Deux types d’agoravoxiens. Ceux qui ont quelque chose en banque et ceux qui n’ont rien. Appartenant tristement à la seconde catégorie, je n’ai aucun mal à choisir mon camps. Mais la chance insolente viendrait-elle à me sourire et serais-je aujourd’hui l’heureux gagnant de l’Euromillion, n’en viendrais-je pas tout naturellement à vendre mon âme au clan des nantis ? Car faible est la chair et plus faibles encore les convictions qui en découlent. Peut-être, mais je n’en suis pas sûr.
Car quand bien même serais-je tout-à-coup scandaleusement riche, pour reprendre un thème rabâché, je serais bien embêté. Que faire de tous ces fafiots ? Les banques, ce n’est plus sûr, ça peut chuter à tout moment. Il suffit qu’une bande de pouilleux malandrins illuminés demandent à récupérer leurs maigres avoirs pour que tous mes zéros soient engloutis dans le maelström financier qui s’ensuivrait immédiatement. A quoi ça tient la magnificence. Sic transit gloria mundi. Je pourrais acheter des briques et les louer, bien sûr, mais si tout les systèmes bancaires s’écroulent, je serais pas plus payé pour mes briques, et comme valeur nutritionnelle, la brique, c’est proche de zéro. L’or, les diamants, pareil. Même la drogue. Monde cruel qui va même jusqu’à précariser les nantis et les rôle-modèles que nous nous sommes choisis.
Bon enfin, ce qui arrive, c’est un peu un remake de Stalingrad. A force de créer de l’argent dette et de vouloir gagner la course à la rapacité, les financiers se sont beaucoup trop éloignés de leurs bases. Les lignes d’approvisionnement sont distendues, fragiles : au fur et à mesure de la surenchère spéculatrice, la confiance s’élime. Il suffit que ces moujiks bolcheviques de pauvres en prennent conscience, et c’est la cata. Les banques distribuent un argent qu’elles n’ont pas réellement, uniquement des codes binaires sur des disques durs. Argent des riches, argent des pauvres, c’est la même monnaie électronique, impalpable, évanescente, facile à créer, juste quelques frappes de clavier. Les marchés financiers, en l’absence de devises trébuchantes et sonnantes, ne vivent que de la « confiance » des investisseurs en leur réputation. Et c’est bien là que le bât blesse : rien n’est plus facile que d’écorner la confiance. Rien de ne flambe plus vite que la panique.
Si cette mauvaise graine de sédition se répand, que les citoyens ordinaires secouent trop fort la barque, il ne restera à nos gouvernement libéraux qu’une alternative : interdire aux citoyens de retirer leur argent. Interdiction de posséder. Amusant d’imaginer le libéralisme aboutir à une caricature du communisme.
entièrement d’accord. Alors qu’il avait 8 ou 9 ans, mon fils commençait à aborder les volumes en géométrie. Pour lui expliquer les cônes, je prends l’exemple de la pyramide de Khéops et lui demande : « tu connais ? ». Il me répond : « bien sûr, 137 mètres de hauteur... » Ebahi, je lui demande : « comment sais-tu un truc pareil ? » « Oh, tu sais, tous mes dessins animés... »
Très bon article, que je prend un peu tard, excellents commentaires au cours
d’un fil globalement très intéressant, et une fois n’est pas coutume,
pratiquement dépourvu de trollages.
Je trouve cependant votre proposition du terme ’« archaïsme » un peu
malheureuse dans le sens où en soulignant les défaillances du modèle libéral,
vous n’avez d’autre alternative que de proposer une évolution à ce système
tyrannique qui exacerbe ce qu’il y a de plus mauvais en l’homme, son égoïsme et
sa suffisance. En fait, le moderne, c’est vous, car le monde va mal, la
démocratie est malade, les marchands sont entrés dans le temple et imposent
partout leur loi du marché, et l’homme devient malheureux de devenir virtuel et
inutile. Après tout, ce n’est qu’un animal social, et il a besoin de contact
avec ses congénères pour s’épanouir.
Les chantres du libéralisme affichent souvent un
individualisme de matamore, celui des adolescents qui veulent prouver à tout
prix à papa qu’ils sont devenus grands et qu’ils sont capables d’écraser les
autres dans le struggle for life. Leur conception de la vie sociale, c’est la
compétition – tant qu’ils gagnent. Rien à voir avec l’individualisme rebelle et
parfois romantique des anarchistes, soit dit en passant.
La très grande difficulté, comme l’ont relevé d’autres
commentateurs (Sachant, Perlseb…) et de juguler les égoïsmes individuels au
profit de l’intérêt commun. C’est une attitude qui était vraisemblablement plus
naturelle et accessible à l’époque des chasseurs cueilleurs ou des petites
communautés, où les défis et les dangers communs soudaient le groupe.
Aujourd’hui, chaque entité devant ses écrans peut nourrir la conviction
fallacieuse et virtuelle d’être le monde à lui tout seul, tout en se contentant
de plaisirs tout aussi virtuels, et bien fades en regard de ceux du monde réel.
Évoluer vers plus de démocratie, plus de justice, plus de
concertation semble presque impossible tant il est difficile de surmonter
l’égoïsme viscéral de chacun. C’est peut-être possible au travers de petites
communauté, rassemblées autour d’un certain idéal et d’une certaine autarcie.
J’ai l’impression que la démocratie va devoir repartir à la base, dans le
quotidien. Peut-être serait-il aussi grand temps d’utiliser internet pour créer
des lobbies de pensée, des think tanks spontanés et citoyens, susceptibles de
constituer une interface efficace entre le monde politique et les citoyens, les
politiques y étant à la fois avertis des attentes de leurs électeurs, et des
sanctions électorales en cas de trahison et d’inefficacité.
Merci en tout cas pour un article et des commentaires
utiles, rédigés dans un esprit citoyen.