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Analis

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  • Analis 29 mars 2015 17:08

    Ceci n’ayant pas suffi, la France est appelée à prendre des mesures autoritaires. Comme par le passé, les élites françaises, dont le Parti socialiste forme l’aile prétendument de gauche, se sont placées aux ordres de la principale puissance militaire de l’époque, en l’occurrence les États-Unis.

    Pour la mise en œuvre de ce projet, il reste à définir quelle instance, nécessairement administrative, sera chargée de la censure et quels en seront les critères. Ne soyons pas naïfs, nous nous approchons d’une inévitable épreuve de force.

    Thierry Meyssan

    Documents joints :

    «  Conspirationnisme : un état des lieux », par Rudy Reichstadt, Fondation Jean-Jaurès, Parti socialiste, 24 février 2015.

    [1] « Discours de François Hollande au Mémorial de la Shoah », par François Hollande, Réseau Voltaire, 27 janvier 2015.

    [2] « Conspirationnisme : un état des lieux », par Rudy Reichstadt, Observatoire des radicalités politiques, Fondation Jean-Jaurès, Parti socialiste, 24 février 2015.

    [3] L’Effroyable Imposture suivi de Le Pentagate, par Thierry Meyssan, Nouvelle réédition, entièrement réactualisée et annotée, éditions Demi-Lune.

    [4] Léon Bourgeois, sculpteur français (1851-1925). Théoricien du «  solidarisme » (que les socialistes actuels confondent avec la Fraternité). Il fut président du Parti radical, président du Conseil des ministres, premier président de la Société des Nations et lauréat du prix Nobel de la paix en 1920. Avec l’aide du Tsar Nicolas II, il posa le principe des arbitrages entre États, dont la Cour internationale de Justice des Nations unies est l’aboutissement actuel.

    [5] Georges Clemenceau (1841-1929). Il défendit les Communards face à la droite et combattit la gauche socialiste de Jules Ferry aussi bien contre son projet de colonisation que contre sa vision de la laïcité. Alors que, durant la Grande Guerre, le pays semblait vaincu, il devint président du Conseil et le conduisit jusqu’à la victoire.

    [6] Alain, philosophe français (1868-1951), co-fondateur du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). Il milita pour une république protectrice de la liberté, strictement contrôlée par le peuple.

    [7] Jean Moulin, haut fonctionnaire (1899-1943). Il prit le parti des Républicains espagnols et organisa illégalement, malgré le gouvernement socialiste neutre, un trafic d’armes pour résister aux Franquistes. Durant l’Occupation de la France, il dirigea le Conseil national de la Résistance, y incluant toutes les sensibilités politiques à l’exception de celle qui s’était battue aux côtés des Franquistes. Arrêté par les nazis, il mourut sous la torture.

    [8] « La France selon François Hollande », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 juillet 2012.

    [9] La République veille à ce que le Pouvoir serve l’Intérêt général. La Démocratie exige que le Pouvoir soit exercé par tous les citoyens.

    [10] « Analyse des réflexions de Monsieur Beitone sur la prétendue rumeur d’extrême droite à propos de la loi de 1973 », par Étienne Chouard, 30 décembre 2011.

    [11] Émission Mediapolis sur la radio Europe 1, le 22 décembre 2012, l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard était l’invité de Michel Field et d’Olivier Duhamel.

    [12] De nombreux responsables politiques se sont vainement opposés à cette loi, dont l’ancien président Jacques Chirac, et les anciens Premiers ministres Dominique de Villepin et François Fillon.

    [13] « Qui est l’ennemi ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 août 2014.

    [14] My Enemy’s Enemy : Lebanon in the Early Zionist Imagination, 1900-1948, par Laura Zittrain Eisenberg, Wayne State University Press (1994). Thèse de doctorat vérifiée par Itamar Rabinovitch côté israélien et Kamal Salibi côté libanais.

    [15] « Conspiracy Theories », Cass R. Sunstein & Adrian Vermeule, Harvard Law School, January 15, 2008.

     :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :

    Peu de choses nouvelles sous le soleil dans ce torchon de la bien-pensance. Ainsi la pratique habituelle de la stratégie de l’inversion : les responsables de la désagrégation sociale et de la défiance envers les gouvernements ne sont pas les gouvernements eux-mêmes en raison de leurs actes malfaisants, mais ceux qui les dénoncent. Quant au passage considérant comme stigmatisant l’emploi de « version officielle » pour désigner la version.... officielle d’un événement, il ne manque pas de sel venant de personnages recourrant systématiquement à la stigmatisation de ceux en désaccord avec eux. L’affirmation selon laquelle le discours conspirationniste prône « l’effacement de toute distinction de nature entre régimes autoritaires et démocraties libérales (réputées plus «  totalitaires » que les pires des totalitarismes) »est émminemment caricaturale, personne ne prétendant que les régimes occidentaux soient plus «  totalitaires » que les pires des totalitarismes ; en revanche, il met bien en doute qu’ils soient vraiment des démocraties libérales, que la différence soit si grande avec certains régimes ouvertement autoritaires,et surtout

    que leurs citoyens soient mieux informés que ceux de ces pays autoritaires.

