Il y a beaucoup de gens qui appellent les travaux de Darwin « La théorie de l’Evolution ». Ces gens-là n’ont pas vraiment lu les livres de Darwin, ou alors ils n’ont pas compris ce qu’ils ont lu. Cela peut se comprendre, car Darwin écrivait en excellent anglais, une langue concise utilisant un vocabulaire riche et nuancé, peu compréhensible pour les utilisateurs de textos.
Dans « de l’origine des espèces » Darwin parle bien d’une théorie qu’il revendique, mais certainement pas d’une « théorie de l’évolution ». Por de bonnes raisons : Tout d’abord, l’évolution ne s’appelait pas ainsi et le mot n’apparaît pas dans ce sens sous la plume de Darwin. Ensuite, l’évolution n’est pas une découverte de Darwin et ce dernier n’a certainement pas eu la prétention ridicule de l’avoir inventée. L’évolution était à son époque un fait déjà largement admis dans les milieux scientifiques, même si cela faisait (déjà) grincer quelques religieux intégristes. Darwin aurait été aussi ridicule que moi si je prétendais aujourd’hui avoir inventé l’électricité. Et surtout la théorie de Darwin ne concerne pas le FAIT de l’évolution (apparition de nouvelles espèces et extinction d’autres espèces) mais le MECANISME alors inconnu qui produit cette évolution. Darwin faisait la synthèse de nombreuses observations personnelles ou récoltées auprès de nombreux spécialistes, et en particulier celles des éleveurs qui « améliorent » les races de leur bétail ou des agriculteurs qui, en sélectionnant leurs semences, parviennent à obtenir des variétés beaucoup plus productives.
Darwin n’a pas pu résoudre la totalité de l’énigme, faute de connaître la génétique et le déchiffrement du génome des êtres vivants. Nous en savons bien plus que lui, et ce que nous savons confirme largement sa théorie sur la sélection naturelle. Nous avons découvert que les choses sont un peu plus compliquées et que d’autres mécanismes peuvent parfois entrer en jeu. Les biologistes continuent leurs recherches pour affiner le modèle, sans pour autant remettre en cause ni l’évolution qui reste un FAIT, ni le rôle prépondérant de la sélection naturelle.
Evidemment le sujet reste chaud en raison de l’opposition forcenée des fondamentalistes de tout acabit, qui refusent le FAIT de l’évolution par orgueil, se croyant rabaissés par leur parenté avec les autres êtres vivants. La moindre discussion sur un point de détail des théories de Darwin et de ses successeurs est aussitôt montée en épingle pour faire croire au monde que Darwin s’est trompé. Mais même s’il s’était lourdement trompé sur la sélection naturelle (ce qui n’est pas le cas), cela ne remettrait pas en cause le FAIT de l’évolution, et en particulier le fait que chaque créationniste partage 98% de ses gènes avec les chimpanzés. Et ce ne sont pas les évolutionnistes qui l’ont découvert !!!
C’est la vulgarisation des connaissances scientifiques qui est la cause de toutes ces idioties.
La vulgarisation permet à un tas de gens d’accéder à des connaissances et à des théories, qu’ils n’auraient jamais été capables d’élaborer eux-mêmes faute de culture générale et surtout faute de connaître les bases de la démarche scientifique. Le bon côté est que la connaissance est ainsi largement répandue, le mauvais côté est qu’elle est le plus souvent mal comprise. De plus la nature humaine étant ce qu’elle est, de nombreux marchands de fables utilisent des bribes de cette connaissance hors de leur contexte pour asséner des vérités de leur cru et faire marcher la boutique qui les emploie. C’est un vilain rôle que les tenants des religions de tous poils (particulièrement les fondamentalistes) jouent souvent, que ce soit dans les sociétés moyenâgeuses ou dans celles qui se prétendent technologiques. Les intégristes religieux ne sont pas les seuls à exploiter ce filon, mais ils sont les plus visibles.
Avec Internet le problème se multiplie et se fractionnant : n’importe quel petit con peut, comme La Mouche du Coche, collecter des articles douteux (destinés au grand public car il ne saurait lire un véritable article scientifique) et arroser les forums avec des copiés-collés de ces balivernes, assortis de commentaires vengeurs qui ne se distinguent que par leur agressivité et leur orthographe fantaisiste. Cela devient une vraie pollution et il est devenu illusoire de tenir une discussion sérieuse sur des sites généralistes comme Agoravox où des personnes sensées publient encore parfois. Ne nous cachons donc pas la triste réalité : les imbéciles ont d’ores et déjà gagné la partie. Les marchands de bibles et de corans aussi.
Nous pouvons donc sans gros risque pronostiquer la fin prochaine de notre formidable avancée scientifique, celle des hommes curieux et intelligents qui ont, depuis les premières lueurs de l’hominisation, accumulé les expériences, les observations et la réflexion pour en arriver à ce que nous savons aujourd’hui (avec plus ou moins de certitude, mais cela aussi fait partie de la connaissance).
Il nous faut bien l’admettre : malheureusement notre espèce n’est pas capable de tenir le rythme ; la masse imbécile et inculte veut désormais se faire entendre aussi fort qu’Archimède ou Einstein. Idiocraty n’est pas seulement un (mauvais) film de fiction : C’est aussi une vision étonnamment réaliste de ce qui attend l’humanité.
Et, vu l’usage que nous avons fait de la connaissance que nous avons acquise, c’est peut-être une bonne chose en fin de compte.
Waou !!! Tous les cinglés d’Avox sont au rendez-vous pour disserter sur l’Evolution à laquelle ils ne comprennent rien (évidemment). Superbe feu d’artifice de conneries, merci pour ce moment !
On peut ne pas accorder grand crédit aux théories philosophico-religieuses d’un homme du 19° siècle, mais il me semble plein de bon sens d’essayer les solutions pratiques intelligentes qu’il a préconisées, même si elles ne font pas le bonheur des multinationales de l’agro-sanitaire.
Et si ca marche, c’est une bonne chose de le dire. Même si cela contredit quelques dogmatiques.