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Bernard Grua

Bernard Grua

Photographe voyageur | Contributeur : Russia Beyond the Headlines, Diploweb, L'Express, La Tribune, Ouest France, Breizh-Info, Informnapalm, Ukrinform, Ukraine Crisis Media Center, , ... 
Intéressé par les pays de l'ex-URSS : Russie (nombreux voyages en Sibérie en été et en hiver - Monts Saïans, Baikal, Iakoutie, Extrême Orient) Ukraine, Tadjikistan, Ouzbekistan, Kirghizstan.

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  • Premier article le 15/02/2018
  • Modérateur depuis le 20/02/2018
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Derniers commentaires



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 16:26

    @Eric F @Goldo Du

    LOL



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 16:12

    @Et hop !

    L’ukrainien n’avait aucune littérature écrite (juridique, administrative, poétique, romanesque, dramatique, mythologique) avant la naissance du mouvement nationaliste ukrainien à la fin du XIXe siècle, c’était une langue orale populaire, un dialecte russe populaire...


    L’oblast de Kiev était une région qui avait toujours été russophone.

    Plusieurs points méritent d’être replacés dans un cadre historique plus

    rigoureux, plus historiquement factuels et moins idéologiques  :


    1. SUR LES INSCRIPTIONS DE SAINTE‑SOPHIE À KIEV
    Les inscriptions médiévales trouvées dans la cathédrale Sainte‑Sophie de Kiev (XIᵉ siècle) constituent une source épigraphique précieuse sur la vie et la langue dans l’ancienne Rus’ de Kiev.

    Ces graffitis comportent des formes de vieux‑slavon liées à la pratique religieuse et montrent des traits linguistiques distincts, proches des formes qui ont évolué vers l’ukrainien plutôt que vers le russe moderne.

    Elles sont généralement plus compréhensibles pour un locuteur ukrainien actuel que pour un Russe non spécialiste des anciens dialectes slavons réconstructibles.

    (Remarque  : il n’existe pas d’études de consensus international qui transforment ces graffitis en « preuve définitive » d’une langue ukrainienne médiévale parfaitement alignée avec l’ukrainien moderne — mais ils sont exploités par des linguistes comme indice d’une diversité dialectale qui se rapproche davantage des formes orientales slaves du Sud‑Ouest que des formes qui allaient devenir le russe.)

    2. SUR L’HISTOIRE DE L’INTERDICTION ET DE LA RUSSIFICATION DE L’UKRAINIEN

    À partir du XVIIIᵉ siècle, sous Pierre Iᵉʳ puis Catherine II, des mesures ont été prises pour réduire l’usage officiel et public de l’ukrainien  :

    • Pierre Iᵉʳ imposa des restrictions sur l’impression de textes en ukrainien et ordonna la réécriture de certains documents religieux en russe.

    • Catherine II interdit l’enseignement en ukrainien à l’Académie de Kiev‑Mohyla (1763) et imposa le russe dans l’administration et les écoles.

    Ces politiques s’inscrivent dans un cadre d’assimilation linguistique et culturelle délibérée, visant à faire du russe la langue dominante des élites, de l’administration et de l’Église dans l’Empire, marginalisant l’ukrainien dans la sphère officielle.


    3. SUR LE CARACTÈRE « RUSSOPHONE » DE KIEV SOUS DOMINATION RUSSE

    Dire que la région de Kiev était «  russophone  » de façon homogène serait une simplification historique.

    Dans les institutions et l’administration, le russe fut imposé par l’État impérial  ; dans les campagnes, les populations locales parlaient des formes vernaculaires de langue orientale slave, qui ont évolué vers l’ukrainien moderne.

    La russification relève surtout de politiques étatiques, pas d’un usage populaire unanime.


