Ce lion-monde peut être un indice que les chapiteaux de Bibracte datent aussi de cette époque. Située en bas à droite de l’oeil, Ratumagus serait Rouen et effectivement les affluents encaissés de la Seine dessinent un cercle autour de la ville. Mais là encore, le tracé des fleuves est plus que fantaisiste puisqu’on ne se trouve pas sur le même cours d’eau que Paris.
On retrouve la technique des berceaux transversaux caractéristique de Tournus et Mont-Saint-Vincent et par ailleurs très rare, également employée pour la basilique de Constantin et Maxence à Rome ! Comment expliquer cette incroyable coïncidence autrement que par le fait que ces bâtiments sont contemporains ?
Dans une vaste et puissante ville comme Rome, on peut se permettre de laisser tomber en ruine d’imposants monuments et en construire de nouveaux un peu plus loin. Mais pour la plus grande partie des autres cités, l’espace et les moyens manquaient cruellement. A Vienne et à Nîmes, on a même été jusqu’à conserver des vieux temples de l’école grecque pour en faire des chapelles.
Le soleil devant la gueule du lion semble inspiré du mythe égyptien de l’Aker. Un monstre chtonien qui avalait le soleil chaque soir à l’Occident et le recrachait à l’Orient. Pour cela, l’Aker était censé avoir deux têtes mais à l’époque de cette carte, on commençait peut-être à se douter que la terre était ronde.
Je n’arrive pas à me faire d’opinion sur le temple de Constantin dédié à Apollon. La cathédrale de Chalon me semble tout de même trop moderne et l’église de Mont-Saint-Vincent trop excentrée.
Ne s’agirait-il pas de la mystérieuse abbatiale de Tournus dont l’architecture possède des points communs avec celle de Mont-Saint-Vincent ? Sur la carte, Tenurcio semble se balader un peu dans la vide comme si le copiste, persuadé que le temple était à Chalon, ne trouvait plus d’endroit où placer Tournus.
La situation de Murcens est similaire à celle de Corent : intercallé entre la citadelle (Montfaucon / Le Crest) et le principal cours d’eau traversant la cité (Lot / Allier).
Tout dépend de ce qu’on entend par « reconstruite ». Je connais un exemple d’église, probablement pas isolé, soit-disant reconstruite au 19ème siècle et qui menace maintenant de s’effondrer. Il se pourrait bien que la plupart des reconstructions n’aient concerné que la toiture et quelques voûtes trop abîmées, le tout recouvert d’enduit. Comment qualifier les travaux actuels sur Notre-Dame-de-Paris ? Rénovation ? Reconstruction ?
Emile va peut-être trop loin avec la cathédrale de Chalon mais il n’empêche que la question qu’il soulève reste autrement sans réponse. Où sont passés tous les grands édifices du Bas-Empire et de toutes les périodes qui ont suivi jusqu’au 11ème siècle ? La renaissance carolingienne, envolée ? Des moines en fuite auraient édifié Saint-Philibert à Tournus ? Difficile à croire !
Les cours d’eau n’étaient peut-être pas représentés à l’origine sur la carte et ont pu être ajoutés ensuite, là où il restait de la place. D’où leur tracé quelque peu aléatoire... Leur représentation en vagues et épaisses ondulations dénote à côté du style géométrique et précis des itinéraires.