Les cours d’eau n’étaient peut-être pas représentés à l’origine sur la carte et ont pu être ajoutés ensuite, là où il restait de la place. D’où leur tracé quelque peu aléatoire... Leur représentation en vagues et épaisses ondulations dénote à côté du style géométrique et précis des itinéraires.
Il y a 140 kilomètres de Lyon à Verdun-sur-le-Doubs. Même en arrondissant beaucoup, on n’atteint pas les 1000 stades de Strabon. Et cet itinéraire impose un détour inutile vers l’Est pour rejoindre le bassin versant de la Seine.
Par contre, il y a 175 kilomètres entre Lyon et Arnay-le-Duc en coupant par Cluny et un peu plus en passant par Chalon-sur-Saône. Les voilà nos 1000 stades. Chaînon manquant entre la Dheune-Dubis et l’Alésia des Mandubiens, Arnay-le-Duc est la Vidubia de la Table de Peutinger. La distance avec Chalon correspond précisément en coupant par le défilé d’Agneux, de même que celle avec Talant-Tilena.
On se trouve sur la ligne de partage des eaux entre l’Arroux (Loire) et l’Armançon (Seine). C’est dans ce secteur que le transit des marchandises s’effectuait par voie terrestre entre la Méditerranée et l’Océan. C’est également à travers cette zone que Séquanes et Germains se sont infiltrés d’Est en Ouest pour rejoindre le Morvan.
Je postulais que la Côte-d’Or était déjà séquane avant le conflit avec les Eduens. Mais qu’ils l’aient conquise aux cours des combats ne change pas grand chose ; pour atteindre le Morvan, il leur fallait couper à travers le territoire éduen jusqu’à l’Yonne.
Les Helvètes poursuivis par les Romains empruntent sans problème l’axe Dheune-Bourbince. Ce n’est qu’à Toulon-sur-Arroux qu’ils décident de faire demi-tour vers Bibracte. Ce qui signifie que les Séquanes et leurs supplétifs germains n’ont pas réussi à franchir l’Arroux-Drée. Le pagus de Mont-Saint-Vincent n’a pas été envahi. Si les Séquane s’étaient emparés de Uchon et Montcenis, je vois mal les Helvètes aller se promener sous leur nez alors qu’ils avaient déjà les Romains aux trousses. Et la frontière en ligne de crête entre le plateau d’Autun et la Côte-d’Or devait toujours être verrouillée par la citadelle de Couches, les Séquanes n’ayant pas dépassé Nolay. Pour atteindre le Morvan, ils ont dû passer plus au Nord, c’est à dire par l’Auxois.
Lorsque César intervient en Gaule, la majorité de l’armée d’Arioviste se trouve encore en Germanie. Les Germains déjà présents en Gaule n’en constituaient qu’une avant-garde utilisée comme supplétifs par les Séquanes. Les Eduens se sont alliés aux Helvètes précisément pour anticiper l’arrivée en nombre de l’armée d’Arioviste en cours de constitution. A Admagetobriga, Arioviste a sans doute laisser les Gaulois s’entretuer, n’engageant qu’une faction de son armée. Il n’avait plus ensuite qu’à se baisser pour récupérer le leadership sur la Gaule.
César ne le dit pas mais la seconde bataille livrée par Arioviste contre les Gaulois ne semble pas avoir été un succès éclatant, plutôt un match nul. Je pense qu’il a tenté de franchir l’Arroux depuis le Morvan et que les Eduens ont réussi à le repousser. Il est ensuite retourné en Germanie pour renforcer son armée. Je ne connais pas assez bien la région mais les marais ne pourraient-ils pas être constitués par toutes les petites vallées des affluents de l’Arroux qui descendent du Morvan ?
Le territoire éduen limitrophe annexé par les Séquanes (DBG 6.12.) ne peut être que l’Auxois mandubien. Pour permettre aux Germains de rejoindre le Morvan depuis la Côte d’Or (citadelle de Vergy) et maintenir leurs communications avec eux ; les Séquanes ont forcément dû effectuer une percée au Nord du territoire éduen. Voilà pourquoi César n’est pas très clair sur l’appartenance politique des Mandubiens, anciens Eduens sous domination séquane à la frontière des Lingons.
La bataille d’Admagetobriga a eu lieu à Mesvres, plus aucun doute là-dessus. Par contre, pourquoi situer la seconde bataille à l’opposé ? Si la bataille entre César et les Helvètes n’a pas eu lieu à Montmort, on peut cependant remarquer qu’à côté de Montmort se trouvent les marécages de la Boulaye et en déduire que c’est dans ce secteur qu’il faut placer la seconde bataille entre Eduens et Germains.
L’idée de localiser Bibracte au Mont-Beuvray remonte précisément à cette époque. Sans doute parce qu’il était symboliquement inacceptable pour les Français de situer la capitale éduenne au Mont-Saint-Vincent détenu par les Habsbourg. C’est pour cela que sur la carte l’emplacement de Bibracte est flou. C’est volontaire.
Ironie de l’histoire, la localisation erronée de Bibracte au Mont-Beuvray initiée il y a plusieurs siècles à des fins politico-nationalistes est aujourd’hui défendue par une profession dont beaucoup de membres ont le plus grand mal à accepter l’héritage gaulois de la France.
A une échelle plus locale, l’identification de Gergovie à Merdogne par Simeoni s’inscrit dans un contexte où son commanditaire, Guillaume Duprat, était en train de se faire déposséder de ses terres auvergnates par la reine Catherine de Médicis. Là encore, il est probable que l’emplacement désigné de Gergovie ait plus répondu à des impératifs politiques conjoncturels qu’à ceux d’une réelle recherche scientifique. Et l’histoire continue, l’emplacement de Gergovie à Merdogne arrange encore aujourd’hui bien les politiques. Les fouilles n’y gênent personne.