    Quant à la notion de théorie du complot, elle ne se définit plus pour les rédacteurs par le fait d’avancer la possibilité de l’existence d’un complot, mais ne tourne plus qu’autour du fait qu’elles « ne sont pas vraies » ; mais comment diable reconnait-on un complot qui est vrai d’un qui n’est pas vrai ? Nos thuriféraires de la pensée formatée et indigente proposent un critère universel : le premier se reconnaît par le fait qu’ils y croient. Que nous étions bêtes, et avec nous des milliers d’enquêteurs et d’historiens qui se sont échinés des années de leur vie à disséquer des événements complexes, en étudiant mille et mille indices à leur disposition, afin d’établir quelle version des événements est la bonne, alors qu’ils auraient pu s’épargner toutes ces peines s’ils avaient tenu compte de ce simple critère : est-ce que les adeptes de la pensée alignée prédigérée croyaient en cette version ? Reconnaissons que nos pseudo-rationalistes n’hésitent pas à donner dans la candeur la plus pure, leurs opinions étant guidées par la croyance que leur modèle idéologico-politique est d’une essence supérieure, croyance de type religieuse.

    La façon dont la Fondation Jean-Jaurès décrit les « conspirationnistes » le confirme :

    «  [C’est une] mouvance hétéroclite, fortement intriquée avec la mouvance négationniste, et où se côtoient admirateurs d’Hugo Chávez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex-« Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultra-nationalistes, nostalgiques du IIIe Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes » :

    "Militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives »" etc... Nos adeptes de la bien-pensance sclérosée mêlent en fait sous ce vocable tout ce qui les dérange et ne rentrent pas dans la doxa élitaire et officielle traditionnelle, marquée par une indiscutable tendance à partager uine idéologie rationnaliste dogmatique. Néanmoins je note qu’ils ont commis un oubli impardonnable : ils ont omis de mentionner les ufologues ! Ce n’est

    vraiment pas sérieux, quelle manque d’application de leur part !

    La place consacrée au sionisme dans cet article peut paraître trop importante, et contestable dans le principe, notamment parce qu’elle peut paraître verser de l’eau au moulin des anti-complotistes officialistes qui assimilent « conspirationnisme » et antisionisme, mais elle se justifie à mon avis justement parce que la contestation du sionisme est souvent placée au coeur de leurs attaques par ces adeptes de la pensée formatée, l’anti-conspirationnisme se posant en partisan du sionisme ; il est donc utile de remettre les choses au point au sujet de ce dernier.

    Le Parti Socialiste français qui demandait que les juifs soient installés dans le sud du Liban, en effet il a une hérédité chargée. De toute façon, il était colonialiste et volontiers raciste, je ne comprends pas pourquoi certains persistent à en faire une référence en matière d’anti-impérialisme.

    Du côté des menaces juridiques, je ne pense pas qu’il y ait pour le moment des moyens de faire fermer Agoravox, les Moutons Enragés, ReOpen 911 ou aucun autre site contestataire, en dépit de tous les démontages de maintes versions officielles parfois sanctuarisées (Syrie, Libye, Ukraine, AZF etc...). Mais la tentation de se doter des outils juridiques pour le faire est bien là. L’exécutif a déjà obtenu ceux pour fermer les sites « terroristes », avec tous les risques d’abus ; il reste que le fait de contester la vo du 11-9 ou une autre ne peut en être cas être assimilé à l’apologie du terrorisme (dans le cas de la Syrie et de la Libye, c’est même le contraire et le soutien à la VO qui en constitue) – même si un juge complaisant peut toujours prétendre en toute mauvaise foi le contraire. Une extension de ces lois est cependant prévisible. Il est néanmoins probable qu’elles ne passeraient pas l’épreuve des différentes cours européennes – cependant, c’est là qu’il faut mettre de côté tout nationialisme mal placé.

    La riposte vient plutôt du côté suggéré en 2008 par le professeur Cass Sunstein. Je dis vient, car elle est déjà en application, et l’était déjà très probablement avant 2008. À ce sujet, il est essentiel de lire le livre de David Ray GRIFFIN Cognitive Infiltration : An Obama Appointee’s Plan to Undermine the 9/11 Conspiracy Theory, un excellent démontage de cette opération de propagande.

    http://www.amazon.com/Cognitive-Infiltration-Appointees-Undermine-Conspiracy/dp/1566568218/ref=sr_1_7?s=books&ie=UTF8&qid=1426515496&sr=1-7&keywords=david+ray+griffin



  • Analis 29 mars 2015 17:06

    <suite...

    La « complosphère »

    Pour la Fondation Jean-Jaurès, les intellectuels conspirationnistes seraient

    « essentiellement Nord-Américains. Citons en particulier Webster Tarpley et William Engdhal (tous deux anciens membres de l’organisation politico-sectaire américaine dirigée par Lyndon LaRouche), Wayne Madsen (WayneMadsenReport.com), Kevin Barrett (VeteransToday.com) ou encore Michel Chossudovsky (Mondialisation.ca). Avec leurs homologues européens, ces derniers forment une sorte d’Internationale à laquelle Thierry Meyssan, le président du Réseau Voltaire, a tenté de donner une forme concrète en novembre 2005, en réunissant à Bruxelles une « conférence anti-impérialiste » – « Axis for Peace » – dont la liste des participants se lit comme un who’s who des auteurs conspirationnistes les plus en vue de l’époque » (p. 8).

