Les parcours personnels de Flavius Josèphe et Paul montrent la porosité entre les différents mouvements. Officiellement, Zacharie/Matthias ne pouvait être que Sadducéen. Vous relevez d’ailleurs une influence sadducéenne dans l’Evangile de Jean. Les différents mouvements cherchaient sans doute à se noyauter les uns les autres. Le nom d’Elie est contenu dans celui d’Elizabeth. Ce qui peut signifier que pour l’auteur du Protévangile, Jean était bien appelé à jouer le rôle du prophète et non celui du messie-prêtre. Ce dernier devait effectivement être Simon dès le départ mais la fin du texte est étonnante. A cette époque le Grand Prêtre n’était pas désigné par ses pairs mais par Hérode ou le représentant de Rome. Si on suit « Jacques », les prêtres du Temple a priori sadducéens étaient officieusement prêts à placer à leur tête les descendants d’Onias et à se conformer au messianisme essénien ???
On peut déjà observer une divergence entre la Judée et la Galilée à la fin du règne d’Hérode. L’affaire de l’aigle d’or à Jérusalem n’est pas un soulèvement armé comme celui de Juda à Sepphoris. Elle préfigure ce que sera la crucifixion de Jésus. Ce qui confirme que ce sont bien les « Jean/Asmonéens » de Judée qui sont à l’origine de cette nouvelle stratégie.
Le Protévangile de Jacques est d’ailleurs très centré sur Jérusalem. Ni Nazareth ni la Galilée n’y sont mentionnés. Je l’interprète comme une menace supplémentaire de marginalisation à l’égard de Simon. L’auteur est traditionnellement identifié à Jacques le Juste, premier évêque de Jérusalem et évoqué dans l’apocryphe de Thomas.
Tout l’enjeu des Evangiles a été de faire admettre à Simon et aux Esséniens cette évolution d’un messie guerrier vers un messie souffrant. Ce qui n’empêche pas qu’il soit roi des Juifs et effectue les signes de reconnaissance esséniens. A Chalon comme à Conques, pas de trace de messie guerrier.
En ce qui concerne Joseph, derrière ce nom il faut peut-être comprendre que les Juifs Babyloniens ont noué des alliances à travers tout l’ancien territoire d’Ephraïm et Manassé qui les séparait de Jérusalem ? Et que c’est auprès des Babyloniens que Jacques a trouvé temporairement refuge en Batanée ?
Plus qu’un prophétie, le Protévangile de Jacques est une véritable sommation à l’encontre de Simon. Ses auteurs (Jean-Baptiste et Philippe ?) ont choisi la manière forte pour l’obliger à se positionner par rapport à leur Jésus babylo-galiléen.
Si on essaie de se placer dans l’esprit des Esséniens de l’époque, lecteurs des textes de Qumran, une chose est claire ; le messie-prêtre d’Aaron ne peut être que Simon (dynastie légitimiste des Oniades). Par contre, en ce qui concerne le messie-roi d’Israel, il n’y a rien d’évident.
D’un côté, l’impopulaire roi iduméen Hérode le Grand qui tente un rapprochement avec les Esséniens non seulement pour tenir tête aux Sadducéens et aux Pharisiens mais sans doute aussi pour être reconnu comme messie-roi. De l’autre, les Asmonéens (Jean) en chute libre ; ils ont la faveur du peuple mais un gros contentieux avec les Esséniens.
A travers le Protévangile, les Asmonéens reconnaissent qu’ils renoncent au statut de messie-roi et ils proposent d’aller chercher celui-ci dans la diaspora babylo-galiléenne. Par contre, si les dirigeants esséniens refusent cet arrangement, les Asmonéens joueront le rôle de messie-prêtre à leur place. D’où la diabolisation d’Hérode dans ce texte afin d’obliger Simon à choisir clairement son camp.
Plus qu’un rapport de force entre Esséniens du Sud et du Nord, on a affaire à des affrontements dynastiques et idéologiques. L’arrestation de Jésus n’est pas dûe à une absence de soutien de Simon. Au contraire, Simon est le seul à sortir son épée pour le défendre. Le concept de messie souffrant est probablement une « invention » des Jean que Simon accepte difficilement.
Il est révélateur que l’autre Simon chez les douze Apôtres soit appelé le « Zélote » et que Judas soit appelé « fils de Simon » dans l’évangile de Jean. Cela signifie qu’au sein des Simon existait toujours des factions aspirant à un messie guerrier. Judas s’attendait sans doute à ce que le Jésus guerrier se manifeste au moment de son arrestation. Face à cet étrange messie crucifié, Cleopas devait également s’interroger. Si Marie de Cleopas était au pied de la croix comme l’affirme Jean ; cela signifie que la base populaire du « clan Cleopas » adhérait à ce Jésus.
Le « moment venu » est à placer sur deux échelles de temps. Le moment de célébrer la Pâque à l’échelle humaine et le moment de la manifestation du messie à l’échelle « prophétique ». Dans l’Ancien Testament, la Pâque marque un nouveau départ mais étonnamment dans les Evangiles, ce ne sont pas les premiers nés des « mauvais » qui sont frappés par Dieu comme dans l’Exode, c’est l’inverse.
