Pourtant, c’est bien la
pravda qui a fait saliver à plusieurs reprises tes camarades
conspirationnistes :
Une comparaison très
malheureuse et qui dessert votre propos, car la Pravda était
au final plus objective que vos médias !
Non, les gens ne sont pas
forcément mieux informés dans les pays occidentaux que dans
d’autres à caractère plus ou moins autoritaire, et que cet état de
fait est facilité par la croyance que beaucoup d’entre eux partagent
sur la fiabilité de leur modèle socio-politique, donc bon et
incapable d’induire en erreur, par opposition aux autres qu’ils
perçoivent comme mauvais et portés à opprimer et tromper.
Situation pernicieuse s’il en est ! Le témoignage d’un ancien
analyste militaire d’origine russe au service de l’OTAN, que j’avais
posté sur le fil Ukraine, va dans ce sens : la propagande
occidentale actuelle est plus grossière même que celle de l’URSS au
temps de la guerre froide, parce qu’elle se peut se le permettre en
raison de la plus grande crédulité du public occidental :
« Dans les heures qui
suivirent le discours de Poutine, j’ai été étonné de voir la
déconnexion totale entre ce que je venais d’entendre, la réaction
des populations en Russie, et la façon dont les médias officiels
occidentaux rapportaient l’événement. Les personnalités
politiques russes comparaient ce qui venait de se passer à la
victoire contre l’Allemagne nazie en 1945, et elles ont répété
maintes et maintes fois que ce qui venait d’avoir lieu créerait un
nouvel ordre mondial et que la nature du système des relations
internationales avait été changée pour toujours. Et
pourtant, les grands
médias occidentaux n’ont parlé que du faste de la cérémonie et
de la manière dont Poutine avait justifié l’annexion de la Crimée
par la Russie. Ont-ils écouté un discours différent ?! »
« Pendant une longue
période de ma vie, comme beaucoup d’autres analystes militaires,
j’ai gagné ma vie, entre autres choses, par la lecture quotidienne
de la presse soviétique. Non seulement la Pravda ou Izvestia,
mais également des journaux encore plus ennuyeux ou spécialisés,
des magazines, des revues, etc. J’écoutais la radio soviétique
aussi souvent que je le pouvais, et je n’ai jamais manqué une
occasion de regarder la télévision soviétique,
en particulier les
émissions d’informations. À l’époque, j’étais jeune, très
naïf et très bête, et je croyais sincèrement que l’Union
soviétique était une menace mortelle pour l’Europe occidentale et
que la seule chose qui se dressait entre eux, les communistes
malfaisants, et nous, le monde libre, était la puissance militaire
de l’OTAN. En regardant ce que j’étais à cette époque et la
crasse absolue que j’avais alors dans le cerveau, je me sens gêné
et, franchement, honteux de ma crédulité totale. Mais à l’époque,
j’étais un soldat dévoué de la guerre froide dont la devise
était « connais ton ennemi ». Et je connaissais bien mon « ennemi
», vraiment très bien. Je voulais expliquer tout ce qui précède
avant de déclarer ce qui suit :
En toute honnêteté et
sincérité, je dois dire ici que la presse soviétique était
beaucoup plus pluraliste, plus diversifiée et plus digne de
confiance que les principaux médias occidentaux actuels. Certes,
la presse soviétique passait tout simplement sous silence certains
sujets, mais cela tend à montrer que contrairement aux grands médias
occidentaux, ils ne se sentaient pas capables de mentir effrontément
au point de nier catégoriquement et totalement les évidences. D’une
part, le public soviétique était beaucoup mieux éduqué. Nous
tous, y compris moi-même, avions l’habitude de nous moquer des
leçons obligatoires de marxisme-léninisme dans les écoles
soviétiques, mais nous avons négligé que n’importe quel cours de
marxisme-léninisme à peu près décent abordait nécessairement des
thèmes comme la dialectique, le matérialisme historique et
l’économie, des notions qui vous forcent à penser et à
réfléchir. Cela ne veut
pas dire qu’on ne
pouvait pas mentir au peuple soviétique – on pouvait et cela a été
bien évidemment fait maintes fois – mais seulement que les
mensonges devaient être au moins à moitié crédibles et présenter
un scénario plausible. En revanche, pour un public élevé avec CNN,
la BBC ou MTV, les mensonges n’ont pas même besoin de passer un
test de bon sens élémentaire (comme l’a si bien illustrée la
couverture médiatique par les médias occidentaux « mainstream »
de la guerre d’Ossétie du Sud du 08.08.08 ou des événements en
Ukraine) : la Doublepensée prédite par Orwell dans son livre
1984 est maintenant entièrement en vigueur, et le noir peut
être appelé blanc et vice-versa sans le moindre problème. Je
dirais même que, en comparaison, même les médias nazis Völkischer
Beobachter contenaient plus d’informations que, par exemple, le
New York Times, le Wall Street Journal ou la BBC, dont
le niveau de mensonge éhonté ne peut être comparé qu’à,
peut-être, celui du Der Stürmer.
