquer ce que Chevet peut bien avoir à faire des EPR Chinois ? Je pense pouvoir répondre assez rapidement : absolument RIEN !
Son boulot c’est la sûreté du parc FRANCAIS ! Les chinois font ce qu’ils veulent. Je pense qu’au contraire, que l’EPR démarre d’abord chez eux serait un gage pour le démarrage de Flamanville.
J’étais comme vous lorsque les premières communications publiques ont été faites sur la cuve. Je me demandais bien ce qui pouvait nécessiter une telle « attaque » alors que la chronologie semblait être du côté des industrielles. Mais depuis, AREVA et EDF ne font pas les fiers et ne semblent même plus confiants dans le fait que la cuve respecte le RCC-M. On verra bien les résultats, et j’espère vraiment qu’ils seront conformes (au moins au RCC-M).
Mettez vous deux secondes à la place de Chevet : je suis président de l’autorité de sûreté et je vois que la cuve du premier réacteur en construction depuis 20 ans n’est pas conforme à la réglementation.
Si je ne dis rien : Dans le meilleur des cas un tiers (une association par exemple) se rendra compte de l’écart dans les publications ou il fuitera en interne et sera rendu public. Dans ce cas toute l’administration se décrédibilise et perds son « autorité ». Je vous laisse imaginer la perte de confiance de l’opinion publique dans la filière (qui n’est déjà pas bien glorieuse).
Un cas intermédiaire serait la publication de l’écart après le démarrage, et là l’EPR est bon pour la poubelle (et une crédibilité perdue !).
Dans le pire des cas, la cuve pète dans quelque année et ma responsabilité pénale est engagée.
Je crois franchement que la communication a été la seule solution raisonnable. Même si elle fait des dégâts, ils seront toujours moindre comparé aux autres possibilité !
Je suppose que mes interventions ne tromperont personne : je travaille depuis un certain temps dans le domaine de la sûreté. Et contrairement à ce que vous dite, un accident de type Fukushima peut se produire en France ! Et c’est un technicien qui vous le dit ! Prétendre le contraire est un mensonge (ou à la limite une déformation de la réalité).
Ce n’est pas une question de technologie (REB, REP, eau lourde, ...) car ce qui caractérise cet accident n’est pas un Tsunami ou un type de réacteur, mais une perte totale de l’eau alimentaire (PTEA) cumulée à une perte totale des sources d’alimentations électriques (MDTG ou SBO en anglais).
Et pour plus de précision : en France, les études de sûreté se basent avant tout sur une approche déterministe. Ce qui veut dire notamment qu’on se fiche de la manière dont les choses arrivent (l’initiateur), on part du principe qu’elles arrivent !
Pour connaître les études de nos réacteurs, ces deux scénarios y étaient considérés séparément mais jamais en cumul.
Et ce n’est pas qu’une vue de l’esprit ! Des événements surviennent régulièrement :
Et je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler la situation de Blayais en 1999 qui n’était pas loin d’une telle situation.
En tout cas un REP, privé de son alimentation en eau (ce qui arrive !) et en électricité (ce qui peut également arriver), ça tient pas bien longtemps et les conséquences sont un potentiel Fukushima. Alors oui, la probabilité que cela arrive est infime, mais elle n’est pas nulle (et c’est ce que rappelle Monsieur Chevet, qui est dans son rôle ! ). Si vous arrivez à prouver le contraire, vous pourriez faire économiser des milliards à EDF ! (mais je vais vous faire économiser votre temps, vous n’y arriverez pas).
En conclusion : un accident grave pourrait arriver sur nos réacteurs, cela ne peut pas être exclu ! Mais, et pour reprendre un concept de sûreté, l’industrie éléctro-nucléaire française dispose certainement du meilleurs premier niveau de défense en profondeur organisationnel parmi toutes les industries à risque :
un concepteur compétent (quoi qu’on en dise),
le premier exploitant mondial qui dispose de moyen techniques et financiers conséquents,
un parc entretenu et exploité correctement,
une administration (l’ASN et l’IRSN) reconnue mondialement.
C’est notamment ce qui permet d’identifier des lacunes et d’y remédier, comme c’est le cas pour les mesures post-fukushima.
Même si je rejoins votre discours rassurant sur la tenue des enceintes je me permets de préciser que les enceintes de REP sont conçues pour résister à environ 5 bar abs (et non 15). Pour l’EPR ce sera 5,5 bars abs. L’enceinte tiendra peut être au delà, mais personne ne peut le garantir.
L’IRSN a d’ailleurs mené des simulations pour anticiper le comportement des enceintes dans certains scénarios extrêmes hors dimensionnement où la pression atteint la dizaine de bars : lien IRSN
Et l’aspersion enceinte se met en service bien avant, aux alentours de 2 bars abs.
En revanche, permettez moi de vous dire que vous racontez n’importe quoi sur les études d’accidents. Les accidents de « réactivité » sont bien sûr considérés dans les études des REP ! Et Heureusement ! C’est une famille entière d’accidents étudiés (lien IRSN). Ce n’est pas parce que le coefficient modérateur est <1 sur les REP par conception (contrairement au RBMK) que cela les protège contre : un accident de dilution, formation d’un bouchon d’eau claire, blocage d’une grappe, éjection de grappe ... Tous ces scénarios sont considérés dans le rapport de sûreté (voir notamment la version publique du rapport préliminaire de l’EPR). Et la maîtrise de la réactivité reste l’un des trois fonctions fondamentales de sûreté. Sinon on se passerait de réserves d’eau borée et de grappes d’arrêt.
Autant vous semblez effectivement maîtriser le sujet un peu mieux que la moyenne sur ce site, autant vous commettez beaucoup d’approximations, voire d’erreurs (un comble compte tenu des critiques que vous prononcer à l’égard de ceux qui en commettent).