    4LA LANGUE RUSSE ÉTAIT ELLE-MÊME PEU STANDARDISÉE

    Il est important de rappeler que la langue russe n’était pas plus «  académique  » avant le XIXᵉ siècle  : elle s’est structurée et enrichie progressivement grâce à des auteurs comme Pouchkine, Tolstoï, Dostoïevski, etc.

    Le russe des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles était encore très proche des dialectes locaux et du slavon d’Église.

    Cela illustre bien qu’une langue parlée par l’élite ou l’administration ne suffit pas à déterminer l’identité ethnique ou nationale d’un peuple. 

    Tout comme le français parlé par la noblesse russe ne faisait pas de la Russie un pays «  français  », le russe administratif imposé ne rendait pas la population ukrainienne «  russophone  » dans la pratique quotidienne.


    5. CONCLUSION HISTORIQUE CLAIRE

    L’ukrainien n’a pas été inventé artificiellement au XIXᵉ siècle.

    Il existait depuis longtemps dans les usages vernaculaires et littéraires (avec Kotliarevsky à la fin du XVIIIᵉ siècle comme premier auteur majeur).

    Les politiques russes ont progressivement écarté l’ukrainien de la sphère officielle, mais cela ne signifie pas que la population locale parlait «  russe  » de façon homogène.

    La distinction entre langue, usage administratif et identité ethno-culturelle reste essentielle pour comprendre l’histoire linguistique de l’Ukraine et de la Russie.


    Sources principales :



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 15:30

    @Et hop !

    Merci pour votre résumé, mais plusieurs points méritent d’être clarifiés et corrigés :

    1. Confusion dynastique  : Ivan III (1440–1505) est le Grand-Prince de Moscou marié à Zoé Paléologue et a centralisé le pouvoir moscovite. Ivan IV, le Terrible (1530–1584), est son petit-fils, et non l’inverse comme votre commentaire semble le suggérer.

    2. Alexandre Nevski et Moscou  : Alexandre Nevski (1221–1263) a consolidé les principautés du Nord et a été prince de Novgorod et de Vladimir. Il n’a pas «  fondé  » la principauté de Moscou  ; celle-ci gagne en importance plus tard, avec Ivan I (Kalita) et ses successeurs.

    3. Kiev et la Moscovie  : Kiev est alors en déclin et sous domination tatars. La Moscovie ne se construit pas comme une continuité directe de la Rus’ kiévienne  ; elle émerge dans un territoire majoritairement finno-ougrien et se distingue par une composition ethnique et sociale différente.

    4.Slavité et russification  : il n’est pas exact de dire qu’il n’est jamais question de Slaves ou de slavité. La langue russe, le slavon liturgique et la religion orthodoxe ont progressivement slavisés les populations locales, même si l’élite comprenait de nombreux lignages tatars et finno-ougriens. La slavité est donc culturelle et linguistique, mais ne correspond pas à une continuité ethno-historique homogène avec la Rus’ kiévienne.

    En résumé  : la Russie médiévale et moderne est bien une continuité dynastique et politique, mais pas une continuité ethnique slave comparable à celle des Ukrainiens, Biélorusses ou Polonais. Il est important de distinguer dynastie, langue, culture et population réelle pour comprendre la formation de la Russie.



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 13:02

    @Jelena
    Vous écrivez :

    « 

    …les « ukrainiens » (nationalité qui fut inventée par les autrichiens) »

    Il s’agit peut-être d’une —

    « invention » —

    encore plus récente, ou pas...

    1. Une « invention »… dont la date change selon les besoins politiques

    L’argument de « l’Ukraine inventée par les Autrichiens » est déjà fragile en soi, mais il devient franchement incohérent dès lors qu’on observe la version officielle du Kremlin.

    Vladimir Poutine affirme en effet que l’Ukraine aurait été inventée… par Lénine.

    « L’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie bolchevique, plus précisément par la Russie de Lénine. »
    — Vladimir Poutine, article “Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens”, 12 juillet 2021

    Autrement dit :

    • pour certains, l’Ukraine serait une invention austro-hongroise (fin XIXᵉ–début XXᵉ siècle),
    • pour Poutine, elle serait une création soviétique (années 1920).