    Observons d’abord que la Fondation Jean-Jaurès ne doit lire que le français et l’anglais, et n’avoir que survolé la liste des participants d’Axis for Peace, pour croire que le phénomène qu’elle décrit ne concerne que la France, le Canada et les États-Unis, alors qu’il comprend une très importante littérature en allemand, en arabe, en espagnol, en italien, en persan, en polonais, en portugais et en russe ; langues qui sont d’ailleurs majoritaires à Axis for Peace.

    Notons aussi le caractère malveillant de l’allusion à «  l’organisation politico-sectaire américaine dirigée par Lyndon LaRouche ». En effet, Webster Tarpley et William Engdhal ont quitté cette organisation, il y a plus de 20 ans. Et à l’époque où ils en étaient membres, ce parti était représenté en France aux congrès d’une formation d’extrême-gauche

    Un peu plus loin, la Fondation Jean-Jaurès ne manque pas de citer l’humoriste Dieudonné M’Bala M’Bala, dont l’État tente d’interdire les spectacles, le sociologue Alain Soral, dont le site internet (EgaliteEtReconciliation.fr) obtient des records d’audience en France, et Alain Benajam (facebook.com/alain.benajam), président du Réseau Voltaire France et représentant du gouvernement Novorossien du Donbass.

    En 1989, l’ancien chef du Renseignement états-unien en

    Europe, Irwing Brown, révélait aux journalistes Roger

    Faligot et Rémi Kauffer avoir recruté Jean-Christophe

    Cambadélis lorsqu’il militait chez les trotskistes lambertistes.

    25 ans plus tard, M. Cambadélis est devenu Premier

    secrétaire du Parti socialiste français.

    Les idées politiques des « conspirationnistes »

    Après ces apéritifs, la Fondation Jean-Jaurès en vient au cœur du débat, celui des idées politiques. Il définit ainsi celles des «  conspirationnistes » :

    - « l’effacement de toute distinction de nature entre régimes autoritaires et démocraties libérales (réputées plus «  totalitaires » que les pires des totalitarismes) » ;

    - « [l’opposition à] toute législation antiraciste sous prétexte de défense de la « liberté d’expression » » ;

    - « [le rejet de] la pertinence du clivage droite-gauche, le véritable clivage étant celui qui sépare « le Système » (ou « l’Empire », ou « l’Oligarchie ») de ceux qui lui résistent » ; (p. 8)

    - « l’idée que le sionisme est un « projet de domination » du monde » (p. 9).

    La Fondation Jean-Jaurès cible précisément les sujets de conflit, mais grossit le trait pour discréditer ses opposants. Par exemple, personne ne s’est opposé à la législation antiraciste, mais uniquement et exclusivement à la disposition de la loi Fabius-Gayssot qui punit de prison le débat sur l’extermination des juifs d’Europe [12]

    Qu’est-ce que le sionisme ?

    La Fondation se livre alors à une très longue analyse de mes travaux sur le sionisme. Elle les défigure puis les commente :

    « L’antisionisme revendiqué ici par Thierry Meyssan n’a pas de rapport avec la critique d’une politique conjoncturelle, celle des gouvernements qui ont pu se succéder à la tête de l’État d’Israël. Il ne relève pas d’un anticolonialisme que satisferait le retrait d’Israël des territoires occupés à l’issue de la guerre des Six Jours et la création d’un État palestinien. Il ne procède pas non plus d’un internationalisme qui tiendrait en suspicion, par principe, tout mouvement national d’où qu’il vienne puisque, précisément, il ne tient pas le sionisme pour un mouvement national. Cet antisionisme de facture paranoïaque ne prétend pas combattre le sionisme envisagé dans la diversité de ses expressions historiques, mais une hydre fantasmatique qui serait à la source du malheur du monde  » (p. 9).

    En voulant conclure sur ce débat et en lui donnant une place considérable dans son analyse, la Fondation Jean-Jaurès en souligne l’importance. Je défends en effet une position jusqu’ici absente du débat politique occidental [13] :

    - Le premier chef d’État ayant affirmé son intention de rassembler les juifs du monde entier dans un État qui serait le leur fut Lord Cromwell au XVIIe siècle. Son projet, clairement explicité, consistait à utiliser la diaspora juive pour étendre l’hégémonie anglaise. Ce projet a été défendu par tous les gouvernements britanniques successifs et inscrit par Benjamin Disraeli à l’ordre du jour de la Conférence de Berlin.

    - Theodor Herzl lui-même était un disciple de Cecil Rhodes, le théoricien de l’Empire britannique. Herzl avait proposé au départ de créer Israël en Ouganda ou en Argentine, pas du tout en Palestine. Lorsqu’il est parvenu à faire adhérer des militants juifs au projet britannique, il a acheté des terres en Palestine en créant l’Agence juive dont les statuts sont la copie intégrale de la société de Rhodes en Afrique australe.

