je n’ai pas été convaincu en l’écoutant, son discours est à peine moins "pseudo-science" que le freudisme ordinaire (on ne peut pas l’infirmer, et ça prétends quand meme etre vrai).
Dans la série "vision" je préfère Stiegler, assaisonné d’un pour cent du JF Kahn philosophant (pas les 99% de verve où il se garagarise de son bon vocabulaire et de ses bonnes phrases), et de Todd. Sans oublier mon vieux Braudel dans un coin (et la tendresse, fernand !).
Il me semble que les concepts de Girard semblent, en apparence, unifier une vision du psychisme , et que ça Freud a déjà essayé, et c’est forcément réducteur, la "variance" du cerveau modulo les techniques qui l’accompagnent me fond croire que, non, on ne doit pas se baser sur beaucoup plus que la "liaison des pulsions" commune dans les cultures et les civilisations, qui évite leur déchainement.
En revanche, l’analyse globale du système couplé homme/technique/homme/technique/etc est loin d’etre assez faite. La tentation de repli actuelle, elle vient de mon écran qui a le bon gout de causer à mes neurones, avec des caractères à lire. Mais le reste de mes actes ?... comment ont ils varié ?
(aussi dans le genre anti télé facile, le livre de J Ph Desbordes, "mon enfant n’est pas un coeur de cible")...
Bon je vais addictivement voir si on va passer dans l’ère du vide intellectuel à la tete du PS...
Comment exploiter en 2008 le patrimoine des avancées sociales, celles qui ont été les avancées de la gauche ?
L’effort intellectuel d’identification des cause=> effet, cet effort qui va des humanistes aux marxistes, q’uen restet-t-il ?
C’est depuis 20 ou 30 ans que Le Monde, par ses tours de girouettes, montre qu’on ne sait plus ou va cet effort, que l’esprit ne sait plus s’orienter par la raison raisonnante.
Alors, si cela était vrai, en effet, il faut admettre que la "couche mentale" du socialisme ou même de son versant social-démocrate est mal en point. Comment faire mieux qu’un Hirsch, qui lui meme est prisonnier entre Charybde et Sylla, dun coté créer via le RSA des aubaines pour garder des nouveaux pauvres et de l’autre tenter d’extorquer qqs millions au budget pour essayer quand meme le RSA, et croire que l’aumone ainsi donnée on sera quitte ?
Et si rien n’était simple du coté des solutions ? (A part le retrait des conneries Dati-Tepa-Darcos, etc ).
Au fond est-ce que un grand nombre de militant PS n’a pas zappé cette tentative née avant 1789 d’analyse du réel avec du réel, tentative vouée à la déroute plus que jamais, tant les penseurs "globaux" qui fournissent les armes sont peu accessibles aujourd’hui. Emmanuel Todd voit juste (stagnation éducative), mais n’en déduit pas de solutoin au dela du protectionnisme européen (c’est un moyen démographiquement correct, mais qui ne fait pas rêver les foules).
Bref, Bernard, est-ce que Ségo (après Sarko en effet) ne serait pas la punition de notre anomie raisonnante globale ?
Ah oui, cette anomie, elle ne vient peut être pas de nulle part. Les changement de supports de mémoire, les écrans, cela a conduit les gens a chercher des réponses ailleurs que chez le voisin, et sous influence télévisuelle. Disparitions des liens qui permettaient d’élaborer des visions partiellement auto-realiséatrices, mais localement stabilisantes et émulantes. Comment les rétablir et permettre aux bribes de pensée globale de se retrouver en cohérence ?
Obama nous a montré la version médiatique de ces retrouvailles. Peut être les bribes du remède sont-elles dans le poison, croyance avoxienne, mais le balancier, pour moi, s’éloigne d’une perspective structurante depuis 2002...
Emmanuel Todd n’est-il pas sur la même longueur d’onde ?
Il stigmatise l’incapacité des partis (et du PS où c’est le plus visible)
à avoir du lien d’attache entre ses militants, et pas du narcissisme.
Il rajoute que c’est la stagnation éducative (à un niveau pourtant haut)
qui fait la dépression culturelle actuelle, et cet effet d’oligarchie et de narcissisme
(j’en suis à la page 100) :
Le militant PS des années 2000 dit
"Je suis éduqué (du supérieur), donc ma parole créatrice résoud les pbs, donc je m’écoute.
Et après on verra." D’où éclatement en chou-fleur ou en feu d’artifice, c’est selon, des idées et des ego...
