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Bernard Grua

Bernard Grua

Photographe voyageur | Contributeur : Russia Beyond the Headlines, Diploweb, L'Express, La Tribune, Ouest France, Breizh-Info, Informnapalm, Ukrinform, Ukraine Crisis Media Center, , ... 
Intéressé par les pays de l'ex-URSS : Russie (nombreux voyages en Sibérie en été et en hiver - Monts Saïans, Baikal, Iakoutie, Extrême Orient) Ukraine, Tadjikistan, Ouzbekistan, Kirghizstan.

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  • Premier article le 15/02/2018
  • Modérateur depuis le 20/02/2018
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Derniers commentaires



  • Bernard Grua Bernard Grua 10 février 20:23

    @Et hop !

    Pour clarifier et replacer le débat sur des bases historiques solides :

    1. L’ukrainien n’est pas un dialecte du russe
    • L’ukrainien descend des dialectes slaves orientaux du Sud-Ouest de la Rus’ de Kiev et possède une continuité linguistique propre depuis le Moyen Âge.

    • Les inscriptions de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev (XIᵉ siècle) contiennent des traits vernaculaires plus proches de l’ukrainien moderne que du russe moderne.

    • Dire que l’ukrainien serait un simple « dialecte du russe » est faux historiquement et idéologiquement biaisé.

    Sources : Shevelov, A History of the Ukrainian Language, 1964 ; Plokhy, The Origins of the Slavic Nations, 2006.

    2. Le russe n’était pas standardisé avant le XIXᵉ siècle
    • La langue parlée au XVIᵉ–XVIIᵉ siècles était proche des dialectes locaux et du slavon d’Église, pas du russe codifié moderne.

    • La formalisation et l’académisation du russe se font surtout grâce à Pouchkine, Tolstoï et Dostoïevski au XIXᵉ siècle.

    • Avant cette période, le russe n’était même pas la langue dominante de la noblesse ni de l’administration : on parlait majoritairement français dans la haute société russe et dans les chancelleries jusqu’au début du XXᵉ siècle.

    3. L’ukrainien : continuité vernaculaire et littéraire
    • L’ukrainien existait depuis des siècles dans les usages populaires et vernaculaires, avec chansons, proverbes, correspondances locales, et textes religieux.

    • La standardisation avec Kotliarevsky (Eneïda, 1798) et la diffusion au XIXᵉ siècle n’ont fait que formaliser une langue déjà vivante, pas l’inventer.

    4. L’absence de corpus officiel n’invalide pas la langue
    • Le fait que l’ukrainien n’ait jamais été langue d’un État ou d’une chancellerie avant le XIXᵉ siècle ne remet pas en cause son existence historique.

    • De nombreuses langues européennes ont suivi un parcours similaire : usage populaire puis formalisation tardive.

    Conclusion
    • L’ukrainien est une langue historique, distincte et indépendante, avec un continuum remontant au Moyen Âge.

    • Il n’est pas un dialecte du russe, et le russe lui-même n’a été standardisé que tardivement.

    • Avant le XXᵉ siècle, la langue dominante de l’élite russe était le français, ce qui montre que parler français ou russe dans l’administration n’équivaut pas à définir l’identité ethno-linguistique d’un peuple.

    • Toute réduction de l’ukrainien à un « dialecte » relève d’un biais idéologique et non d’histoire scientifique.



  • Bernard Grua Bernard Grua 10 février 19:52

    @pemile

    @Eric F «  A vrai dire, si je regarde sous Google, l’expression « grande culture russe » n’apparait pas en français, hormis des textes dont vous êtes auteur »

    C’est quoi ce gros mensonge ridicule ?

    Probablement qu’internet était déconnecté pendant la recherche...  smiley



  • Bernard Grua Bernard Grua 10 février 19:49

    @Eric F
    Merci pour votre remarque. Pour préciser, l’expression «  grande culture russe  » n’est pas une invention de ma part. Une recherche Google en mode incognito — donc neutre — montre qu’elle apparaît dans de très nombreux textes.

