Chez Hérodote (Livre IV), les Atlantes sont mentionnés parmi les peuples de Lybie et le Mont-Atlas est une très haute montagne dont il est difficile d’apercevoir le sommet ; elle bien distincte des colonnes d’Hercules. On ne peut évidemment exclure des erreurs de localisation dans ces premiers relevés géographiques mais si Hérodote avait situé les Atlantes en Espagne, il les aurait mentionnés à la suite des Celtes et des Cynésiens (Livre II).
Il y a un autre problème de localisation qui me paraît plus important que celui des Atlantes : celui du Lac Tritonis. Il est traditionnellement placé en Lybie dans le voisinage des Gorgones. A partir du moment où on place les Gorgones en Gaule et en particulier à Gergovie, on est obligé d’y placer également le Lac Tritonis. Et la montagne de Gergovie peut facilement être identifiée à celle d’un... triton. Je ne pense cependant pas qu’il faille forcément placer ce lac en Auvergne. Peut-être représente-t-il les multiples étangs du littoral gaulois sous la domination de Gergovie et que devaient traverser les navigateurs orientaux.
A l’époque de Platon, cela fait au moins un siècle que les Grecs savent que les Celtes voisins de Marseille (Hécatée de Milet) se trouvent également au-delà des colonnes d’Herakès (Hérodote). En arrivant dans le Golfe de Gascogne après avoir contourné la Péninsule Ibérique, les navigateurs avaient donc bien conscience d’aborder en Gaule. Chez Hérodote, les Atlantes sont également au delà du Détroit de Gibraltar mais en Afrique du Nord.
Plus que Carthage, je me demande si Platon ne visait pas surtout Syracuse dans sa description du déclin de l’Atlantide. Il y a vécu plusieurs revers politiques qui lui ont fait abandonner toutes velléités personnelles dans ce domaine. Denys, le Tyran de Syracuse, a notamment envoyé des mercenaires gaulois en Grèce. On est loin des Atlante d’Hérodote isolés à l’autre bout de l’Atlas.
A moins de souscrire à la thèse du continent englouti ou à celle des Amériques, il n’y a jamais eu d’île atlante de la taille de la Lybie et de l’Asie réunies au milieu de l’Atlantique. En utilisant le terme d’Atlantes pour désigner une réalité bien différente de celle des géographes de l’époque, Platon prend déjà une première liberté qui en entraîne d’autres. Aucun endroit ne correspond pleinement à sa description.
La plaine atlante mesure 3000 stades sur 2000 soit environ 600 km sur 400 km. La Limagne est beaucoup trop petite. La seule plaine qui corresponde est le bassin parisien en admettant que le canal soit une représentation idéalisée de la Loire reliée à l’axe Saône-Rhône. La ville atlante est un grand port maritime, ce qui est tout de même difficile à trouver en Auvergne. Si on place l’Atlantide exclusivement en Gaule, alors c’est à Nantes ou Bordeaux qu’il faut situer la ville. Comment expliquer alors que les Gaulois aient été une grande puissance maritime sur la façade atlantique et pas sur le littoral méditerranéen ?
Si Platon avait voulu parler exclusivement des Carthaginois, des Gaulois ou des Etrusques, il les aurait désigné par leur nom. Au lieu de cela, il les a amalgamé pour créer un monstre destiné à mobiliser les Grecs. Et l’association de la puissance maritime de Carthage à celle terrestres des Gaulois avait effectivement de quoi donner des sueurs froides au stratèges grecs sans doute bien renseignés par Marseille sur la montée en puissance de ces derniers. La suite lui donnera raison mais les Gaulois n’ont jamais conquis la Grèce en navire.
Pour une meilleure compréhension, je reprends les choses dans l’ordre chronologique :
Dans un premier temps, une colonisation tyro-chypriote (Alashiya) en Méditerranée occidentale difficile à quantifier et remontant au moins au 10ème siècle avant notre ère. C’est le dieu « Poséidon » de Platon. En Gaule, elle a laissé pour trace principale le toponyme d’Alésia et sans doute aussi le nom du peuple « Elysiques » dans le Languedoc. En Afrique du Nord, Carthage est fondée vers -800 par des Tyriens ayant transité par Chypre. On trouve de la céramique punique sur le littoral gaulois mais pas de ville pour le moment.
La description de la ville atlante convient mieux à Carthage qu’à n’importe qu’elle ville gauloise. Tout y est, le temple disproportionné, les conduites d’eaux, le port circulaire, les remparts et le fameux tophet de Salambo pour les sacrifices. Le forum de Carthage mesure par exemple trois fois la taille de celui de Rome. Le seul élément problématique, c’est la grande plaine. Il n’y a que le bassin parisien ou à la rigueur le nord de l’Espagne qui convienne.
-597 Babylone s’empare de Tyr. Cela a dû affaiblir ses colonies occidentales puisque c’est à cette période qu’est fondée Marseille par les Phocéens. Cela signifie également qu’un changement s’est produit chez les Gaulois privilégiant désormais le commerce avec les Grecs plutôt qu’avec les Phéniciens et les Etrusques.
Vers -540 Réaction étrusquo-punique à l’Alalia contre les Phocéens. Le char de Monteleone date de cette époque. Il s’agit peut-être de la tombe d’un mercenaire gaulois au service des Etrusques ?
Vers -480 Les Carthaginois sont largement battus par les Grecs de Syracuse à Himère en Sicile lors de la première guerre gréco-punique. C’est probablement à cette victoire grecque que Critias fait référence. Platon a dû publier ce texte au cours de la seconde guerre gréco-punique. Dion de Syracuse était un élève de Platon.
Les mercenaires gaulois/galates n’arrivent en Egypte qu’au 3ème siècle. Cependant, Flavius Josèphe évoque une importante colonie juive en Cyrénaïque aux environs de -300. Et on se retrouve à nouveau face au problème de la datation des vestiges de Carthage où des traces de culte juif ont clairement été identifiées mais toujours datées de l’époque romaine au plus tôt.