    = » Une nation qu’on “invente” plusieurs fois à un siècle d’intervalle n’est évidemment pas une invention, mais un fait historique que différents empires ont tenté de nier ou de remodeler.

    2. L’Ukraine existe comme réalité historique bien avant l’Autriche-Hongrie

    Si l’on sort des polémiques idéologiques, les sources occidentales sont sans ambiguïté.

    Dès le XVIIᵉ siècle, le cartographe français Guillaume Le Vasseur de Beauplan, ingénieur du roi de Pologne, publie des cartes où figure explicitement l’Ukraine comme entité géographique et politique.

    Ces cartes et textes précèdent :

    • l’Autriche-Hongrie (1867),
    • le nationalisme moderne,
    • et bien sûr le bolchevisme.

    = » Il est donc difficile de soutenir sérieusement que des cartographes français du XVIIᵉ siècle auraient relayé une “invention autrichienne” qui n’existait pas encore.

    3. Le XIXᵉ siècle : une reconnaissance explicite par des responsables français

    Au XIXᵉ siècle, le débat est déjà parfaitement clair en France.

    Le sénateur Casimir Delamarre dépose en 1869 un amendement demandant que les langues et peuples non russes de l’Empire soient reconnus comme tels.

    Il déclare notamment :
    « Le peuple que l’on appelle aujourd’hui ruthène ou petit-russien a une histoire, une langue et une littérature qui lui sont propres. Le confondre avec le peuple russe est une erreur politique et historique. »

    Ce propos vise explicitement la négation russe de l’identité ukrainienne, bien avant toute propagande austro-hongroise supposée.

    = » Ici encore, l’Ukraine n’est pas “inventée” : elle est niée, ce qui est tout autre chose.

    Conclusion

    Dire que « les Ukrainiens ont été inventés » revient moins à faire de l’histoire qu’à reprendre un vieux réflexe impérial : nier une identité pour mieux justifier sa domination.

    Que cette négation ait été formulée par l’Empire russe, l’URSS ou le Kremlin contemporain, elle repose toujours sur la même logique — et elle se heurte, depuis des siècles, à des faits documentés.

    À ce compte-là, rappelons que la “Russie” n’existe officiellement que depuis 1721. Avant cela, il s’agissait de la Moscovie. Le changement de nom opéré par Pierre le Grand visait précisément à s’approprier l’héritage de la Rus’ de Kyiv. Accuser l’Ukraine d’être une “invention” tout en naturalisant cette opération impériale relève d’un sérieux deux poids deux mesures historiques.



  • Bernard Grua Bernard Grua 9 février 11:52

    @Jelena

    Vous mélangez plusieurs plans qui méritent d’être distingués.

    1. Oui, des camps d’internement ont existé en Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale (Thalerhof, Terezín) et des populations ruthènes y ont été internées. Cela relève d’une politique de guerre impériale, brutale et condamnable, comme il y en eut dans tous les empires européens de l’époque.

    2. Non, cela n’invalide en rien le fait que la distinction moderne entre « Ukrainiens » et « Russes » a été niée, combattue et réprimée de façon systématique par l’Empire russe, puis par l’URSS, bien avant et bien après 1914. Les interdictions de la langue ukrainienne (circulaires de Valuev, ukases d’Ems), la négation d’une identité distincte et la répression culturelle relèvent de sources abondamment documentées.

    3. Enfin, rappeler des violences commises par l’Autriche-Hongrie ne saurait servir à blanchir ou relativiser un autre impérialisme. Le fait que plusieurs empires aient opprimé des peuples ne transforme pas l’un d’eux en victime innocente.

    Le débat porte ici sur un récit culturel et politique contemporain, pas sur une hiérarchisation des crimes impériaux du début du XXᵉ siècle.

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