    - En 1916-17, le Royaume-uni et les États-Unis se sont réconciliés en s’engageant ensemble à créer l’État d’Israël, c’est la Déclaration Balfour pour Londres et les 14 points de Wilson pour Washington.

    Il est donc parfaitement absurde de prétendre que Herzl a inventé le sionisme, de dissocier le projet sioniste du colonialisme britannique, et de nier que l’État d’Israël est un outil du projet impérial commun de Londres et de Washington.

    La position du Parti socialiste sur ce sujet n’est pas innocente. En 1936, il proposait avec Léon Blum de transférer les juifs allemands au Sud du Liban de manière à ce que ce territoire soit annexé par Israël lorsque celui-ci serait créé [14]. Cependant le projet fut rapidement écarté par le haut-commissaire français à Beyrouth, le comte Damien de Martel de Janville, parce qu’il violait à l’évidence le mandat de la Société des Nations. Aujourd’hui le lobby israélien, créé en 2003 au sein du Parti socialiste, alors que François Hollande était Premier secrétaire, s’appelle donc naturellement Cercle Léon-Blum.

    Remarques conclusives

    En 2008, le professeur Cass Sunstein, conseiller du président Barack Obama et époux de l’ambassadrice US aux Nations unies, avait rédigé une note similaire [15].

    Il écrivait :

    « Nous pouvons facilement imaginer une série de réponses possibles.

    - 1. Le gouvernement peut interdire les théories de la conspiration.

    - 2. Le gouvernement pourrait imposer une sorte de taxe, financière ou autre, sur ceux qui diffusent de telles théories.

    - 3. Le gouvernement pourrait s’engager dans un contre discours pour discréditer les théories du complot.

    - 4. Le gouvernement pourrait engager des parties privées crédibles à s’engager dans un contre-discours.

    - 5. Le gouvernement pourrait s’engager dans la communication informelle avec les parties tierces et les encourager ».

    En définitive, le gouvernement des États-Unis avait décidé de financer des individus, à la fois chez lui et à l’étranger, pour perturber les forums des sites internet « conspirationnistes » et pour créer des groupes leur apportant la contradiction.

    >à suivre...



  • Analis 29 mars 2015 16:53

    Un nouvel article qui démonte la rhétorique de l’anti-conspirationnisme, qui s’intéresse cependant plus à ses ressorts politiques que psychologiques :

    http://www.voltairenet.org/article186986.html

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    L’État contre la République

    par Thierry Meyssan

    À la demande du président François Hollande, le Parti socialiste français vient de publier une Note sur le mouvement international «  conspirationniste ». Son but : préparer une nouvelle législation lui interdisant de s’exprimer.

    Aux États-Unis, le coup d’État du 11 septembre 2001 a permis d’établir un « état d’urgence permanent » (Patriot Act) et de lancer une série de guerres impériales. Progressivement, les élites européennes se sont alignées sur leurs homologues d’Outre-Atlantique. Partout, les citoyens s’inquiètent d’être abandonnés par leurs États et remettent en question leurs institutions. Cherchant à se maintenir au pouvoir, les élites sont désormais prêtes à utiliser la force pour bâillonner leurs oppositions.

    Réseau Voltaire International | Damas (Syrie) | 9 mars 2015

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    Le 27 janvier 2015, le président François Hollande rendait les «  complotistes » d’aujourd’hui responsables des crimes commis hier par les nazis contre les juifs d’Europe. Il appelait à leur interdiction d’expression.

    Le président de la République française, François Hollande, a assimilé ce qu’il nomme les « théories du complot » au nazisme, puis a appelé à empêcher leur diffusion sur internet et les réseaux sociaux.

    Ainsi a-t-il déclaré le 27 janvier 2015 au Mémorial de la Shoah :

    «  [L’antisémitisme] entretient les théories du complot qui se diffusent sans limite. Théories du complot qui ont, dans le passé, conduit déjà au pire » (…) « [La] réponse, c’est de prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par Internet et les réseaux sociaux. Or, nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination. Nous devons agir au niveau européen, et même international, pour qu’un cadre juridique puisse être défini, et que les plateformes Internet qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités, et que des sanctions soient prononcées en cas de manquement » [1].

    Plusieurs ministres ont également conspué ce qu’ils appellent les théories du complot comme autant de « ferments de haine et de désintégration de la société ».

    Sachant que le président Hollande appelle « théorie du complot » l’idée que les États, quels que soient leurs régimes –y compris les démocraties–, ont une propension spontanée à agir dans leur intérêt et non pas dans celui de leurs administrés, on peut en conclure qu’il s’est livré à cet amalgame pour justifier d’une éventuelle censure de ses opposants.

    Cette interprétation est confirmée par la publication par la Fondation Jean-Jaurès, think tank du Parti socialiste dont M. Hollande était le Premier secrétaire, d’une note intitulée «  Conspirationnisme : un état des lieux » [2].

