Reprenons le Protévangile de Jacques ; que ce soit dans l’Ancien Testament ou dans le récit plus « laïc » de Flavius Josèphe, le nom de Joachim renvoie à Babylone : un roi judéen vieux de plusieurs siècles ou un chef militaire de l’époque d’Hérode le Grand. Je vous suis donc sans problème pour voir des Juifs babyloniens derrière le nom de « Joachim » du Protévangile.
Le cas de Anne est plus compliqué. Son nom renvoie à celui de la mère du prophète Samuel. Ce qui signifie qu’Anne est appelée à engendrer une descendance tardive mais très importante. Dans l’évangile de Luc, elle n’est plus désignée comme mère de Marie mais comme prophétesse. Peut-être est-ce dû à des conflits internes aux nazaréens et à une volonté de rendre l’ascendance de Marie moins galiléenne ? Car Luc nous dit qu’Anne est de la tribu d’Asher que l’Ancien Testament situe en Galilée occidentale voir jusqu’aux côtes de Phénicie.
Vous associez la naissance d’Anne à la prise de Bethon par Alexandre Jannée vers -88. Vous pensez qu’il s’agit de la population essénienne en exil. Flavius Joséphe dit qu’il s’agit de Pharisiens mais il est possible qu’à cette époque ils n’étaient pas encore distincts des Esséniens et qu’il faille encore parler d’Assidéens. Les Pharisiens seraient les Assidéens finalement ralliés à Jannée à la fin de son règne et les Esséniens ceux restés en exil ?
Cette ville de Bethon, vous l’identifiez à Bethsaid mais est-ce qu’il ne s’agirait pas là encore de Bethanie / Ecbatane ? La ressemblance phonétique est troublante. Quoi qu’il en soit la population de Bethon / Anne se serait donc exilée en Galilée, territoire d’Asher et donc possiblement à Sephoris/Nazareth. Quelques décennies plus tard, les Babyloniens (Joachim) appelés par Hérode s’installent à Ecbatane / Bethanie (Bethon ?) et s’allient avec l’ancienne population de Bethon en exil (Anne). Une partie revient sans doute à Bethon mais une autre reste probablement en Galilée accueillant des Babyloniens et donnant ainsi naissance à une nouvelle communauté : Marie, notamment à Nazareth.
Cette communauté qui semble embêter beaucoup de monde sera confiée à Joseph (aristocratie religieuse de Sephoris/Nazareth ?) Par contre, la Bethanie de Marthe, Marie et Lazare semble bien identifiée en Judée à proximité de Jérusalem. Il ne s’agit donc pas de Bethanie/Ecbatane mais peut-être est-ce une colonie de cette dernière ?
A l’époque des Evangiles, leurs auteurs ont remplacé le nom de Joachim par celui de Philippe mais il s’agit bien de la même lignée militaire babylonienne. Philippe le Babylonien est en quelque sorte, avec Jean-Baptiste l’Asmonéen, l’autre « parrain » de Jésus. Détail révélateur dans l’Evangile de Jean : André et même Jean ont besoin que Jean-Baptiste leur montre Jésus pour le reconnaître et André va ensuite le présenter à Pierre. Alors que Philippe reconnaît Jésus de lui-même et va le présenter à Nathanael. Ce dernier symbolise sans doute les Babyloniens de la génération précédente qui ne croyaient peut-être plus beaucoup à l’alliance avec les Galiléens vu l’échec apparent du mariage de Marie et Joseph.
À bien relire le début de l’évangile de Jean, c’est à se demander si Bethanie / Ecbatane n’était pas le lieu de résidence habituel de Jean-Baptiste. C’est peut-être même là-bas qu’Elisabeth a trouvé refuge après la mort de Zacharie. Le protévangile de Jacques scellerait ainsi l’alliance entre la lignée babylonienne de Joachim et celle Asmonéenne de Jean.
Il restait à convaincre les Esséniens / Simon (oniades) de se joindre à l’alliance. André symbolise à mon avis la faction légitimiste ouverte au dialogue quand Simon-Pierre représente une majorité beaucoup plus récalcitrante.
Le baptême doit bien sûr avoir lieu au bord du Jourdain à proximité de Jérusalem sous les yeux des Sadducéens, des Pharisiens et des Esséniens galiléens (André). Il marque l’entrée de ces derniers dans l’alliance et le début des grandes manoeuvres.
Une très intéressante hypothèse identifie l’introuvable « Bethanie au-delà du Jourdain » où débute l’Evangile de Jean (1.28) avec la Batanée et la ville d’Ecbatane en particulier. Voilà qui s’accorde à merveille avec votre hypothèse babylonienne !
Cela renverse certaines perspectives et rend les choses plus cohérentes. Ce ne sont plus les Galiléens qui dans un drôle d’aller-retour vont se faire baptiser en Judée en attendant l’arrivée d’un messie venant de chez eux pour le suivre en retournant à leur point de départ.
Ici, la Batanée servirait de point de rencontre « neutre » entre Jean-Baptiste et les Galiléens. Le premier accepte de s’effacer au profit des seconds à condition que ce soit lui qui désigne le messie parmi eux.
Le martyr du messie à Jérusalem demeurait l’objectif ultime et c’est pour cela que Jésus n’a sûrement pas été crucifié dans cette ville ; c’était beaucoup trop dangereux pour les autorités.
10.11 : allusion évidente à la situation d’Antipas et d’Hérodiade. Et cela à proximité de Machéronte.
10.46 : passage à Jéricho. Les tensions se font de plus en plus vives entre les disciples.
11.11 : entrée à Jérusalem via Bethanie qui semble servir de base avancée.
14 : 15 : guidés par un porteur d’eau, les disciples doivent préparer la Pâque dans une grande chambre haute meublée. Ne serait-ce pas à Massada et sa montagne en forme de table qu’aurait eu lieu la Cène, ultime réunion avant la montée finale à Jérusalem ?
Il n’est pas clairement dit que la crucifixion a eu lieu à Jérusalem. Si Jésus a comparu devant Pilate à Césarée, on ignore où il est emmené ensuite. Ce « Mont du Crâne » est peut être le Mont Arbel situé à côte de Tibériade et dont les entrées des grottes peuvent faire penser aux orbites d’un crâne. Magdala se trouve à ses pieds.
Une résurrection de Jésus dans une de ces grottes aurait également une portée symbolique très forte du fait de leur histoire liée à celle des premiers Macchabbés et des derniers Asmonéens.
Dans l’esprit de l’époque, le messie judaïque pouvait difficilement se manifester ailleurs qu’à Jérusalem pour être reconnu. Après une première incursion depuis Bethanie, Jésus et ses disciples n’ont pas dû s’éloigner beaucoup de la ville sainte. Peut-être faut-il placer le lavement des pieds et le dernier repas à Qumran dans une ultime tentative de rallier les Esséniens « purs et durs » symbolisés par Juda. L’arrestation aurait alors eu lieu dans l’Oasis d’Ein Gedi sur la route entre Qumran et Massada d’où venaient peut-être les soldats afin de ne pas donner l’alerte à Jérusalem.