Côté Stiegler (Bernard), il y a un petit espoir : je parle, l’autre m’écoute, et nous nous "transindviduons".
C’est l’élévation cuturelle entre amateurs.
DE là à le décliner de haut en bas de l’échelle sociale, actuellement clivée, MMmmmmm
Bernard, vous me faites penser aux pages sombre de l’autre Bernard, Stiegler.
Ainsi que plusieurs posts ci-dessus.
Stiegler parle de "pharmaka" , de possibilité de doser/gérer les poisons qui nous assaillent, vectorisés par les technologies, (nano ou pas nano), et qui prospèrent sur la baisse tendancielle du désir.
Baisse liée à la capacité des ci-devant octets et pixels à atteindre nos cerveaux disponibles mieux que tout le reste (il y avait un truc sur l’internet du soir chez les cadres, sur france-info : révélateur). Donc c’est une compétition même pas darwinienne qui "drive" la boucle octets-pixels-neurones, compétition ou le but sera en gros de mettre le bon nombre de transistors d’une puce au contact le plus intime avec le cervelet, aujourd’hui via nerfs optiques et auditifs, demain via le corps (Wii), il n’y a pas de limite à "l’hybridation effective" entre machine neuronale et processeur silicium (je parle aussi au jeune Bernard D. de la biologie théorique, qui a lu Heidegger depuis).
Dans la prose de ces temps-ci, on trouve d’ailleurs des tentatives de "cata-strophé", de réécrire la dernière strophe, ...chez nos amis socialistes, pourtant embourbés de chez les embourbés. Le livre de Peillon et l’attitude fraternitesque de la poitevine sont tout à fait des incantations et des hymnes religieux et ne s’en cachent quasiment pas :religieux au sens de "remettre du culte" pour domestiquer le cerveau a-disponible autrement.
Plus précisément, Peillon rappelle l’hymne des socialistes "oubliés" vers 1848 (Quinet, ...jusqu’à Jaurès plus tard), hymne pour une humanisation "cultuelle" du socialisme, et appobation peu voilée de la forme cultuelle du protestantisme chez Peillon relisant et remettant l’histoire à l’endroit à son gout (je n’avais pas trop vu qu’elle fût distordue autant qu’il le prétend..., 1905 puis Tours en 1920 , ça m’ eut un peu échappé).
Pour finir sur l’impact techno-> humanité/civilisation, une des analyses de ces jours-ci sur Obama montrait le rôle allégué des noyauteurs de la silicon valley dans la campagne, capable de commuer les lassants cercles sociaux internet en formidables outils web 2.xy qui drainent fonds de campagne et qui alors oeuvrent pour une éducation politique minimale (ouais ouais aux States, faux relativiser).
Eh bien, c’est cela, un tout petit peu de pharmaka : ces ci-devant octets et pixels peuvent le faire, là où journaux et médias "classiques" semblent en butée, et les esprits (dont celui que vous dites nous montrer dans votre article, et que je crois bien être le vôtre) les esprits, donc, débandent.
Il faut juste que les nouvelles mnémotechniques trouvent des choses à soigner vraiment, (au sens de prendre soin). C’est vraiment difficile, ...d’ailleurs la lecture d’un blog sur le soin des plantes ou des chevaux est beaucoup moins déprimante qu’Avox (sauf si les pucerons cuachemardesques résistent aux chimies et au glyphosate conseillé dans ledit blog).
L’éloignement de la matérialité, le remplacement du bricolage bois-vis par le clips plastique non bidouillable a restreint le travail manuel à peu de chouettes choses , à moins de jurer par l’ikebana etc. Mais là encore des pharmaka existent. L’imprimante 3D sera peut être abordable dans un futur proche, vous pourrez faire un socle à votre black berry à l’effigie de Herbert Marcuse en quelques clics.
(Je vous conseille aussi le peu commun musée de la chaussure de Lausanne, un réduit de 12 m2 de paléo anthropologie un brin magique, tenu par un futur Lévi-Strauss de la chausse )
Bon, Bernard, c’était la dépression d’automne, ce " can’t " (le hic du can’t est quantique) , je vais lire votre autre papier plus haut, je ne vous en veux pas tant que vous ne nous la faites effectivement pas dans le style tout-va-mal du Diplo, qui m’a lassé.