    Laissons de côté les relations politiques de François Hollande, du Parti socialiste, de la Fondation Jean-Jaurès, de son Observatoire des radicalités politiques et de l’auteur de la note et concentrons-nous sur son message et son contenu idéologique.

    Définition des « théories du complot »

    Les expressions « théories du complot » et « conspirationnisme  » se sont développées en France à la suite de la publication de mon livre sur l’impérialisme états-unien post-11-Septembre, L’Effroyable imposture [3]. À l’époque, nous avions du mal à comprendre ce qu’elles signifiaient car elles renvoyaient à l’histoire politique américaine. Aux États-Unis, on appelait couramment « conspirationnistes  » ceux pour qui le président Kennedy n’avait pas été assassiné par un seul homme, mais par plusieurs, formant une conspiration (au sens judiciaire). Avec le temps, ces expressions sont entrées dans la langue française et se sont superposées avec des souvenirs des années 30 et de la Seconde Guerre mondiale, ceux de la dénonciation du « complot juif ». Ces expressions sont donc aujourd’hui polysémiques, évoquant parfois la loi du silence états-unienne et, à d’autres moments, l’antisémitisme européen.

    Dans sa note, la Fondation Jean-Jaurès donne sa propre définition du «  conspirationnisme ».

    C’est «  un récit « alternatif » qui prétend bouleverser de manière significative la connaissance que nous avons d’un événement et donc concurrencer la « version » qui en est communément acceptée, stigmatisée comme « officielle » » (p. 2).

    Observons que cette définition ne s’applique pas qu’aux délires de malades mentaux. Ainsi, Platon affirmait avec le mythe de la caverne remettre en cause les certitudes de son temps ; Galilée avec sa thèse héliocentrique défiait la lecture que son époque faisait de La Bible ; etc.

    Pour ma part et puisque l’on voit en moi le « pape du conspirationnisme » ou plutôt l’«  hérésiarque », selon le mot du philosophe italien Roberto Quaglia, je réaffirme mon engagement politique radical, au sens du radicalisme républicain français, de Léon Bourgeois [4], de Georges Clemenceau [5], d’Alain [6] et de Jean Moulin [7]. Pour moi, comme pour eux, l’État est un Léviathan qui par nature abuse de ceux qu’il gouverne.

    Comme républicain radical, je suis conscient que l’État est l’ennemi de l’intérêt général, de la Res Publica ; raison pour laquelle je souhaite non pas l’abroger, mais le dompter. L’idéal républicain est compatible avec divers régimes politiques —y compris avec la monarchie, comme l’ont acté les auteurs de la Déclaration de 1789—.

    Cette opposition, que le Parti socialiste actuel conteste, a tellement marqué notre histoire qu’en 1940 Philippe Pétain abrogea la République pour proclamer l’« État français  ». Dès sa prise de fonction présidentielle, j’ai dénoncé le pétainisme de François Hollande [8]. Aujourd’hui, M. Hollande se réclame de la République pour mieux la combattre et son inversion des valeurs plonge le pays dans la confusion.

    Qui sont les « conspirationnistes  » ?

    Les « conspirationnistes » sont donc des citoyens qui s’opposent à la toute-puissance de l’État et qui souhaitent le placer sous surveillance.

    La Fondation Jean-Jaurès les décrit en ces termes :

    «  [C’est une] mouvance hétéroclite, fortement intriquée avec la mouvance négationniste, et où se côtoient admirateurs d’Hugo Chávez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex-« Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultra-nationalistes, nostalgiques du IIIe Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes  » (p. 8).

    On notera les amalgames et les injures de cette description visant à discréditer les personnes qu’elle désigne.

    Les mythes des « conspirationnistes »

    La Fondation Jean-Jaurès poursuit son dénigrement en accusant les «  conspirationnistes » d’ignorer les réalités du monde et de croire naïvement en des mythes éculés. Ainsi, nous croirions au «  complot sioniste mondial  », au « complot illuminati » et au « mythe Rothschild  » (p. 4). Et pour créditer ces trois affirmations, elle ne cite qu’un exemple relatif au seul «  mythe Rothschild » : le blogueur Étienne Chouard —dont le travail ne porte pas simplement sur la République, mais va bien au-delà pour traiter de la Démocratie [9]— affirme que la loi Pompidou-Rothschild de 1973 est à l’origine de la dette de la France. Et la Fondation de réfuter cette affirmation en citant une tribune publiée par Libération.

    On notera ici que l’exemple d’Étienne Chouard nous laisse sur notre faim à propos des deux autres mythes cités. Surtout, la Fondation s’adresse à des ignorants qui n’ont pas lu la réponse de M. Chouard à la tribune de Libération [10], ni la contribution du «  conspirationniste » Michel Rocard [11]. En effet, de ce débat, il ressort bien que la loi de 1973 a permis l’explosion de la dette française au profit de banques privées, ce qui aurait été impossible auparavant.

    > à suivre...



  • Analis 29 mars 2015 10:52

    @Andromede95

    Si tu avais lu correctement mon commentaire précédent, tu aurais vu que je ne me suis même pas prononcé sur la pravda. J’ai simplement précisé que ce journal faisait saliver certains conspirationnistes.