Par contre, je ne pense pas qu’il faille considérer la Céne et les Evangiles comme des prophéties. Ces dernières se trouvent dans les textes de Qumran et les Evangiles prétendent justement qu’elles ont été réalisées par Jésus de Nazareth. A travers l’image de Simon, c’est toute la mouvance essénienne dans l’attente de la manifestation de son/ses messie(s) qui est invitée à le reconnaître et à attendre son retour.
Mais alors que la crucifixion de Jésus symbolise de manière idéalisée la persécution de communautés entières, c’est désormais le « Fils de l’Homme » dont on attend la manifestation céleste. C’est à dire un unique individu mort pendant les persécutions. Les différentes factions étant incapables de se mettre d’accord, elles laissent Dieu décider de son identité.
Et Jean-Baptiste a peut-être voulu court-circuiter le messie galiléen. En faisant de lui le premier mort du mouvement, Antipas l’a involontairement placé au rang de premier candidat au titre de « Fils de l’Homme ». D’où l’importance pour les auteurs des évangiles synoptiques de le ramener au statut de prophète précédant le messie.
En ce qui concerne le « maître de maison », il ne faut pas négliger les rivalités au sein du clan hérodien. Hérode Agrippa en exil à Rome avait peut-être des complices actifs à Jérusalem et qui auront pu vouloir utiliser les Nazaréens pour discréditer Antipas. L’émeute de l’aqueduc rapportée par Flavius Josèphe est le seul évènement connu qu’on puisse éventuellement rapprocher de l’arrestation de Jésus. Entre le récit idéalisé des Evangiles et les silences de Josèphe, il est compliqué de discerner la réalité.
Belles trouvailles que ces cartes. Sur la plus ancienne, celle d’Oronce Fine, Gergovie semble identifiée à Clermont et Bibracte à Beaune. Sur celle un peu plus récente de Paolo Forlani, Gergovie n’apparaît pas et la situation de Bibracte est un peu plus floue. Elle ne semble rattachée à aucune ville moderne précise mais en tous cas on est bien dans la région de Chalon et de la Dheune. Peut-être avait-il fait lui aussi le rapprochement entre la Dheune, le Dubis de Strabon et le nom de Dumnorix (Dubnorex sur les monnaies).
Je ne pense pas qu’il faille forcément voir dans ces cartes un héritage ancien mais plutôt la recherche scientifique qui progresse. Paolo Forlani est contemporain de Gabriel Simeoni, le « père » de Gergovie à Merdogne (voir sa carte de la Limania Overnia). L’absence de Gergovie sur sa carte peut être un indice que Forlani n’était pas convaicu par la thèse de Simeoni encore en vigueur aujourd’hui.
S’il s’est trompé de colline, Simeoni avait au moins localisé Gergovie dans le bon secteur au Sud de Clermont. Alors que pour Bibracte au Mont-Beuvray, non seulement ce n’est pas le bon type de site mais en plus ce n’est carrément pas la bonne région. Forlani était plus près de la réalité que Bulliot !
La poudre aux yeux sur Bibracte et Gergovie ne doit pas masquer le vide béant concernant toutes autres les grandes agglomérations gauloises (Avaricum, Cenabum, Lutèce, Durocortorum) mentionnées dans les textes. Mais comme ces dernières sont quasiment introuvables par l’Archélogie, on doit peut-être considérer qu’elles n’ont pas vraiment existé ? Que seules Bibracte au Mont-Beuvray et Gergovie éparpillée en confetti (cuisine interne oblige) ont le droit de cité et doivent masquer tout le reste ?
Strabon dit que Bibracte est un Arx, la description de Gergovie par César est également celle d’une citadelle. Est-ce si compliqué de comprendre la différence entre ces citadelles, les villes commerciales (Lutèce, Avaricum, etc...) et les grands sites religieux (Corent, Beuvray etc...) également décrits par les auteurs antiques ? On n’a pas la description de Bibracte, mais grâce à Strabon nous savons que Chalon était la ville des Eduens. Il suffit d’étudier l’histoire et la géographie alentour pour en déduire la localisation de Bibracte au Mont-Saint-Vincent. Surtout qu’il se voit comme le nez au milieu de la figure.
En Auvergne, le relief est beaucoup plus complexe, un vrai labyrinthe. Pas évident de dire quelle est la citadelle la plus importante dans le secteur de Clermont. Et oui, on cherche Gergovie autour de Clermont comme on cherche Bibracte autour de Chalon. L’histoire de l’Auvergne est tout aussi complexe, le relief n’y étant sans doute pas pour rien. César nous donne la description du site. Elle correspond au Crest au pied duquel ont été découverts les maigres traces de la bataille malheureusement située à Merdogne par Simeoni. L’historique du Crest est à l’image de celui l’Auvergne, très complexe, mais on s’aperçoit néanmoins qu’à chaque fois qu’une famille est devenue dominante dans la région, elle a récupéré le Crest.
Alors qu’aujourd’hui on n’hésite pas à répartir Gergovie entre Merdogne, Corent et Gondole, qu’est-ce qui empêche de prendre en considération Le Crest si ce n’est le fait que le secteur est beaucoup plus urbanisé que les autres ? Idem pour Mont-Saint-Vincent versus le Mont-Beuvray. Et pourtant, s’il y a bien une discipline qui devrait savoir qu’être guidé par des intérêts court-termistes ne mène nulle part, c’est bien l’Archéologie.