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Bernard Grua

Bernard Grua

Photographe voyageur | Contributeur : Russia Beyond the Headlines, Diploweb, L'Express, La Tribune, Ouest France, Breizh-Info, Informnapalm, Ukrinform, Ukraine Crisis Media Center, , ... 
Intéressé par les pays de l'ex-URSS : Russie (nombreux voyages en Sibérie en été et en hiver - Monts Saïans, Baikal, Iakoutie, Extrême Orient) Ukraine, Tadjikistan, Ouzbekistan, Kirghizstan.

Tableau de bord

  • Premier article le 15/02/2018
  • Modérateur depuis le 20/02/2018
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Derniers commentaires



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 19:41

    Je souhaite remercier sincèrement toutes celles et ceux qui ont commenté cet article de manière argumentée et courtoise.

    Je pense tout particulièrement aux lecteurs qui exprimaient des avis différents, parfois opposés aux miens, mais qui ont su débattre sur le fond, avec des arguments, des références et dans un esprit de discussion civile. C’est exactement ce type d’échanges qui donne un sens au débat public et à la confrontation des idées.

    Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la réflexion, j’invite également à lire mon nouvel article publié sur Agoravox :
    « La “grande culture russe” – un récit culturel aux usages politiques contemporains », qui explore un autre versant des constructions idéologiques abordées ici.

    Merci encore aux lecteurs attentifs — et au plaisir de poursuivre ces échanges.



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 19:27

    Merci aux modérateurs pour cette rapide publication.



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 19:24

    @pemile
    Je vous comprends. Pourquoi ne feriez-vous pas un article sur le sujet ? Je le lirai et surtout j’irai voir les commentaires. Ça sera la cour des miracles.
    Cela étant, qu’un agresseur ait des pertes c’est logique. Le ratio serait d’un pour trois entre attaquant et défenseur. Mais, pour ma part, ce que j’ai du mal à supporter ce sont les victimes ukrainiennes d’une guerre dont elles ne sont pas responsables.
    .



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 19:10

    @Eric F

    Votre remarque appelle effectivement plusieurs précisions, qui permettent d’éviter les glissements conceptuels hérités du récit impérial russe.

    1. CITOYENNETÉ ET NATIONALITÉ : UN CADRE RUSSE, PAS UKRAINIEN

    Il est exact qu’en Russie (comme hier en URSS) existe une distinction formelle entre citoyenneté (grazhdanstvo) et nationalité/ethnie (natsionalnost’).

    C’est un fait que l’on constate très concrètement sur place, et qui s’explique par l’histoire impériale et multiethnique de l’État russe.

    En Ukraine, en revanche, cette distinction est beaucoup moins structurante :

    • l’identité est majoritairement pensée en termes civiques et linguistiques,
    • les exceptions concernent surtout certaines minorités historiquement identifiées (Tatars de Crimée, Houtsoules, etc.).

    Projeter le cadre russe sur l’Ukraine revient donc à importer un schéma étranger à son histoire sociale propre.

    Référence utile :

    Andreas Kappeler, The Russian Empire : A Multiethnic History, 2001.

    2. « PETITE RUSSIE » ET « GRANDE RUSSIE » : UNE TERMINOLOGIE RELIGIEUSE DÉTOURNÉE

    Il existe effectivement une explication historique au couple Grande Rus’ / Petite Rus’, mais elle est très souvent mal comprise ou instrumentalisée.

    Dans la tradition ecclésiastique orthodoxe médiévale :

    • la Petite Rus’ désignait le noyau originel autour du Dniepr (Kiev et sa région),
    • la Grande Rus’ désignait les extensions périphériques, comparables, par analogie, à la Grande Grèce incluant ses colonies.

    Dans ce cadre :

    • Kiev et le bassin du Dniepr constituaient le krai, le « pays central »,
    • les régions du Nord-Est (Rostov, Vladimir, Souzdal) étaient des zones de comptoirs et de colonisation, largement peuplées de populations non slaves, administrées depuis Kiev.

    Le terme U Kraina peut ainsi être compris comme « notre pays », le pays d’origine, par opposition aux espaces périphériques.

    ➡️ La réinterprétation impériale, à partir du XVIIIᵉ siècle, inverse totalement ce sens : la Grande Russie devient le centre légitime, la Petite Russie une périphérie subordonnée.

    C’est un renversement idéologique, pas une continuité historique.

    Source clé  :
    Serhii Plokhy, The Origins of the Slavic Nations, 2006.

    3. SUR L’ORIGINE DU MOT « UKRAINA » : DISTINGUER SCIENCE ET SPÉCULATION

    Il est vrai que certaines théories contemporaines avancent des origines très anciennes et symboliques du mot Ukraina (pays du soleil, racine indo-iranienne Ra, lien avec les couleurs du drapeau, etc.).

    Ces hypothèses :

    • relèvent davantage de la mythopoétique ou de la spéculation identitaire,
    • ne font pas consensus dans la linguistique historique.