J’ai remarqué pour la
première fois ce niveau inégalé de mensonge pur et simple – un
niveau absolument sans précédent – dans les grands médias
occidentaux pendant la guerre USA / OTAN contre la Yougoslavie
(Croatie, Bosnie, Kosovo), mais je pense que cela n’a fait
qu’empirer depuis. En revanche, la presse russe moderne est très
diversifiée, et le peuple russe peut aussi régulièrement voir le
type de couverture que les événements actuels en Ukraine reçoivent
dans la presse occidentale, ce qui le laisse stupéfait. Le peuple
russe ne peut tout simplement pas comprendre comment cela est
possible dans une société qui semble extérieurement avoir toutes
les caractéristiques d’une société libre et pluraliste. Dans les
mauvais jours de l’URSS, c’était tout simple : il y avait la
censure d’Etat. Mais il n’y a pas de censure d’Etat à l’Ouest,
il n’y a pas de Glavlit ni de Goskomizdat, et
pourtant la presse occidentale est beaucoup plus monolithique et
malhonnête que la presse de parti officielle de l’URSS elle-même.
Ambiguïté sur
l’usage du terme canular, et du terme conspirationniste. Leur
conjonction menant le lecteur lamba à penser que l’affirmation selon
laquelle cette carte a été présentée par certains impérialistes
comme la représentation des futurs Proche- et Moyen-Orient a été
inventée par des « conspirationnistes », c’est à dire des
critiques des politiques officielles. C’est doublement faux, cette
carte a bien été inventée par des stratèges qu’on ne peut
qu’appeller impérialistes (suivant une stratégie vieille de
plusieurs décennies), et a été présentée, ainsi que quelques
autres assez proches, par la presse comme étant un visage possible
du monde arabo-anatolo-persique à venir.
On peut penser que
par l’usage du mot canular, Robert Bibeau ne remet pas en cause la
paternité de cette carte, mais qu’il veut dire que les stratèges
impérialistes en question ne l’ont promue dans les médias que dans
le but de faire peur. On peut toujours discuter de leurs intentions,
mais je pense qu’il y a des raisons de penser que pour eux, ce
redécoupage des frontières est une option sérieusement envisagée.
Il est bien imprudent d’être aussi catégorique sur la nature de
pure propagande destinée à semer la panique dans les chaumières au
Moyen-Orient et ailleurs.
Le président
s’égarerait parce qu’il serait conseillé par des intellectuels ?
Mais quelle fadaise ! Un président a tous les conseillers à sa
disposition, autrement plus compétents et pertinents, et ce ne sont
pas des intellectuels qui vont venir définir sa position ! Il faut
cesser de trouver des excuses à Hollande. Il s’est gravement égaré,
a décidé de son plein gré de soutenir les pires groupes
terroristes, il s’est rendu complice de crimes contre l’humanité. Le
fait qu’il ait repris la politique désastreuse de Sarkozy, tout
aussi coupable des mêmes atrocités, ne l’excuse pas davantage.