Vous avez vous-même fuit l’ennui en changeant de travail (voter post de 23h56). Le meilleur des systèmes d’éducation, de même, ne peut offrir ce "changisme" à l’échelle où il opère. Il offrira donc au mieux 1/3 de moments passionnants, et 2/3 de chiants.
En effet, ne me faites pas croire que dans votre job, vous avez 9/10 de réunions épanouissantes et 1/10 d’ennuyeuses. La "recette magique" de l’enseignement passionant est délicate, et forcément temporaire.
Ainsi, toutes les ficelles sont piégées. Par exemple, se faire un peu complice en citant des émissions qu’ils regardent ou des héros qui sont les leurs, pour faire des analogies "passionnantes. Cela se retourne aisément en perte d’autorité. Par exemple se baser sur l’actualité (Soljenitsyne). Pierre en sera habillé mentalement et Paul déshabillé. Paul aime bien les enseignements structurés ou figurent toutes les étapes, sans se distraire à des analogies, et Pierre est comme Juliette, peut être, et profitera d’une approche "tous azimuths".
Enseigner (ou chercher dans mon cas) plus de dix ans les mêmes matières avec une passion équanime est réservé à des "happy few". A partir de là, on aimerait bien en effet que le rectorat et le mammouth sachent aider les "pas few" , la majorité, à construire dans la vallée de larmes qu’est l’épuisement nerveux au quotidien, quand vous cherchez à "faire comprendre" aux têtes jeunes, dans le monde pleins de distractions qui est le nôtre (cf un post de Céline plus haut).
Bernard Stiegler donne une vision assez complète de l’homme et la transmission des savoir-faire, en se basant sur le fait qu’il s’agit de techniques, et qu’elles sont par définition des extensions (des extériorités) inhumaines de l’humain. Il réutilise le concept simondonien de "trans-individuation". C’est ce que vous, vous cherchez ou souhitez "toujours tout le temps". Ca prouve que 99% de votre cerveau et de celui de Juliette sont bien faits.
Mais utilisez le 1% dont je n’ai pas parlé pour tirer les conséquences du fait que cette "transividuation" idéale, motivante, tisseuse de savoirs et de savoir-faire, dé-prolétarisante (elle rend maitre de l’évolution des savoir-faire, ce qui permet d’échapper au déclassement et à la désappropriation de ces savoirs, donc à la prolétarisation, au sens genéralisé de Stiegler, ce qui inclut le consommateur et le consommateur culturel victime du "populisme industriel" des médias), cette transindividuation, donc, ne peut "marcher" que pendant 20-40% du temps, au grand jamais pendant 100%. Comme si un bébé ne pleurait jamais : il reste des phases "dures", c’est la structure de nos savoirs qui le dicte, parce que on ne peut être enseigné , même dans l’ouverture, qu’en ayant intégré une structure puis en l’ayant dissolue dans autre chose.
Je ramènerai donc l’évaluation de l’EN à deux questions :
(1) est-ce que ces "bons" 20% là, ces bons profs ou bons moments, sont vraiment découragés dans le système (i e du vrai gachis) ou est-ce que le facteur humain ne fait pas que certains profs casent toujours cette flamme en eux ;
(2) est-ce que les 70-80% qui restent sont plus chiants que nécessaire (auquel cas, oui, il y a remède à chercher), compte tenu nénanmoins qu’ils sont plus mal vécus par le déajustement entre attentes d’un cerveau peu disponible (on sait pourquoi, M. Le Lay, cf post de Céline de nouveau) et exigence "ascètique" propre à l’enseignement (Lire "80% au bac .. et après" de S. Beaud).
Ce qui ne clot pas la question des moyens de l’EN. Pourquoi etre étonné de 1000 euros/an ?
Un salarié environné dans une boite high-tech est à > 100 kE de chiffre d’affaire. Avec 20% de benef pour la boite (20 kE), on prélève pendant 15 ans de carrière de ce salarié 5% de ce montant pour financer son futur remplaçant. Vu comme ça, le verre (dessiné en trompe l’oeil volontairement, la population est bien d’un facteur trois sous cette jauge) n’est plus à moitié vide, mais au dixième plein, même pas.
De nouveau, il faut savoir manipuler TOUS les ordres de grandeur. La gestion des rectorats reste un poème. Je crois d’ailleurs qu’à l’EN, il y a autant de personnel qui ne voit pas les élèves que de profs, 1 pour 1. Je n’ai pas revu de stat à ce sujet. Mais c’est un élément à méditer.