    Les sources académiques établies montrent en revanche que :

    • Ukraina apparaît dès le XIIᵉ siècle dans les chroniques de la Rus’ (1187),
    • le terme désigne un territoire habité et identifié, bien avant toute construction nationale moderne.

    Il faut donc être clair : l’absence de certitude absolue sur l’étymologie n’invalide en rien l’existence historique du pays et de ses populations.

    Référence :
    George Shevelov, A History of the Ukrainian Language, 1964.

    4. POINT INCONTESTABLE : L’USAGE IMPÉRIAL DE « PETIT-RUSSE »

    En revanche, il n’y a aucune ambiguïté sur un point :

    À partir du XVIIIᵉ siècle, le terme « Petit-Russe » devient un instrument politique explicite :

    • destiné à nier une identité distincte,
    • à subordonner Kiev à Moscou,
    • et à justifier la russification linguistique et culturelle.

    C’est un fait documenté, assumé par l’administration impériale elle-même.

    CONCLUSION

    • La distinction citoyenneté / nationalité est spécifiquement russe, pas universelle.
    • Petite Rus’ et Grande Rus’ ont été idéologiquement inversées par l’Empire.
    • L’origine exacte du mot Ukraine peut être discutée, mais son ancienneté historique ne l’est pas.
    • L’usage impérial de « Petit-Russe » relève clairement d’une politique de domination, non d’une description neutre.

    C’est précisément ce type de glissements sémantiques, hérités du XVIIIᵉ siècle, qu’il est nécessaire de déconstruire si l’on veut parler d’histoire — et non de récit impérial.



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 17:07

    @Et hop !

    Votre commentaire ne relève pas d’une lecture historique neutre mais d’un récit impérial russe construit, élaboré au XVIIIᵉ siècle sous Catherine II et son cabinet, dont l’objectif explicite était d’écrire une histoire utile à l’Empire, et non de restituer l’Histoire telle qu’elle est établie par la recherche moderne.

    Catherine II chargea en effet ses historiographes (notamment Müller, Tatichtchev, puis Karamzine) de produire un récit continu, téléologique, faisant de la Moscovie l’héritière naturelle, exclusive et légitime de la Rus’ de Kiev. Cette construction idéologique est aujourd’hui parfaitement identifiée par l’historiographie internationale (Kappeler, Plokhy, Franklin & Shepard). La reprendre telle quelle, c’est répéter un discours impérial, pas faire œuvre d’historien.

    1. Continuité dynastique ≠ continuité historique

    Que les tsars se soient proclamés « tsars de toutes les Russies » n’est pas un fait historique neutre, mais un acte politique de domination symbolique, comparable à d’autres entreprises impériales. La Moscovie s’approprie le nom de Rus’, la tradition orthodoxe et une généalogie prestigieuse pour légitimer son expansion. Cela ne prouve en rien une continuité ethnique, démographique ou culturelle directe avec Kiev.

    2. Sur la Rus’ de Kiev et la Moscovie

    La Rus’ de Kiev est un État médiéval centré sur le Dniepr, tourné vers Byzance et l’Europe centrale.
    La Moscovie émerge bien plus tard, sur un espace majoritairement finno-ougrien, profondément marqué par la domination de la Horde d’Or. Cette discontinuité est documentée depuis longtemps (Klioutchevski, Vernadsky, Pipes). Parler d’une continuité évidente relève donc d’un récit idéologique, pas d’un consensus scientifique.

    3. Le mot « Ukraine » et l’argument fallacieux de l’“inexistence”

    L’argument selon lequel « l’Ukraine n’a jamais existé » parce qu’il n’y aurait pas eu d’État du même nom est un sophisme anachronique.

    Le terme Ukraina est attesté dès le XIIᵉ siècle dans les chroniques médiévales. Il s’agit d’un toponyme géographique ancien, pas d’une invention moderne.

    À ce compte-là, rappelons qu’au XIᵉ siècle, à l’époque d’Anna Iaroslavna, épouse d’Henri Ier,
    👉 le mot « France » n’existait pas non plus.
    On parlait du regnum Francorum, un confetti issu du démembrement de l’Empire carolingien. Personne de sérieux ne prétend pourtant que la France serait une « invention tardive » pour cette raison.

    4. Langue, pouvoir et domination

    Dire que les territoires ukrainiens étaient « russophones » sous domination impériale revient à confondre langue du pouvoir et langue des populations.
    À partir de Pierre Ier, puis de Catherine II, l’ukrainien est progressivement écarté, interdit, marginalisé par des oukases successifs. Cette politique linguistique impériale est parfaitement documentée. La russification est un fait historique, pas un état naturel.

    5. Ce que vous répétez, en réalité

    Votre commentaire ne décrit pas « les grandes étapes de l’histoire », mais recycle un récit impérial russe forgé pour justifier l’expansion, l’appropriation et l’effacement des autres héritages historiques.

    C’est précisément ce type de narration — élaborée au XVIIIᵉ siècle pour servir un empire — que l’historiographie contemporaine a déconstruite.

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