    C’est à Baasiste 2 que tu aurais dû répondre.

    Il est exact que la phrase de Baasiste 2 ne peut s’expliquer que par le désir de recourir au cliché d’une Pravda symbôle de la servilité médiatique, mais ta réponse ne se comprend que si on considère qu’on doit prendre ce cliché au sérieux. Alors que la réalité veut que la situation de la presse dans nos pays est à bien des égards pire que sous l’Union soviétique. De nombreux indices vont dans ce sens, et même les institutions les plus proches de l’idéologie dominante ont du mal à masquer ce fait. Ainsi, le classement de Reporters sans Frontières 2014 n’est pas vraiment tendre avec plusieurs grands pays occidentaux, en dépit de son orientation plutôt néo-conservatrice, plaçant le Royaume-Uni au 33ème rang, la France au 39ème et les USA au 46ème ! Et encore cette organisation est-elle vraiment beaucoup trop tendre avec l’état de la pluralité de l’information dans ces pays, notamment au sujet du travail de faussaire digne de la pire propagande de guerre hitlérienne ou stalinienne lors du traitement des conflits en Syrie, Libye, Ukraine et maintenant Irak, ou au sujet de quantitée de sujets dissidents (11-9, AZF, meurtres des Kennedy, Boulin, Dr Kelly, Bérégovoy, etc...). La place des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne devrait être au-delà de la 100ème, et celle de la France, dont la presse est la plus monolithique, encore plus bas. En fait, sur les questions sensibles, il n’y a pas de différence importante avec la Chine ou la Russie.

    Là encore, un autre article déjà publié, mais qui mérité d’être rappelé : un ancien serviteur de l’impérialisme fait son mea-culpa :

    http://reseauinternational.net/journaliste-allemand-renom-les-medias-cia-poussent-guerre-mondiale/

    -----------------------------------------------------------------------------------------------

    Journaliste allemand de renom : Les médias de la CIA poussent pour la guerre mondiale

    09 octobre 2014

    Udo Ulfkotte dit que tous les médias les plus importants sont contrôlés par la CIA

    Udo Ulfkotte, un ancien rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens allemands de grand tirage Frankfurter Allgemeine Zeitung, admet qu’il a travaillé pour la CIA.

    “Je suis journalise depuis environ 25 ans et on m’a appris à mentir, à trahir et à ne pas dire la vérité au public,” a dit Ulfkotte dans un entretien avec la chaîne Russia Today (RT). “J’ai été soutenu par la CIA, pourquoi ? Parce que je suis pro-américain”

    Il a décidé de dire la vérité au sujet des médias de masse complètement contrôlés par la classe financière parce qu’il a peur d’une guerre en Europe.

    Les médias allemands et américains essaient d’amener la guerre aux gens en Europe, d’amener la guerre en Russie. C’est le point de non retour et je vais dire ce que j’ai à dire… Ce que j’ai fait dans le passé est mal, manipuler les gens, construire une propagande contre la Russie.

    Ulfkotte a dit que la plupart des journalistes de la corporation médiatique aux Etats-Unis et en Europe sont “soi-disant des couvertures non-officielles”, ils travaillent pour une agence de renseignement. “Je pense que c’est particulièrement le cas pour les journalistes britanniques, parce qu’ils ont une relation bien plus étroite (avec leur service de renseignement). C’est très certainement le cas avec les journalistes israéliens et bien sûr les journalistes français… C’est également le cas avec les journalistes australiens, néo-zélandais, taïwanais, bref, de beaucoup de pays.

    Operation Mockingbird (Opération “oiseau moqueur”)

    La subversion par la CIA des médias de masse est très bien documentée. Dès 1948, l’ancien avocat de Wall Street Frank Wisner (NdT : le père du beau-père de Sarkozy…) a établi l’opération Mockingbird quand il était directeur de l’OSP (Office of Special Projects), qui allait devenir par la suite un département de la CIA. Cette opération avait pour but de convertir les médias en outil de propagande pour l’élite financière. Wisner engagea Philip Graham du Washington Post pour diriger l’opération et recruter des journalistes, beaucoup d’entre eux avaient travaillé pour le renseignement militaire durant la seconde guerre mondiale.

    “Vers la fin des années 1950, Wisner ‘possédait’ des membres respectés du New York Times, de Newsweek, de CBS et autres véhicules de communication,” écrit Deborah Davis dans son livre “Katharine the Great : Katharine Graham and the Washington Post”.

    Dés 1953, l’opération fut dirigée par le directeur de la CIA Allen Dulles et balayait virtuellement toutes les grosses entreprises médiatiques incluant le New York Times (NdT : Nous avons dit sur ce blog depuis très longtemps que le New York Times était “la voix de la CIA”…), les magazines Time et Life, les équipes de journaux télévisés, particulièrement CBS News sous Philip Paley, en plus des journaux et chaînes de télévision d’information, la CIA contrôlait aussi Hollywood et la production des films.

