Une précision
importante ; l’auteur critique Zemmour pour avoir dit ceci :
« Les Etats-Unis,
eux-mêmes, sont passés, près d’un demi-siècle après leur
indépendance, par une guerre meurtrière pour que le Nord impose au
Sud la victoire du président Lincoln » (RTL, 3 décembre 2010).
Mais sa critique reflète une incompréhension historique :
"L’Indépendance des Etats-Unis remonte à 1776 et la Guerre de
Sécession à 1861, soit presque un siècle après."
En fait, les treize
colonies britanniques américaines ont accédé à l’indépendance en
1776, mais l’auteur fait l’erreur très courante de croire que c’est
sous la forme des « Etats-Unis ». Elles y ont accédé sous
la forme de treize Etats indépendants et souverrains, qui ont bien
formé très tôt une forme d’union, mais une vague union
confédérale, une ligue d’Etats sans structure étatique commune,
régie parce qu’on appealit justement les articles de la
Confédération. Ce n’est qu’en 1887 que les vrais Etats-Unis sont
nés, qu’est apparu un Etat fédéral doté des tous les attributs de
souverraineté (même si la constitution limitait ses compétences).
Une évolution justement justifiée par ses partisans par le fait que
la confédération était trop faible.
À partir de 1887 se
met donc en place une logique différente, celle des rapports entre
un Etat et ses provinces autonomes et son peuple (peuple qu’on ne
peut pas encore vraiment appeller une nation). De 1887 à 1861, on a
donc 74 ans, trois quarts de siècle. Plus qu’un demi, certes, mais
pas encore presque un siècle. Mais cette sanglante guerre de
sécession est bien le résultat d’une construction trop rapide et
imposée à des peuples qui ne se reconnaissaient pas forcément en
elle, ou en tout cas qui n’en avaient pas saisi les enjeux. Quant on
regarde l’histoire de tous les grands Etats américains,
habituellement fédéraux (Mexique, Brésil, Argentine, Colombie,
Vénézuéla etc...), leur indépendance a été marquée au début
par de violentes guerres civiles. Les états-uniens avaient cru
qu’ils pouvaient zapper cette phase, mais elle apparaît inévitable
si les différences sont trop importantes.
En lisant cet article
d’Agoravox, l’impression que j’en retire est que pour le moment, la
présidente argentine s’en sort bien. La manipulation éventuelle a
donc raté sa cible, et il sera difficile de la relancer.
Le point le plus
faible dans l’argumentation de cet article, c’est d’affirmer qu’un
professionnel n’agirait pas ainsi. C’est vrai dans le cas d’un
meurtre ordinaire, mais pas si le but du meurtre était justement de
causer une vague d’émotion. Ajouter de la sauvagerie gratuite
aiderait à amplifier celle-ci.
Ce meurtre pourrait
très bien servir à soulever une nouvelle vague d’émotion contre
Poutine, à l’étranger comme à l’intérieur des frontières. Et
même si Nemtsov était très proche des occidentaux, et de leurs
éléments les moins fréquentables, on sait que les services secrets
n’ont guère d’état d’âme quand il s’agit d’éliminer un de leurs
alliés afin de servir uen cause plus vaste. Cependant, la piste
« CIA-Ukraine » n’est qu’une parmi d’autres. Des
ultranationalistes ou des affairistes, voire des islamistes sont des
coupables tout aussi plausibles.
Il est certain que la
thèse du suicide du procureur Nizman, si on en croît les premiers
éléments, apparaît douteuse. Mais il est tout aussi certain que
les commentaires des médias mainstreams essaient de dissimuler les
graves incertitudes qui tournent autour de l’action du personnage, et
de répandre l’idée fausse que la présidente Christina Fernàndez
de Kirchner aurait de tous temps essayé d’éloigner er
l’investigation sur les attentats de la piste iranienne.
Rien n’est plus
éloigné de la réalité. En 2007, quand ont été déposées des
plaintes ontre les magistrats Nisman et Martinez Burgos et l’American
Jewis Committee pour obstruction à la justice afin d’écarter les
éléments contredisant la piste iranienne (*), ces plaintes ont été
délaissées en dépit du fait que de nombreux éléments existaient
en ce sens, élément accumulés bien avant toute interférence
présidentielle (**), ce qui ne peut s’expliquer que par l’existence
de pressions visant à les ignorer. La présidence a donc laissé ces
pressions extérieures s’exercer, car sinon on imagine mal une telle
issue. Christina Fernandez pensait alors à améliorer ses relations
avec les nord-américains et les européens, et ne voulait pas leur
chercher noise sur ce dossier. Il est difficile de soutenir que
Nisman se trouvait alors dans le collimateur du gouvernement.
Seulement, depuis, les choses ont changé, et ses relations se sont
tendues, notamment avec les anglophones, pour toute une série de
raisons, des Malouines jusqu’à la dette économique. En conséquence
de quoi elle apparaît avoir relâché la pression sur
l’investigation judiciaire des attentats de 1992 et 1994 (le premier
n’étant curieusement pas mentionné dans l’article), certains juges
étant revenus sur une piste proche d’Israël (***). Apparaissant
donc moins malléable et complaisante envers les USA, Israël et
leurs suivants, il ne serait pas surprenant qu’elle fasse l’objet
d’une tentative de déstabilisation. Christina Fernandez se retrouve
cependant dans une position un peu délicate, car elle a permis il y
a 7 ans de cela aux interventions israléo-CIAiennes de s’exprimer,
ce dont il lui est difficile de se justifier.
L’attentat
de Buenos-Aires (1994) aurait été fomenté par l’ex-ministre de
l’Intérieur
Dans
tous les cas, les services secrets argentins ne devraient pas
échapper à la réorganisation. Si tentative de déstabilisation il
y a eu, que ce soit de leur part, de la CIA ou du Mossad, elle aura
été contre-productive.