Etant un nouveau président, et nullement soumis aux décisions
politiques de son prédécesseur (c’est à cela que sert
l’alternance), il ne peut pas se réfugier derrière elles.
Quant à
l’explication un peu bête selon laquelle Hollande, comme Sarkozy
avant lui, serait simplement inféodé à la politique des USA ou de
l’OTAN, déjà infirmée par de nombreux faits, le récent
développement confirme son ineptie complète.
C’est là qu’il
convient de se rappeller cette information parue en janvier :
Selon McClatchy,
Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services
secrets français
RÉSEAU VOLTAIRE
INTERNATIONAL | 9 JANVIER 2015
Le quotidien
états-unien McClatchy annonce que les Frères Kouachi et
Mohammed Mehra ont été recrutés par l’artificier du sous-groupe
Khorasan d’Al-Qaïda.
L’année dernière,
le même journal avait révélé l’existence du Français David
Drugeon (photo) et son rôle au sein d’al-Qaïda en Syrie. Il avait
prétendu que le jeune homme était un membre des services secrets
français. Puis, le Pentagone avait confirmé le considérer comme
une cible prioritaire. Le ministère français de la Défense avait
alors vivement infirmé que Drugeon ait jamais travaillé pour lui.
Le 6 novembre 2014,
Fox News annonçait que David Drugeon avait été tué par un drone
états-unien à Sarmada (Syrie). La chaîne réitérait l’accusation
selon laquelle il travaillait pour les services secrets français.
Dans un article de
son correspondant en Irak, Mitchell Prothero, McClatchy analyse les
images et vidéos de la tuerie de Charlie Hebdo. Il conclue que les
Frères Kouachi ont probablement eu une expérience de guerre ou ont
au moins reçu une formation militaire. L’article renouvelle
l’accusation de l’appartenance de David Drugeon aux services
secrets français. Il laisse entendre une possible responsabilité
des services secrets français dans les affaires Mehra et Kouachi.
Cet article figurait
dans la revue de presse interne du Pentagone, datée du 8 janvier.
“Videos show Paris
gunmen were calm as they executed police officer, fled scene”,
Mitchell Prothero, McClatchy,
Le
fait que l’article avait été repris dans la revue de presse du
Pentagone suggère que la fuite pouvait venir d’eux. Une atmosphère
de règlement de compte, compatible avec la ligne actuelle du
gouvernement états-unien qui
semble vraiment décidé à écarter tous ceux qui s’opposent à un
règlement raisonnable en Syrie. Ce qui ne l’absout cependant pas de
sa part importante de responsabilité dans le déclenchement et
l’évolution de la guerre.
Je n’avais pas
remarqué cette contribution et la discussion qui s’en était
ensuivie à l’époque, je le regrette car il y figure des amalgames
habituels depuis une douzaine d’années, à but clairement
relativiste, qu’on retrouve dans l’article aussi bien dans certains
messages.
Pour la traite
négrière à vraiment parler, les chiffres sérieux varient entre 9
et 16 millions d’esclaves débarqués, mais il y a d’énormes
incertitudes au niveau de ceux embarqués, les pertes étant souvent
importantes au cours de la traversée. Il faut aussi tenir compte de
ceux morts dans les caravanes de captifs avant d’être embarqués.
Le chiffre de 17
millions pour la traite arabe (en fait arabo-perso-ottomane)
africaine est exagéré. Et parler de traite négrière est de toute
façon un non-sens dans ce cas, car elle n’était pas basée sur le
fait d’être noir ou non mais sur la religion. La majorité des
esclaves du monde arabo-musulman venaient en fait du nord, y compris
au Maghreb jusqu’au XVIIIème siècle ; les esclaves du marché de
Crète, le principal du monde ottoman, étaient blancs en grande
majorité. De nombreux berbères en Afrique du nord et anatoliens ont
aussi servi d’esclaves avant que ces contrées soient islamisées.
Les vénitiens ont aussi vendu durant des siècles des esclaves
européens, germains puis est-européens aux arabes puis aux turcs.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier les esclaves malais et indiens,
dont le nombre était important.