    “Les fichiers de la CIA documentent des arrangements de couverture additionnels avec ces organisations de presse entre autres : Le New York Herald Tribune, Saturday Evening Post, Scripps-Howard Newspapers, Hearst Newspapers, Associated Press (AP), United Press International (UPI), the Mutual Broadcasting System (MBS), Reuters, the Miami Herald,” a écrit Carl Bernstein le célèbre journaliste de l’affaire du Watergate dans un article paru dans la revue Rolling Stone en 1977.

    Des preuves de l’existence du réseau de la propagande de la CIA, son “puissant Wurlitzer” comme l’appelait Wisner, avaient été révélées dans les années 1970 suite aux révélations du comité d’enquête du sénateur Church (Church Committee). “”La CIA entretient couramment un réseau de plusieurs centaines d’individus étrangers à travers le monde qui fournissent des renseignements à la CIA et parfois essaient d’influencer les opinions publiques au travers de l’utilisation de propagande cachée. Ces individus donnent à la CIA un accès direct à un grand nombre de journaux, magazines et périodiques, un grand nombre d’agences de presse, de stations de radios et de télévisions, d’entreprises de publication de livres, maisons d’édition et autres fonctions médiatiques étrangères,” citait un rapport du comité du Congrès en 1976.

    Comme le documente Alex Constantine, l’opération Mockingbird est toujours opérationnelle aujourd’hui sous une grande variété de déguisements. Un de ses plus grands géniteurs, Richard Mellon Scaife, vient juste de décéder.

    CIA Media pousse pour une guerre catastrophique avec la Russie

    Udo Ulfkotte s’est dévoilé parce qu’il a peur d’une guerre entre les Etats-Unis, l’Europe et la Russie.

    Les médias américains et allemands essaient d’amener la guerre en Europe, en Russie. C’est le point de non retour et je vais dire ce que j’ai à dire… Ce que j’ai fait dans le passé est mal, manipuler les gens, construire une propagande contre la Russie. Ce n’est pas juste ce que mes collègues font également, ce qu’ils ont fait dans le passé, parce qu’ils sont corrompus pour trahir le peuple, pas seulement en Allemagne, mais partout en Europe… J’ai très peur d’une nouvelle guerre en Europe et je ne veux pas voir une fois de plus cette situation se produire, car une guerre ne vient jamais toute seule, il y a toujours des gens qui poussent à la guerre et ce ne sont pas seulement les politiciens, ce sont les journalistes également… Nous avons trahi notre lectorat, nous avons juste toujours poussé pour la guerre… J’en ai assez, j’en ai ras le bol de toute cette propagande. Nous vivons dans une république bananière et non pas dans un pays démocratique où nous aurions la liberté de la presse.

    Pour l’élite gouvernante, l’oligarchie financière en contrôle des Etats-Unis, la guerre est un outil fait sur mesure pour maintenir et centraliser le pouvoir ainsi qu’établir un ordre monétaire mondial. Aveuglée par son arrogance démesurée, l’élite croit qu’une guerre avec la Russie va mettre en échec les aspirations géopolitiques de cette nation, qu’ils perçoivent comme une menace, comme celles de la Chine. Mettre en échec et défier la Russie est l’objectif de cette guerre en Ukraine, qui s’est mise en sourdine depuis quelques temps.

    La Russie est parfaitement au courant de ce qui se trame et se prépare maintenant pour l’inévitable : une guerre thermonucléaire. Impensable il y a encore 2 ou 3 ans, la Russie est maintenant en train de considérer une refonte à très grande échelle de sa position militaire et de considérer (NdT : comme l’ont déjà fait les Etats-Unis…) la possibilité d’une première frappe nucléaire contre l’OTAN et les Etats-Unis.

    “A mon avis, notre ennemi principal sont les Etats-Unis et l’OTAN”, a dit le mois dernier le général Youri Yakoubov, vétéran du ministère de la défense russe.

    Yakoubov a dit que la Russie avait fusionné ses forces aériennes et spatiales avec ses forces nucléaires aériennes, terrestres et maritimes.

    “De plus, il est nécessaire de finement détailler les conditions sous lesquelles la Russie pourrait mener une frappe préemptive avec ses forces balistiques stratégiques”, a t-il dit.

    Kurt Nimmo

    url de l’article original :

    http://www.infowars.com/leading-german-journalist-cia-media-pushing-for-world-war/

     Traduit de l’anglais par Résistance 71 



  • Analis 27 mars 2015 21:36

    Une analyse qui rapelle que non, les gens ne sont pas forcément mieux informés dans les pays occidentaux que dans d’autres à caractère plus ou moins autoritaire, et que cet état de fait est facilité par la croyance que beaucoup d’entre eux partagent sur la fiabilité de leur modèle socio-politique, donc bon et incapable d’induire en erreur, par opposition aux autres qu’ils perçoivent comme mauvais et portés à opprimer et tromper. Situation pernicieuse s’il en est  ! Le témoignage d’un ancien analyste militaire d’origine russe au service de l’OTAN va dans ce sens : la propagande occidentale actuelle est plus grossière même que celle de l’URSS au temps de la guerre froide, parce qu’elle se peut se le permettre en raison de la plus grande crédulité du public occidental / poids du conformisme oblige  :

    http://vineyardsaker.blogspot.fr/2014/03/today-every-free-person-in-world-has-won.html