    Dans mon article, je cite plusieurs personnes qui utilisent ce concept pour analyser la culture russe :

    Anna Colin Lebedev  : «  Le regard russe est celui d’un centre sur sa périphérie ; celui d’une puissance dominante sur ceux qu’elle a longtemps dominés. C’est un récit qui se donne le droit de définir la grande culture et les cultures périphériques, la langue de la civilisation et les langues subalternes, les événements majeurs et les histoires locales, les grands hommes et les grands traîtres.  »

    Svetlana Alexievitch  : «  Je me suis rendu compte que la guerre nous habitait. Que c’était notre culture. Les gens parlent de la grande culture de la Russie, mais l’élément principal de cette “grande culture russe”, c’est la guerre.  »

    Vladimir Poutine  : «  Le rôle clé et unificateur dans la conscience historique du peuple russe multinational appartient à la langue russe, c’est-à-dire à la grande culture russe.  »

    Anna Colin Lebedev  : «  Il est surprenant qu’on entende encore parler candidement de la “grande culture russe” pour déplorer son effacement en Ukraine, alors même qu’on n’oserait plus évoquer la “grande culture française” et critiquer sa faible présence dans les manuels scolaires des anciennes colonies de la France.  »

    Ainsi, parler de «  grande culture russe  » n’est pas de l’emphase gratuite, mais un usage analytique pour comprendre comment un imaginaire culturel structurant peut influencer le rapport au monde et, dans le contexte actuel, participer à rendre la guerre pensable.



  • Bernard Grua Bernard Grua 10 février 18:26

    @Eric F

    Merci pour ces précisions et pour la richesse de votre analyse. Je partage votre observation selon laquelle les récits nationaux et la culture jouent un rôle central dans la cohésion d’un pays, qu’il s’agisse de la France, de la Russie ou d’autres nations. La dimension historique, les guerres, les conquêtes et les épisodes fondateurs participent effectivement à la construction de ces récits, tout comme le rayonnement culturel peut dépasser les frontières politiques.

    Mon article ne conteste pas la réalité ou la richesse de la culture russe ni sa valeur de cohésion interne. L’enjeu que je soulève est plutôt singulier  : pourquoi cette culture est-elle seule qualifiée de «  grande  », avec une légitimité universelle qui justifierait, ou du moins rendrait pensable, des actions politiques et militaires  ? L’analyse des chercheurs cités montre que ce label ne relève pas seulement de l’appréciation esthétique, mais aussi d’un usage symbolique et politique, qui peut légitimer des hiérarchies et des expansions impériales.

    Je comprends parfaitement vos remarques sur la géopolitique, la «  zone d’influence  » et le nationalisme ukrainien  ; ce sont des facteurs essentiels du conflit. Le propos de l’article se concentre sur la matrice culturelle et symbolique qui accompagne et structure ces événements, et non sur une responsabilité unique des acteurs extérieurs ou sur une critique de la population russe.



  • Bernard Grua Bernard Grua 10 février 18:02

    @Eric F

    Merci pour votre commentaire et votre lecture attentive. Quelques précisions me semblent utiles pour clarifier le propos.

    La référence à Svetlana Alexievitch ne relève pas d’un argument ad hominem, mais de son expertise culturelle et littéraire : en tant que prix Nobel de littérature, elle apporte une lecture particulièrement pertinente de la culture russe et de son rapport à la guerre. Les autres auteurs cités sont politologues ou historiens, ce qui permet de croiser les regards et d’analyser la culture russe sous différents angles.

    L’objet de mon article n’est pas de « s’en prendre » à la culture russe, ni de la nier. Il s’agit d’interroger un phénomène singulier : pourquoi cette culture est-elle qualifiée de « grande », alors que très peu d’autres cultures dans le monde reçoivent ce label  ? Cette question est abordée à travers les travaux de chercheurs et d’intellectuels qui montrent, entre autres raisons, l’usage politique de cette culture pour légitimer la domination ou la guerre.

    Concernant vos remarques sur la culture française et le récit national, elles sont intéressantes mais sortent du champ de l’analyse menée ici, qui se concentre sur la matrice symbolique et idéologique de la culture russe et son rôle dans le conflit ukrainien.

    Le propos vise à examiner la structure et les usages de cette culture, non sa valeur esthétique ou sa richesse, et à comprendre pourquoi certains narratifs collectifs rendent la guerre pensable et socialement acceptable.

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