Quant à l’apport
génétique subsaharien dans le monde arabe, les quotas donnés par
l’auteur sont basés sur des erreurs de raisonnement : le sang « noir »
est présent de toute antiquité au Maroc et au Yémen, avant même
que ces pays ne blanchissent, il est donc inutile de s’en servir afin
de quantifier l’impact de l’esclavage subsaharien (les esclaves étant
en fait généralement castrés). D’ailleurs, au vu de l’apparence
des populations de l’Atlas marocain et du Yémen côtier, ces
proportions de 16 et 22% paraissent insuffisantes.
Parler de traite
négrière pour les circuits intra-africains est également un tour
de propagande grossière. Le fait d’être noir n’entrait là non plus
pas en ligne de compte (et signalons le fait crucial que le trafic
d’esclave entre sud et nord du Sahara était à double sens). Il
s’agit simplement de l’esclavage d’une société traditionnelle non
mécanisée, le même que dans le monde gréco-romain antique - ou
dans le monde arabo-musulman... Cette propagande ne prend d’ailleurs
qu’en France, son but transparent étant de relativiser les méfaits
des occidentaux, les auteurs anglo-saxons ne tombant pas dans ce
piège et faisant au contraire ressortir que les circuits internes et
à direction de l’Arabie ont été développés par l’action néfaste
des européens, et ont du être continués à être alimentés une
fois que ceux-ci avaient cessé de les utiliser (Zanzibar était
d’abord un centre servant aux portugais et français). Et ce chiffre
de 14 millions confond des situations très diverses, de la servitude
pour dettes au servage en passant par le travail forcé pénal.
À ce sujet, s’il est
exact que très peu d’esclaves noirs africains étaient capturés
directement par des négriers, les européens ont bien obligé les
Etats subsahariens à leur vendre des esclaves et à développer une
économie de razzias afin de les fournir, allant jusqu’à renverser
les dirigeants qui étaient réticents (c’était la mise en place du
colonialisme commercial, ressemblant beaucoup au néo-colonialisme
moderne). La traite négrière était vraiment spécifique, parce
qu’elle supposait la réduction en esclavage de personnes uniquement
en raison de leur appartenance raciale, et ce à grande échelle,
dans des conditions effroyables inconnues de la pupart des formes de
servitude, et qu’elle a résulté en la déstabilisation politique
d’une grande partie d’un continent. Chose dont elle ne s’est toujours
pas vraiment remise.
Et il ne faut pas
réduire l’esclavagisme européen post-1500 à la traite négrière,
même en rajoutant les colonies africaines et l’océan Indien. Si on
tient compte du servage, de l’asservissement des amérindiens
(pratiqué en masse par les espagnols au début, puis dans les
colonies portuguaise et britannique jusque très tard), de
l’esclavage traditionnel en Europe méditerranéenne (parce qu’il n’y
avait pas que le servage à avoir subsisté au Moyen-Âge, mais aussi
les formes antiques gréco-romaines dans ces pays, esclavage dont
étaient aussi victimes les barbaresques, cela jouait à double
sens), de l’esclavage des indiens, malais et arabes dans l’océan
Indien (puisque tous les non-blancs étaient « éligibles »),
du travail forcé des galériens ou des bagnards et autres formes de
servitude telle celle pour dettes (puisqu’après tout
Pétré-Grenouilleau les amalgame en Afrique subsaharienne), cela
fait vraiment beaucoup. Même en ne s’en tenant qu’à l’aspect légal,
car à côté de ça, il y a eu de nombreuses pratiques illégales,
qui se prolongent parfois de nos jours. Et encore n’est-il pas là
question de la pratique massive du travail forcé par les
colonisateurs européens dans leurs colonies. L’Occident de
l’expansion coloniale a vraiment été le pus grand producteur
d’esclavagisme de tous les temps. Donc, non il n’a certes pas
l’exclusivité de l’esclavage, mais il a bien une spécificité dans
l’ampleur et la systématisation, qui dépasse de loin le cadre du
simple esclavage traditionnel.