    Traduction :

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ukraine-crimee-les-medias-150369

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    « Dans les heures qui suivirent le discours de Poutine, j’ai été étonné de voir la déconnexion totale entre ce que je venais d’entendre, la réaction des populations en Russie, et la façon dont les médias officiels occidentaux rapportaient l’événement. Les personnalités politiques russes comparaient ce qui venait de se passer à la victoire contre l’Allemagne nazie en 1945, et elles ont répété maintes et maintes fois que ce qui venait d’avoir lieu créerait un nouvel ordre mondial et que la nature du système des relations internationales avait été changée pour toujours. Et

    pourtant, les grands médias occidentaux n’ont parlé que du faste de la cérémonie et de la manière dont Poutine avait justifié l’annexion de la Crimée par la Russie. Ont-ils écouté un discours différent ?! »

    « Pendant une longue période de ma vie, comme beaucoup d’autres analystes militaires, j’ai gagné ma vie, entre autres choses, par la lecture quotidienne de la presse soviétique. Non seulement la Pravda ou Izvestia, mais également des journaux encore plus ennuyeux ou spécialisés, des magazines, des revues, etc. J’écoutais la radio soviétique aussi souvent que je le pouvais, et je n’ai jamais manqué une occasion de regarder la télévision soviétique,

    en particulier les émissions d’informations. À l’époque, j’étais jeune, très naïf et très bête, et je croyais sincèrement que l’Union soviétique était une menace mortelle pour l’Europe occidentale et que la seule chose qui se dressait entre eux, les communistes malfaisants, et nous, le monde libre, était la puissance militaire de l’OTAN. En regardant ce que j’étais à cette époque et la crasse absolue que j’avais alors dans le cerveau, je me sens gêné et, franchement, honteux de ma crédulité totale. Mais à l’époque, j’étais un soldat dévoué de la guerre froide dont la devise était « connais ton ennemi ». Et je connaissais bien mon « ennemi  », vraiment très bien. Je voulais expliquer tout ce qui précède avant de déclarer ce qui suit :

    En toute honnêteté et sincérité, je dois dire ici que la presse soviétique était beaucoup plus pluraliste, plus diversifiée et plus digne de confiance que les principaux médias occidentaux actuels. Certes, la presse soviétique passait tout simplement sous silence certains sujets, mais cela tend à montrer que contrairement aux grands médias occidentaux, ils ne se sentaient pas capables de mentir effrontément au point de nier catégoriquement et totalement les évidences. D’une part, le public soviétique était beaucoup mieux éduqué. Nous tous, y compris moi-même, avions l’habitude de nous moquer des leçons obligatoires de marxisme-léninisme dans les écoles soviétiques, mais nous avons négligé que n’importe quel cours de marxisme-léninisme à peu près décent abordait nécessairement des thèmes comme la dialectique, le matérialisme historique et l’économie, des notions qui vous forcent à penser et à réfléchir. Cela ne veut

    pas dire qu’on ne pouvait pas mentir au peuple soviétique – on pouvait et cela a été bien évidemment fait maintes fois – mais seulement que les mensonges devaient être au moins à moitié crédibles et présenter un scénario plausible. En revanche, pour un public élevé avec CNN, la BBC ou MTV, les mensonges n’ont pas même besoin de passer un test de bon sens élémentaire (comme l’a si bien illustrée la couverture médiatique par les médias occidentaux « mainstream » de la guerre d’Ossétie du Sud du 08.08.08 ou des événements en Ukraine) : la Doublepensée prédite par Orwell dans son livre 1984 est maintenant entièrement en vigueur, et le noir peut être appelé blanc et vice-versa sans le moindre problème. Je dirais même que, en comparaison, même les médias nazis Völkischer Beobachter contenaient plus d’informations que, par exemple, le New York Times, le Wall Street Journal ou la BBC, dont le niveau de mensonge éhonté ne peut être comparé qu’à, peut-être, celui du Der Stürmer.

    J’ai remarqué pour la première fois ce niveau inégalé de mensonge pur et simple – un niveau absolument sans précédent – dans les grands médias occidentaux pendant la guerre USA / OTAN contre la Yougoslavie (Croatie, Bosnie, Kosovo), mais je pense que cela n’a fait qu’empirer depuis. En revanche, la presse russe moderne est très diversifiée, et le peuple russe peut aussi régulièrement voir le type de couverture que les événements actuels en Ukraine reçoivent dans la presse occidentale, ce qui le laisse stupéfait. Le peuple russe ne peut tout simplement pas comprendre comment cela est possible dans une société qui semble extérieurement avoir toutes les caractéristiques d’une société libre et pluraliste. Dans les mauvais jours de l’URSS, c’était tout simple : il y avait la censure d’Etat. Mais il n’y a pas de censure d’Etat à l’Ouest, il n’y a pas de Glavlit ni de Goskomizdat, et pourtant la presse occidentale est beaucoup plus monolithique et malhonnête que la presse de parti officielle de l’URSS elle-même.

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